‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 67 sur 160 · GUÉUISON PAR RESTAURATION FONCTIONNELLE · texte numérisé non relu

GUÉUISON PAR RESTAURATION FONCTIONNELLE

fibreux par suite de ces mouvements ont repris leur souplesse, la synoviale, retrouvant ses alternatives de tension et de relâchement, a retrouvé son élasticité et sécrété une synovie normale; les surfaces cartilagineuses, retrouvant leur frottement doux, ont repris leur aspect lisse et poli ; les stases capillaires et l'engorgement des tissus dus à l'immobilisation ont été balayés par le travail mécaniqueactivant la circulation ; les muscles amaigris se sont reconstitués par le retour de la contraction; et ainsi en quelques semaines la restauration fonctionnelle a eu pour conséquence la restauration de l'organe.

Voici une autre jeune fille qui marche bien et se portebien, comme vous voyez. Il y a trois mois, elle était couchée, percluse, dans son lit qu'elle n'avait pas quitté depuis trois ans. A la suite d'un rhumatisme articulaire aigu,, étaient survenues de la contracture des membres douloureuse, de l'anesthésie, delà trépidation réflexe, si bien que nous pensions à une méningo-myélite rhumatismale. Le séjour au lit dans une salle d'hôpital, les douleurs persistantes, l'insomnie avaient ouvert la porte au bacille de latuberculose; cette jeune fille était devenue tuberculeuse; elle avait de la fièvre, des sueurs nocturnes, de l'anorexie,, des digestions mauvaises, de la toux, de l'expiration soufflée dans les sommets. La suggestion à l'état de veilleet l'entraînement suggestif fait par la sœur ont guéri en ([uelques semaines cette contracture; la malade a pu graduellement soulever ses bras jusqu'à la verticale, se tenir sur ses jambes; son corps, courbé sur le bassin pendant la station debout, s'est redressé progressivement sous l'influence d'une suggestion patiente prolongée. En quelques semaines, notre jeune fille a recouvré la souplesse parfaite de tous ses membres; les douleurs ont disparu ; il faut croire que la myélite était guérie en tant que lésion organique, mais qu'elle avait laissé à sa suite des perturbations dynamiques, contracture douloureuse, anesthésie, etc., justi-

IIYl^NOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE

-ciables de la suggestion. La malade, pouvant marcher, cessant d'ôtre internée et immobilisée, tonifiée physiquement et moralement, a retrouvé sa santé générale : la fièvre est tombée; l'appétit est revenu, superbe, le sommeil est parfait la nuit; c'est une résurrection, presque un miracle pour ceux qui l'ont vue ! L'évolution tuberculeuse est arrêtée.

La suggestion n'a pas guéri directement le tubercule; -elle a guéri la malade, en supprimant les conditions de misère physiologique et psychologique qui lui avaient donné naissance. Les médicaments antithermiques, toniques, antispasmodiques, étaient restés impuissants. Le traitement psychique seul a pu la guérir. • Voici un journalier âgé de trente-sept ans, qui, bien portant jusque-là, a été, il y a deux ans, saisi à la ceinture par une courroie qui l'entraîna à six mètres de haut. On le dégagea; il avait perdu connaissance. Revenu à lui, il n'avait aucune lésion; mais depuis ce moment il accuse une sensation douloureuse à l'épigastre, qui persiste, qui l'empêche de travailler; il digère mal; il a des régurgitations aqueuses; son estomac est dilaté; il n'a pu reprendre son travail ; sa femme a dû l'entretenir, lui et ses trois enfants. La nutrition s'est altérée, le moral s'est déprimé; et sur ce terrain débilité est éclos aussi le germe [de la tuberculose, s'annonçant par une toux quinteuse, des'sueurs nocturnes, un mouvement fébrile, une expiration soufflée au sommet. Le traumatisme seul agissant sur une nature impressionnable a amené cette évolution. La douleur épigastrique, sans lésion, a été retenue par le système nerveux; l'estomac, gêné par la douleur, et par l'attention du malade concentrée sur la région épigastrique, a rempli avec lenteur ses fonctions; l'atonie de l'organe a créé ou augmenté la dilatation; la sensation de clapotement dans l'estomac, obsédant le sensorium du malade, est devenue douleur par suite de l'impressionnabilité nerveuse. L'inaction, la concentration triste ont appelé la tuberculose.

ROLE DE L'ÉLÉMENT PSYCHIQUE 21.i

Un traitement suggestif psychique dès le début eût sans doute prévenu ce résultat. Après deux ans de durée, vous avez vu la suggestion en quelques jours enlever à peu près les sensations douloureuses épigastriques et rendre la digestion facile. L'évolution tuberculeuse est enrayée, et le malade a essayé de reprendre son travail, notablement amélioré sinon guéri.

Dans les observations que nous relatons, on verra combien l'élément nerveux, l'élément psychique, joue un rôle important dans la genèse et l'évolution des maladies diverses et combien la méconnaissance de ce fait expose le médecin à des erreurs thérapeutiques.

Après avoir, par les considérations qui précèdent, montré comment la suggestion peut être utile non seulement dans les maladies sine materiâ, mais encore dans les maladies organiques diverses, nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur le cadre nosologique et, faisant appel à notre expérience, dire quelles sont, parmi les affections, celles qui sont plus particulièrement justiciables de la psychotbérapeutique.

Et d'abord les névroses. L'hystérie convulsive est le plus souvent suggestible dans la plupart de ses manifestations. La grande crise, la boule, la strangulation, les douleurs, l'anesthésie, les paralysies, les contractures, l'aphonie, l 'amblyopie, les vomissements, toutes ces manifestations diverses cèdent souvent à la suggestion hypnotique. En général, si l'hystérie est récente, si elle est acquise à la suite d'une émotion morale, une seule ou un petit nombre de séances suffisent pour obtenir uneguérisou définitive. D'autresfois, si l'hystérie est ancienne, profondément enracinée dans les habitudes nerveuses, surtout si elle est héréditaire, la guérison est plus longue à obtenir. 11 faut plusieurs semaines, plusieurs mois de traitement; l'auto-suggestion éveillée par des impressions diverses, par des associations fortuites d'idées on de sensations, tend à régénérer sans cesse les désoitlres fonctionnels; les

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rechutes sont fréquentes. Eu poursuivant avec opiniâtreté, avec patience, sans brusquerie, la lutte, on arrive en général à mocliPier cette modalité pathologique, à dissiper toutes ou presque toutes les manifestations.

La suggestion doit être adaptée à chaque individualité. L'injonction vigoureuse, faite d'un ton de commandement, même avec menace, convient à quelques natures rebelles •et rudes. On sait l'histoire des attaques d'hystérie réprimées par la peur du fer rouge déjà du temps de Boerhaave, ou •des épidémies de convulsionnaires arrêtées par la peur salutaire des gendarmes. J'ai mis fm à des vomissements hystériques par la menace du cathétérisme stomacal; j'ai réussi parfois, avec ou sans hypnose, par une admonestation énergique, avec intimidation, alors que l'aiïîrmation •calme ne suffisait pas. Ce n'est pas la parole de l'opérateur <iui fait la guérisou ; c'est l'influence produite sur le cerveau de l'opéré. Si la parole ne suffit pas à impressionner, •c'est-à-dire à modifier l'état psychique inconscient qui "«întretient le phénomène, contracture, convulsion ou autre, «{uelquefois l'émotion réussit à réaliser cette impression ; «lie engourdit l'être psychique qui résiste et laisse l'automatisme cérébral résoudre la contracture.

La brusquerie ne convient pas à la plupart des hystéri- •iques; l'insinuation douce réussit d'ordinaire mieux. La peur, l'intimidation, les émotions fortes peuvent agir •comme contre-suggestions, et susciter des crises ou autres manifestations nerveuses. Les sujets très impressionnables, ■quand on les hypnotise pour la première fois, peuvent avoir un accès; cet accès peut se répéter à chaque tentative d'hypnotisation. On a conclu de quelques faits de ce genre 'que l'hypnotisme développe l'hystérie; c'est une erreur. iL'inexpérience seule de l'opérateur doit être accusée. Ce n'est pas l'hypnotisme, en tant qu'hypnotisme, qui a fait !l'attaque; c'est l'émotion du sujet. Il m'est arrivé chez certaines hystériques de ne pouvoir réprimer cette émotion

SUGGESTION CIIRZ LKS HYSTÉRIQUES 2I.o

dans le premier ou le second essai et de ne pouvoir conjurer cette crise, d'ailleurs facile à arrêter parla suggestion même; mais il ne m'est jamais arrivé de ne pouvoir la prévenir à la troisième ou à la quatrième séance, en calmant le sujet, en éloignant de son esprit toute anxiété, en l'invitant à dormir tranquillement, sans émotion, comme du sommeil naturel. Je ne fais pas fixer de point brillant, je ne fais pas de fascination, je ne terrorise pas de la voix et du geste, je ne représente pas le sommeil provoqué, comme un état magnétique extraordinaire, elf rayant; j'endors en quelques secondes par simple occlusion des yeux, par insinuation douce, suggérant en même temps au sujet qu'il est bien à son aise, qu'il respire bien, qu'il est calme, qu'il est content de dormir doucement comme un enfant qui a sommeil : et, ce faisant, j'arrive d'emblée ou en quelques séances chez les plus impressionnables à dégager l'hypnose de l'élément émotif; je ne vois plus la respiration devenir haletante, la face se congestionner, le pouls se précipiter, la gorge se serrer; je vois au contraire une face calme, exprimant le repos du corps et de l'esprit. Il faut témoigner de l'intérêt au malade, le capter pour ainsi dire, sans le violenter, agir avec douceur, tact et patience; il faut accepter leurs doléances, ne pas leur dire que leurs sensations sont imaginaires, car ils les sentent; et si on les taxe de malades imaginaires, ils peuvent perdre confiance et se suggérer à eux-mêmes que le médecin ne les comprend pas et qu'il ne peut les guérir, puisque sa suggestion ne s'adresse qu'à un mal imaginaire, et non à un mal réel. Caria parole seule ne suffit pas à guérir; il faut que cette parole soit suggestive, c'est-à-dire qu'elle fasse impression, qu'elle soit acceptée sans méfiance, sans contre-suggestion. C'est pour cela qu'il est bon parfois, comme nous l'avons vu, de renforcer la parole par quelque pratique matérielle, friction, massage, application prolongée de la main, etc. Il ne faut pas non plus par quelque manœuvre intempes-

tive ou prématurée réveiller une douleur, qui, obsédant le sujet, le rend sourd à la suggestion. Si on ne parvient pas à neutraliser une douleur dès la première séance, il faut patienter, recommencer, suggérer son atténuation progressive et ne pas vouloir imposer de force ce que la suggesti- Mlité ne peut produire. Alors même qu'une vive douleur hystérogène est neutralisée, ou à peu près, il faut s'attacher à ne pas la réveiller, ne palper qu'à coup sûr et avec précaution, car la peur du mal engendre le mal, et la peur est le plus grand ennemi de la suggestion. Voici, comme exemple, cette jeune fille que je vous présentais tout à l'heure, et qui, immobilisée pendant trois ans par une contracture d'origine nervo-arthritique, a été guérie en quelques semaines par une suggestion patiente et douce due à la sœur du service.

Je l'avais dès le début hypnotisée nombre de fois pour résoudre cette contracture douloureuse; je constatais à chaque séance que la raideur diminuait, que les mouvements du coude et de l'épaule se faisaient beaucoup mieux; que la malade, qui pouvait à peine détacher le bras du corps, le soulevait à angle droit et même au delà. Convaincu que la suggestion pouvait et devait réussir, je voulus aller trop vite; je brusquai le sujet; je l'obligeai à lever le bras jusqu'à la verticale, j'insistai trop pour restaurer immédiatement la motilité ; la douleur n'était pas suffisamment neutralisée; la malade eut peur. A chaque séance, la peur que je ne lui fisse mal paralysait ma suggestion; je n'obtins plus rien; je crus à une myélite incurable. La sœur agissant doucement, laissant la malade déraidir elle-même ses muscles et l'encourageant sans la violenter, fit ce que je n'avais pu faire.

Il est rare, je l'affirme, que la suggestion hypnotique n'arrive pas à débarrasser les malades des principales manifestations de l'hystérie. Les grandes crises cèdent quelquefois, comme par enchantement, à un petit nombre

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