‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 61 sur 160 · DOULEUR DE L'ULCÈRE ROND · texte numérisé non relu

DOULEUR DE L'ULCÈRE ROND

bieQ que ce ne soit pis absolu. Il dèevil aasslle point spinal entre la huitième dorsale et la deuxième lombaire ; la pression épigastrique réveille parfois le point spinal.

La description de Brinton a servi à tous les auteurs classiques qui ont traité de l'ulcère rond; tous ont rendu hommage, en se l'appropriant, à cette description précise qui met si bien en relief ce symptôme capital! Personne cependant n'a relevé le désaccord, quant à la nature de cette douleur, qui existe entre Cruveilhieret Brinton; l'un disant que cette douleur peut être « celle de coups de canifs qui se succèdent », l'autre disant « qu'il est rare, si cela a jamais lieu, que la douleur soit lancinante ou piquante ». Les deux, il est vrai, parlent de sensation de brûlure, de douleur qui ronge. Il s'agit en elïet d'un ulcère qui ronge, ce qui peut donner l'idée d'une douleur rongeante, au moins, au médecin et par suite, comme nous le verrons, au malade.

Sans doute, il peut y avoir dans l'ulcère rond, comme dans toutes les affections de l'estomac, des sensations douloureuses épigastriques. Mais cette sensation est-elle aussi nette, aussi précise et localisée que l'affirment les auteurs? Avant de connaître la suggestion, j'avais bien constaté cette douleur, je la trouve notée dans mes observations, mais elle ne m'avait jamais paru assez caractéristique pour servir cà elle seule au diagnostic difîérenciel. L'ulcère rond est une lésion passive, une nécrobiose agrandie par l'action non corrosive, mais digestive du suc gastrique; ce n'est pas une lésion inflammatoire, aucune congestion n'existe autour de l'ulcère; la séreuse de l'estomac est intacte, tant que l'ulcère n'arrive pas jusqu'à elle. Théoriquement l'ulcère ne doit pas être douloureux. Pourquoi d'ailleurs cet ulcère projetterait-il une douleur sur la paroi abdominale, et une autre, sur la colonne vertébrale, alors que l'estomac n'a avec ces deux régions aucune connexion vasculaire ni nerveuse? Soit encore pour l'épigastre dont

la pression peut retentir sur l'ulcère! mais à travers le rachis, la transmission n'est pas possible. La théorie commode des réflexes explique tout, il est vrai! Et puis, si le fait existe cliniquement, peu importe la théorie; il faut bien l'admettre.

Mais le fait lui-môme me paraît douteux. Voici en effet ce que nous observons toujours. La région xiphoïdieune est la plus sensible de tout l'abdomen. Chez tous les sujets impressionnables la pression môme légère de cette région détermine une sensibilité plus ou moins vive. Les malades aflectés de gastrite, de . gastralgie, d'ulcère rond, sont tous impressionnables; la sensibilité de cette région se transforme très facilement chez eux en douleur; et le fait d'explorer pour la rechercher constitue souvent une suggestion suffisante pour l'exagérer; l'attention du malade appelée sur cette région l'exalte ou la crée de toutes pièces. Vous avez vu avec quelle facilité chez tous les sujets je ne dis pas hystériques, je ne dis môme pas neurasthésiques, mais simplement impressionnables, nous créons cette douleur xiphoïdieune, avec tous les caractères que nous voulons, réalisant ainsi sur nos malades l'idée préconçue que nous avons. Il suffit ensuite que je parle devant le malade du point rachidien vis-à-vis du point xiphoïdien et que j'explore la région rachidienne, sans affectation, pour que, arrivé sur la vertèbre correspondante, le malade réagisse douloureusement. Vous savez avec quelle précision mathématique, pour ainsi dire, nous obtenons ce fait curieux chez tous nos neurasthéniques. C'est même un des procédés dont je me sers d'habitude à la clinique pour reconnaître l'impressionnabilité nerveuse et dépister l'origine auto-suggestive ou neurasthénique des douleurs. Je rappellerai seulement le cas suivant que vous avez encore sous les yeux :

Une femme, âgée de soixante-douze ans, bien conservée, entre au service le 22 avril dernier, pour une hypereslliésie douloureuse

DOULEUR XIPIIOIDIENNE SUGGÉRÉE

avec crampes dans le membre inférieur gauche; depuis quinze mois elle ne pouvait marcher qu'en s'aidant d'une crosse el d'un bàlon. Nous l'avons guérie en quelques jours par suggestion hypnotique ou du moins nous avons rendu la marche possible momentanément et calmé ses douleurs. A son entrée, la cuisse et la jambe droites étaient partout douloureuses à la pression. Ces douleurs n'avaient pas de localisation précise; nous pouvions les localiser à volonté sur n'importe quel point. Alors j'eus l'idée de provoquer chez elle, rien qu'en la cherchant, la douleur de l'ulcère rond. En touchant la région xiphoïdiennc et lui demandant si elle avait mal, elle y accuse une douleur intense, lancinante, qu'elle compare à des coups de canifs. En vous disant que celte douleur occupe ordinairement une zone de l'étendue d'une pièce de 2 francs^ je délimite au crayon dermographique cette zone très nette qui manifeste une douleur aiguë. Dans le point vis-à-vis de la région vertébrale, je crée, rien qu'en la cherchant, une aire douloureuse analogue. En disant ensuite devant vous que cette douleur est habituellement réveillée par la digestion, elle'affirme, en efTet, que, un quart d'heure après le repas, elle sent dans ces deux endroitsdes élancements douloureux.

Le lendemain, la malade accusait spontanément ces douleursqu'elle disait avoir eu le soir, de cinq heures à neuf heures et demie, à l'épigastre et dans le dos, au niveau des zones suggestionnées. Si on presse au niveau du point xiphoïdien, elleconiracte douloureusement ses trails. Cette douleur continue les jours suivanls; bien localisée; elle survient spontanément un quart d'heure après chaque repas; — et ce n'est qu'à grand'peine que j'ai pu déraciner cette auto-suggestion douloureuse.

Je pourrais relater nombre de faits analogues. Ils m'ont imposé un doute quant à la valeur réelle de la douleur dite si caractéristique de l'ulcère rond. Ne suis-je pas autoriséà me demander jusqu'à quel point l'imagination du médecin ou du malade n'est pas pour quelque chose dans la spécification et la localisation si précise, de cette douleur rorgeanteou brûlante" projetée par l'ulcère sur la peau d& l'abdomen et du dos en face de lui?

Cet exemple ne serait pas le seul des erreurs médicale» entretenues à la faveur d'une suggestion inconsciente.

Voici par exemple un sujet chez lequel on a diagnostiqué-

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line névralgie sus-orbitaire. Il accuse des douleurs lancinantes au-dessus de l'orbite gauche et la pression de l'échancrure sus-orbitaire, lieu d'émergence du nerf, réveille la douleur. Cela paraît patliogQomonique. Mais je soupçonne un sujet nerveux et suggestible. Pour confirmer mes soupçons je presse au-dessus de l'orbite vers le milieu de la région sus-orbitaire en disant : « Voici un point très douloureux. « Le malade pousse un cri de douleur. Je presse alors à l'échancrure sus-orbitaire au point de l'émergence du nerf, en disant : « Ce point n'est nullement douloureux. » Le malade ne manifeste aucune douleur. Chez le même sujet, je crée facilement le point épigastrique et le point rachidien. Je découvre facilement chez lui d'autres signes de neurasthénie; je conclus qu'il ne s'agit pas [d'une névralgie réelle, mais d'une névrose douloureuse.

Beaucoup de malades nous arrivent sous la rubrique de sciatique chez lesquels je suis obligé d'infirmer ce diagnostic. Sans doute, si l'on n'y prend garde, il est facile chez eux de localiser par suggestion inconsciente la douleur sur le trajet du nerf incriminé. Mais si j'examine tout le membre, sans rien dire, sans trahir une idée préconçue, sans appuyer sur la chanterelle, je constate que la douleur est diffuse, et mal précise, qu'elle existe aussi bien sur la région antérieure, par exemple, sur le fascia lata, sur l'os et que je peux ensuite localiser ad libitum des points douloureux. Une affection rhumatismale, une douleur neurasthénique, une coxalgie, peuvent à ceux qui méconnaissent la suggestion en imposer pour une vraie sciatique.

Je dis plus. L'idée préconçue me paraît avoir joué un rôle suggestif dans la description si précise des points douloureux signalés par Valleix pour la sciatique. Voici un malade qui a bien une sciatique non douteuse. La douleur s'irradie de la région fessière à la plante du pied le long de la face postérieure du membre ; elle est lancinante, s'accompagne d'engourdissement vers le mollet, de four-

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