‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 74 sur 160 · OBSERVATIONS CLINIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS CLINIQUES

OBSERVATIONS DE NÉVROSES TRAUMATIQUES

C'est dans le champ des névroses que la psychothérapie trouve surtout son application. Nous allons relater d'abord quelques faits de névroses d'origine traumatique. L'attention a été appelée depuis quelques années sur ce chapitre par les travaux de notre éminent maître Charcot. [Si j'en crois mon expérience personnelle, les névroses consécutives aux traumatismes divers ne constituent pas une espèce distincte, une hystérie spéciale. Parmi elles, il n'en est aucune qui, comme évolution, comme modalité, comme appareil symptomatique, ne puisse être engendrée par une autre cause. La diathèse nerveuse héréditaire ou acquise, les émotions morales, l'arthritisme, le saturnisme, l'alcoolisme, les maladies organiques, la fièvre typhoïde, l'influenza, le rhumatisme articulaire, les3 lésions organiques des centres nerveux, les névralgies, les maladies du tube digestif, de l'utérus, la chlorose, etc., peuvent déterminer des troubles nerveux dynamiques au même titre que le traumatisme. On trouvera dans nos observations des cas de névroses consécutives à ces causes diverses, qui ne diffèrent en rien, ou plutôt, qui sont aussi variables comme allures que les névroses d'origine traumatique.

Au traumatisme, d'ailleurs, peuvent s'associer divers facteurs pour engendrer la névrose, les facteurs sont :

1° La lésion elle-même qui peut retentir par voie nerveuse, directe où réflexe, sur divers organes et fonctions;

2° La douleur, qui, très aiguë ou très tenace, peut, soit en parésiant directement la fonction locale, soit en agissant sur le sensorium, créer des perturbations dynamiques plus intenses que la lésion elle-même ne le comporte;

3° Le choc psychique émotif, frayeur, colère, etc., qui, par lui seul, agissant sur un organisme prédisposé, fait naître des manifestations diverses ;

4° La diathèse nerveuse ou l'impressionnabilité préexistante. Le plus souvent, le traumatisme, associé aux éléments que nous venons d'indiquer, met en éveil cette diathèse, latente ou déjà révélée car des troubles antérieurs.

Le traumatisme agit comme toutes les causes occasionnelles qui font éclore sur un terrain favorable des manifestations diverses, locales ou générales, en rapport avec la modalité particulière à chaque système nerveux. C'est ce qui ressortira, je pense, de la lecture des observations.

La névrose peut-être caractérisée par une simple douleur. Une lésion peu importante détermine une douleur excessive qu'elle ne justifie pas ; ou bien une douleur qui sans être excessive, survit à la lésion, retenue pour ainsi dire par le système nerveux qui ne peut plus s'en débarrasser. A cette douleur peuvent s'associer des troubles fonctionnels locaux de l'organe auquel est rapporté la douleur (Obs. 5 et 7) ; ou bien des symptômes de neurasthénie générale qui viennent tôt ou tard se greffer sur elle, ainsi qu'on le verra dans les observations suivantes.

Dans les quatre premières, la névrose douloureuse, de date relativement récente, a pu être enlevée rapidement par suggestion.

Dans la cinquième, datant de deux ans, elle n'a pu en dix jours de traitement, qu'être améliorée très notablement.

Dans les trois autres, datant de 20 à 2o ans, la suggestion n'a eu qu'une efTicaci té incomplète ou passagère. Prolongée

NÉVROSE TIUUMAÏIQIJE

pendant un temps plus long, aurait-elle réussi à déraciner des sensations aussi invétérées ?

OsERVATiON I. — Contusion épigastriqiie : accès de douleurs lancinantes dans la région ombilicale ; vertiges. — Points douloureux xiphoïdien et rachidien et héinianesthésie sensitivo-sensorielle par sicggestion. — Guérison des accès douloureux en trois jours, des vertiges en six jours par suggestion hypnotique. B.,., âgée de vingt et un ans, journalière, entre à l'hôpital le 22 avril 1890. Le 19 avril, au soir, à la tuilerie de ViUers, elle fut atteinte, à la région ombilicale, par un wagonnet circulant sur des rails. Elle ressentit une violente douleur et vomit; une demiheure après, elle aurait eu des selles de sang pur, la valeur d'un demi-verre environ. Depuis ce moment, elle accuse des douleurs lancinantes dans l'abdomen, douleurs durant une heure, séparées par des intervalles d'une demi-heure, qu'elle localise surtout vers la région ombilicale. Le 21, elle aurait vomi de la bile, deux fois dans la journée, et aurait eu une dizaine de selles diarrhéiques, ne contenant plus de sang ; elle n'a plus vomi depuis ; cette nuit, elle a eu encore trois selles diarrhéiques.

La malade a accouché il y a 8 mois d'un enfant qu'elle a nourri jusqu'à ce jour. Pendant sa grossesse, elle a vomi tous les jours trois fois jusqu'au moment de l'accouchement. Comme maladie antérieure, elle accuse une fièvre typhoïde il y a deux ans qui a duré deux mois et a été traitée à l'hôpital; elle a prolongé son séjour à l'hôpital de deux mois encore, comme infirmière auxiliaire. Pendant ces deux mois elle eut, dit-elle, des étourdissements ou vertiges qui se seraient répétés deux fois par jour, chaque fois pendant une heure. Depuis elle a été bien portante ; elle est mariée et n'a pas eu de contrariétés conjugales. Elle n'a pas connu sa mère ; elle a une sœur hystérique qui a une crise à peu près tous les huit jours. Elle-même n'a jamais eu d'antécédents nerveux.

Etat actuel (13 avril). — Constitution moyenne, tempérament lympathique. Température 38°. Pools 74, régulier, égal. Langue très peu chargée. L'examen du thorax ne démontre rien d'anormal. A l'examen du ventre, on ne constate rien d'anormal; ventre souple, dépressible, sans ecchymose, sans douleur à la palpation. Mais si j'insiste en disant : vous avez mal en ce point ou en tel autre j'arrive à localiser à volonté des points douloureux. Je crée ainsi très facilement une zone douloureuse au-dessous de l'appendice

xiphoïde et une autre à la région rachidienne correspondante Je reconnais ainsi que la malade est très suggestible et je lui fais dire qu'après avoir mangé, elle ressent au-dessous de l'appendice xiphoïde une sensation de brûlure et la même douleur à la région correspondante du dos. Aussitôt qu'explorant le rachis j'arrive en face de l'appendice xiphoïde, la malade pousse un cri et accuse des élancements douloureux. Enfin elle a, depuis son choc, des étourdissements ou vertiges continus. Après avoir rapidement constaté, sans appeler l'attention sur ce fait, que la sensibilité existe partout, je dis devant les élèves : « Il arrive souvent, à la suite de ces accidents, que la sensibilité est abolie dans toute la moitié gauche du corps, à un tel point qu'on peut piquer les malades sans qu'ils le sentent. Alors aussi les malades n'entendent pas de l'oreille gauche, ne sentent pas de la narine gauche, ne voient pas de cet œil, etc. ï Cela dit j'explore la sensibilité et à la grande surprise des élèves, je constate une hémianesthésie avec hémianalgésie gauche très bien caractérisée. Aussitôt que l'épingle arrive vers la ligne médiane, à un centimètre environ à gauche de cette ligne, elle sent vivement. Le sens musculaire aussi est aboli à gauche. L'hémianesthésie est aussi sensorielle. La narine gauche ne sent rien; un flacon d'acide acétique placée devant elle ne produit pas de réaction et elle dit ne rien sentir. Si je le mets devant l'orifice nasal droit, elle recule vivement et dit : c'est du vinaigre. Elle affirme ne pas entendre le tic tac de la montre devant l'oreille gauche. — Je mets du sel sur le bord gauche de la langue, en lui disant : c'est du sucre, elle ne perçoit rien. Je le place sur le bord droit, elle perçoit et reconnaît que c'est du sel. L'hémianesthésie visuelle est moins nette ; si je ferme l'œil droit, elle dit d'abord ne rien voir de l'œil gauche ; si j'approche une épingle de la cornée, elle ne la perçoit pas d'abord ; puis, si je la tiens quelque temps devant elle, elle la voit. — Il n'y a pas d'ovarialgie. — L'appétit est assez bon ; la digestion est normale. (Potion avec extrait thébaïque, S centigrammes.)

La malade semble avoir une intelligence assez moyenne, bien que son esprit soit peu cultivé ; elle n'a pas appris à écrire, mais elle lit très bien et fait bien ses comptes.

27, — Elle a eu une seule selle assez épaisse la nuit. Dans la journée elle n'aurait eu qu'une seule douleur lancinante de deux à trois heures de l'après-midi. Ce matin elle aurait déjà eu six accès de cinq à dix heures, chacun d'une demi-heure à une heure de durée ; ces douleurs sont très violentes, et ressemblent, dit-elle, k des piqûres d'aiguille ; elles existent dans la région sous-ombili-

OBSERVATION DE NÉVROSE TRAUMATIQIJE 241

cale. La nuit, elle a passablement dormi. Par la pression je détermine une douleur aiguë suggestive au-dessous de l'appendice xiphoïde occupant l'aire d'une pièce de deux francs et une douleur correspondante dans le dos. Fermant les yeux à la malade pour explorer la sensibilité, je constate que l'hémianesthésie sensitivosensorielle est très nette comme hier; elle ne trouve pas son bras gauche, ne sait pas s'il est couché ou en l'air et cherche longtemps avant de la trouver sa main gauche avec la main droite (sans que je fasse la suggestion précise pour cela) . — En ce moment la malade accuse sa douleur lancinante. La sensation de vertige existe toujours. J'endors la malade par simple afflrmation; en trois secondes elle est en hypnose profonde avec amnésie au réveil (je n'avais endormi aucune malade devant elle). — Je suggère le retour de la sensibilité et la disparition de la douleur. Au réveil, après trois minutes, celle-ci a disparu ; la sensibilité est restaurée mais ne se maintient pas ; après une minute, elle est de nouveau perdue.

Je l'endors une seconde fois et je suggère de nouveau, en insistant, le retour définitif de la sensibilité. Au réveil, celle-ci est définitivement restaurée pour le tact, la douleur et les organes sensoriels.

2o. — La malade a encore eu deux selles diarrhéiques, malgré la suggestion. Elle a encore eu ses douleurs abdominales toute la journée, revenant réguhèrement toutes les demi-heures et durant une heure chaque fois. En même temps étourdissements, tout tourne autour d'elle. Elle s'est endoi-mie à sept heures du soir, s'est réveillée à une heure, s'est rendormie et réveillée encore deux fois jusqu'à cinq heures. Ce matin elle se sent un peu mieux, elle a un peu mangé hier. On constate : de l'anesthésie avec analgésie dans la cuisse gauche; la jambe est sensible; de l'anesthésie avec analgésie dans le membre supérieur gauche; le côte gauche de l'abdomen est sensible; celui de la face et du thorax ne le sont pas. Les organes sensoriels sont sensibles.

Suggestion. — Au réveil, la sensibilité est revenue partout.

26. — La malade n'a plus eu de douleurs du tout. A dormi, comme cela avait été suggéré, de sept heures du soir à cinq heures du matin. N'a eu de vertiges hier que dans l'après-midi. Les points épigastrique et xiphoïdien ont disparu par suggestion. La sensibilité restaurée s'est maintenue. A de l'appétit et a mangé assez bien hier. Suggestion.

27. — Continue à bien aller. Mange bien, digère bien; n'accuse plus que des étourdissements moins fréquents. Suggestion,

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