‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 68 sur 160 · SUGGESTION DANS L'HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

SUGGESTION DANS L'HYSTÉRIE

de séances ; si elles résistent quelque temps, avec de la persévérance, on en vient toujours à bout, surtout si on peut suivre les sujets, diminuer leur impressionnabilité nerveuse, réprimer les crises imminentes, au moment où elles veulent se produire. J'ai entendu dire à un de nos jeunes psychologues les plus distingués de l'école de Paris. « Vous ne guérissez pas l'hystérie; vous substituez à la crise de convulsion hystérique la crise de névrose hypnotique. Mais aussitôt que vous cessez de provoquer celle-ci, la première reparait. ^ Ceci est une vue de l'esprit, créée par l'idée préconçue que l'hypnose est une manifestation dé l'hystérie. Je suis depuis plusieurs années un certain nombre de grandes hystériques qui sont restées guéries, bien que je cesse de les soumettre à l'hypnotisme.

Sans doute, il y a des rechutes ; l'hystérique, surtout celle par hérédité, est toujours impressionnable; le tempérament nerveux, bien qu'atténué, persiste toujours dans une certaine mesure ; les mômes causes peuvent reproduire les mêmes effets. Mais la suggestion fait des guérisons complètes ; l'impressionnabilité nerveuse ne parvient plus à réaliser la crise.

Sans doute, quelques symptômes peuvent rester rebelles ; une contracture, une douleur, l'hémianesthésie, une crampe, telle que l'œsophagisme, par exemple. Quand je n'obtiens plus rien, après quelques semaines, par les différents procédés suggestifs, hypnotisme, électrisation, massage, etc., je ne fais plus rien; quelquefois, il faut le dire, le sujet se laisse hypnotiser, mais ne se laisse plus influencer ; il accepte passivement mon dire et mon faire; mais il se suggère à lui-même que cela ne sert à rien; il se cuirasse contrôla suggestion; plus on s'acharne après lui, plus il s'affirme inconsciemment ou sciemment qu'on a beau faire; l'impression auto-suggestive est plus forte que celle c^u'on cherche à produire.

Dans ces cas, je cesse de harceler le malade; j'ai l'air de

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ue plus m'occuper de lui; je dis que cela se passera tout seul ; je le traite avec une indiïïérence afïectée, lui témoignant ainsi que je n'attache aucune importance à ses troubles. C'est encore, après tout, une manière de faire de la suggestion qui réussit parfois; car l'esprit humain est chose éminemment complexe; il se connaît si peu luimême et qui pourrait se flatter d'en déchiffrer tous les détours !

Ceci nous amène à la neurasthénie. On peut dire que l'hystérie est d'autant plus docile à la suggestion, d'autant plus facile à guérir qu'elle est plus franche, plus classique.

Il en est autrement des symptômes neurasthéniques grefiés sur l'hystérie ou des neurasthénies sans hystérie. Ici, il importe d'établir des distinctions. La neurasthénie est acquise ou héréditaire, locale ou diffuse. Acquise et locale, c'est par exemple une douleur, une oppression, une céphalée, un trouble fonctionnel quelconque greffé sur une lésion organique guérie ou légère, ou sur une cause fortuite dont le retentissement nerveux psychique seul persiste. Un choc sur l'épigastre peut, sans lésion, laisser à sa suite une douleur, une constriction, de la dyspepsie. Une angine et laryngite granuleuse légères engendrent une sensation de gêne, de picotement, de strangulation, d'étouffement permanente et obsédante. Une blessure au bras, guérie sans traces, entraîne de la parésie, de la douleur persistantes. Une douleur thoracique provoque des battements de cœur, de l'anxiété. Sur cette neurasthénie locale viennent se greffer souvent des symptômes nouveaux, des réactions lointaines; la névrose se diffuse. C'est de la neurasthénie locale acquise, généralisée: vertiges, obnubilations, points et irradiations douloureuses, troubles gastro-intestinaux, concentration triste, etc.

D'autres fois, cette neurasthénie acquise est d'emblée diffuse et générale. Les émotions morales, la fatigue intellectuelle, l'anémie, la dyspepsie, les maladies de l'utérus, de

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la vessie, de l'estomac, l'anémie, le saturnisme, l'alcoolisme, l'arthritisme, la fièvre typhoïde, l'influenza, etc., peuvent être le point de départ de ces troubles nerveux généraux. Sans doute, alors même que ces neurasthénies sont acquises et non héréditaires, elles se développent sur un terrain d'une impressionnabilité native spéciale. Si la suggestion ne peut modifier complètement cette impressionnabilité, elle peut cependant, le plus souvent, en réprimer les écarts morbides; nous verrons, dans nos observations, de nombreux cas de guérison de neurasthénies locales ou difîases acquises, guérisous ou améliorations, rapides ou progressives, à condition que la maladie ne soit pas trop invétérée, qu'elle ne soit pas devenue par l'habitude une modalité incarnée dans les centres nerveux. Il est nécessaire que le clinicien sache discerner de bonne heure dans le cortège des maladies diverses ce qui est perturbation nerveuse dynamique et ne la laisse pas s'enraciner dans l'organisme. Ceci ressortira avec évidence de la lecture de nos observations.

La neurasthénie peut être fatale, si je puis dire, héréditaire et difluse. Ils sont innombrables ces malheureux martyrs de leur système nerveux, dont la vie est un long supplice. On a décrit une névropathie cérébro-cardiaque, une faiblesse irritable, une irritation spinale, etc. En réalité, chaque malade constitue un type morbide, ou plutôt plusieurs types morbides, car sa physionomie varie chaque jour. Troubles cérébraux : vertiges, migraine, photophobie, obnubilation visuelle, bruits subjectifs dans les oreilles, apathie, excitation, céphalée; troubles spinaux: rachialgie, douleurs fulgurantes, fourmillements, engourdissement, sensations de froid, de chaud, de picotement, indéfinissables, parésie, tremblements, secousses, soubï'esauts ; troubles nerveux périphériques : névralgies, points douloureux, crampes musculaires, sueurs locales, congestions et éruptions cutanées ; troubles viscéraux : dyspepsie, pneu-

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matose, dilatation d'estomac, gastéro-entéroptose de Glénard, troubles cardiaques respiratoires, battements de cœur, syncope, oppression, respiration haletante, pseudoasthme, pseudo-angine de poitrine; troubles menstruels: dysménorrhée, aménorrhée, métrorrhagies; troubles psychiques : peurs, obsessions, difficulté de penser, agarophobie, cauchemars nocturnes, etc. La liste est inépuisable des manifestations multiples, complexes, variables qui s'acharnent avec plus ou moins d'intensité sur ces malheureuses victimes, au désespoir de leur famille et de leurs médecins. Chez quelques-uns, le tableau est moins chargé; tous les degrés existent. Les manifestations sont limitées à quelques régions du domaine nerveux; elles sont supportables, elles laissent des moments de répit.

Quand cette neurasthénie est héréditaire, quand elle est due à une conformation vicieuse native du système nerveux, alors, il faut avoir le courage de le dire, elle est le plus souvent incurable. Les malades sont quelquefois difficiles à hypnotiser; leur cerveau est obsédé par des impressions si nombreuses ou si tenaces, psychiques, sensitives, sensorielles et viscérales, qu'il est souvent rebelle à toute suggestion, malgré leur docilité, leur bonne volonté, leur désir de se laisser endormir et de guérir; leur système nerveux peut offrir une résistance invincible à toutes les tentatives pour l'influencer. Il en est qui sont impressionnables à l'hypnose, et cependant, bien que tombés en hypnose profonde, ils ne sont pas toujours dociles à la suggestion thérapeutique. Quelquefois, on arrive à calmer momentanément leurs manifestations; on supprime les douleurs et divers troubles nerveux : il y a une amélioration notable ; on a l'espoir d'une guérison plus ou moins complète. Cette amélioration peut être durable, entretenue par une suggestion prolongée ou répétée. C'est beaucoup! Chez d'autres, le soulagement n'est que momentané Bientôt l'auto-suggestion reprend tout son empire, le mal reparaît dans toute son

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