‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 59 sur 160 · INHIBITION DES CRISES D'HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

INHIBITION DES CRISES D'HYSTÉRIE

tion, ou dominés par des impressions d'auto-suggestion trop intenses, 'n'obéissent pas à la suggestion du réveil. Il y a deux ans, me trouvant à Reims, on me prie de voir une jeune femme affectée depuis plusieurs années de troubles hystériques divers greffés sur des accès d'asthme. Elle avait l'habitude de se faire trois injections de morphine par jour. Chaque matin, elle avait une crise hystérique avec contracture et pseudo-asthme, qui durait jusqu'à ce que son mari lui eut fait une injection ; jamais elle ne se réveillait avant. Je trouvai la malade qui ne me connaissait pas en pleine crise, le matin de bonne heure ; je lui suggère de se réveiller sans morphine, j'insiste, j'ordonne. Elle reste rebelle et en apparence sourde à mes insinuations et âmes ordres. Au bout d'un quart d'heure d'essais infructueux, je dis : « Maintenant, vous savez que vous n'aurez pas votre injection de morphine ; vous vous réveillerez tout de même. î Et je ne m'occupe plus d'elle. Je croyais avoir échoué et je continuais à causer à son mari, quand au bout de cinq minutes brusquement la malade ouvrit les yeux, étonnée de voir quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Son mari me présente à elle ; elle ne m'avait jamais vu. Quelque temps après, elle vint en traitement à Nancy et en quelques séances fut guérie de son hystérie et de son goût pour la morphine, datant de huit ans ; l'asthme seul resta rebelle à la suggestion.

Voici les deux seuls cas où je ne pus enrayer la crise par suggestion, dans le premier essai. La première fois, c'était chez une jeune fille de Bruxelles, dont je relaterai l'observation et qui avait des crises hystériques singulières, au nombre de trois par jour, survenant régulièrement, durant de une à deux heures chacune. J'essayai en vain par suggestion de couper court à la crise ; plus je lui suggérai d'ouvrir ses . yeux, plus elle s'obstinait à les serrer opiniâtrément. Cette jeune fille avait un esprit de contradiction instinctif et involontaire ; elle n'était cependant pas

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rebelle à la suggestion ; elle était docile; mais son premier mouvement de contre-suggestion dominait sa propre volonté. J'arrivai facilement par un mode spécial de suggestion à la guérir de ses crises d'hystérie, bien que je n'eusse pu les enrayer directement.

La seconde fois, ce fut chez la jeune femme d'un médecin qui avait depuis trois à quatre ans une douleur excessive à la région précordiale, sur laquelle venaient se greffer des crises hystériformes durant trois à quatre heures, avec exacerbation douloureuse atroce, dyspnée épouvantable, accélération du cœur, idées délirantes. J'essayai en vain de faire avorter la crise par suggestion. Les sensations douloureuses et l'angoisse respiratoire l'obsédaient au point de la rendre rebelle à ma suggestion. Mais j'arrivai après quelques essais et tâtonnements infructueux à l'hypnotiser en sommeil profond dans l'intervalle de ces crises, à prévenir le retour, à annihiler la douleur fixe précordiale et à la guérir radicalement en quelques semaines.

On voit combien la suggestion joue un grand rôle dans les manifestations de l'hystérie et combien beaucoup d'elles sont éclairées à la lumière de la doctrine suggestive. L'ovarialgie, les zones hystérogènes, les phases classiques de la grande hystérie, l'enraiement des accès par la compression des ovaires, leur arrêt par la simple affirmation, tout s'explique, quand on connaît la suggestibilité des hystériques. L'hypnose n'est pas l'hystérie, mais l'hystérie crée un état de conscience nouveau qui rend suggestible, et parmi les phénomènes de l'hystérie il en est qui se comportent comme si c'étaient des phénomènes d'auto-suggestion.

Telle est, par exemple, l'anesthésie hystérique. Elle n'a pas d'existenceréelle;elle est purement imaginaire, elle estpsychique.Unehystérique,avecuneanesthésietotale d'unmembre supérieur, pourra se servir de cette main, coudre, tricoter écrire; elle ne laisse pas tomber la plume de ses mams; une mère tenant son enfant dans ses mains privées de sen-

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