SENSATION VISCÉRALE PAR AUTO-SUGGESTION
faits de névrose traumatique. Le mécanisme psychique n'est pas douteux.
Observation XVllI. — Yornissement de lombric dans le cours d'une fièvre typhoïde. Doideur abdominale consécutive enleoée par suggestion. Sensation de ver qui remonte, enlevée par action suggestive de ta santonine.
R..., (Félicie), âgée de dix-sept ans, est entrée à l'hôpital le 2 novembre 1889, pour une fièvre typhoïde bénigne qui suit son cours normal eldont je n'ai pas à retracer l'évolution. L'affection était arrivée vers sa fm, en voie de défervescence, le 24 novembre au soir, vingt-neuvième jour, lorsque la malade vomit un lombric. A la suite de ce vomissement, elle ressentit un point qu'elle accusa le lendemain matin à la visite, au-dessus et en dedans de l'épine iliaque antérieure et supérieure droite. Ce point douloureux fixe n'existe que pendant les mouvements de la malade. Dans la soirée, elle ressentit déplus un chatouillement le long de l'œsophage: elle prétend que c'est un autre ver qui remonte de l'abdomen à la gorge. Elle a des envies de vomir quand elle boit. L'abdomen était le soir très douloureux au niveau du point indiqué, et à la pression on déterminait une douleur très vive à la région hépatique. Le matin, 25, on produit par suggestion à l'état de veille une douleur intense dans toute la région droite de l'abdomen.
Je mets la malade facilement en sommeil profond, avec amnésie au réveil et je suggère la disparition de la douleur. Au réveil, elle ne ressent plus en effet aucune douleur ni spontanée, ni à la pression. Mais elle a toujours la sensation dun ver qui remonte vers la gorge. Pour tuer le lombric ou déraciner l'idée du lombric et la sensation qui y est attachée, je prescris comme contre-vers six pilules de sentonine de o centigrammes dont elle prendra trois dans l'après-midi, trois le lendemain matin. A la suite de cette ingestion , la sensation se dissipe, sans qu'aucun ver soit rendu par les selles. La défervescence continue, sans douleur et sans aucun trouble.
J'arrive maintenant aux observations de grande hystérie non traumatique traitée par la suggestion.
HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCIIOTIIÉRAriE
OBSERVATIONS d'IIYSTÉRIE CONVULSTVE
Observation XIX. — Hystérie depuis deux ans. — Crises convulsives. Douleur abdominale. Boule. — Strangulation. Diminution de la vision et de l'ouïe à droite. Suppression rapide des troubles sensoriels par suggestion. Amélioration sans guérison en dix-sept jours.
J. S..., âgée de dix sept ans, entre à l'hôpital le 20 juillet 1886 pour des symptômes hystériques. Il y a deux ans, à la suite de contrariétés, elle eut pour la première fois des crises hystériques pendant huit jours; depuis ce temps elle avait de temps en temps des douleurs abdominales qui duraient peu de temps, mais se repétaient plusieurs fois dans la journée. Depuis Pâques cette douleur est continue, s'irradie dans les membres inférieurs, vers Vepigaslre, vers la région précordiale. Depuis quinze jours, elle a en outre des crises d'hvslérie qui surviennent tous les soirs entre huit et neuf heures. La crise commence par des douleurs nerveuses gene. ralisées et une sensation de pression au niveau des seins qui existent aussi dans l'intervalle des crises et s'exaspèrent à ce moment- La malade perd connaissance, devient raide, a du tnsmus, des convulsions cloniques ; elle ne s'est jamais mordu la langue.
J S .. est bien réglée, sans leucorrhée, sans douleurs; les crises ne sont pas provoquées par les époques menstruelles. Sa mere es. très nGrvGUSG •
C'est une jeune fille, bien constituée, intelligente. Depuis Pâques, sans cause connue, elle est triste, impressionnable Pl^:;^^ /-«•liment a peu de goût pour le travaiL Elle a perdu 1 appétit, vomit facilement, digère lentement, sans renvois, va normalement a la e 1 Tccu e u'n goût de sang dans la bouche. Elle a souvent des ba tt ments de cœur, surtout la nuit, pendant cinq minutes. Elle ac use une sensation continue de crampe épigastnque e de corps lourTremontant de i'épigastre à la gorge avec strangulation. Pendant aue nous l'interrogeons elle est prise d'une crampe en flexion avec occ - on des deux mains; cette crampe dure une minute, puis L rlsout spontanément; elle l'a souvent, dit-elle, dernière série hU^ues a eu l.u^il y a quat. .^s, e .c^^de ^
tout le corps. Pas dovarialgie spéciale-
OBSERVATION D'HYSTÉRIE
L'œil droit voit les objets brouillés; il reconnaît les lettres de •2 centimètres et demi de hauteur jusqu'à 43 centimètres de distance, l'œil gauche les voit jusqu'à 1 mètre de distance. L'oreille droite n'entend la montre que jusqu'à 5 centimètres de distance . L'oreille gauche à 15 centimètres. Sensibilité conservée. Sommeil mauvais la nuit.
La malade est hypnotisée : sommeil profond et suggestion. Au réveil, toutes les douleurs ont disparu ; elle voit de l'œil droit à i">,bO; de l'œil gauche à i^,10. L'oreille droite entend à 12 centimètres ; l'oreille gauche à 13 centimètres.
21. — N'a plus eu de douleurs dans la journée et a un peu mangé. A six heures du soir, les douleurs ont reparu. A dormi de minuit à5 heures. Ce malin, elle est de nouveau mal; L'hyperestésie est générale : la vue est restée bonne. — Hypnotisation par simple occlusion des yeux : l'hyperesthésie disparait par suggestion. Au réveil, elle se plaint d'avoir la tête lourde. Je la rendors. Pendant le sommeil, elle se plaint tout d'un coup d'une douleur au cœur ■que j'enlève instantanément par suggestion. Au réveil elle est parfaitement bien et n'a plus de douleur de tète, elle écrit son nom sans trembler.
22. — A été très bien. S'est promenée en ville. N'a que de légères douleurs fugitives. A 6 heures étant rentrée et ayant appris la mort d'une malade, elle ressentit une crampe d'estomac qui disparut rapidement. A mangé de la viande, conformément à la suggestion. Il n'y a plus d'hyperesthésie. Dans la matinée un régiment ayant passé dans la rue, elle fut saisie par le son du tambour et ressentit un tremblement généralqui fut dissipé par la suggestion.
23. — Elle s'est promenée l'après midi. A 6 heures du soir, en descendant l'escalier, elle ressentit une douleur entre les épaules. A 9 heures du soir, elle aurait eu une crise à laquelle personne n'a assisté, à la suite de laquelle elle se serait trouvée la tête au pied du lit. Actuellement elle se plaint de douleurs générales surtout à la tête. — Suggestion.
24. — A été très bien à la suite de la suggestion. A mangé de la viande. A pu travailler sans douleur. A dormi de 10 heures du
^soir jusqu'à 5 heures. Ne sent presque plus rien aujourd'hui.
25. — Douleurs localisées dans le côté gauche; le 26, douleurs depuis 9 heures du soir jusqu'au matin, généralisées.
Le 27 au matin, après suggestion énergique, ces douleurs ont disparu. La malade dort toute la nuit. Le 28 elle ne souffre plus du tout. Pas de suggestion ce jour.
29. A partir de midi hier, s'est plainte de douleur abdominale. A eu une crise de 7 heures à 8 heures et demie. N'a pas dormi la nuit. Ce malin douleur à la pression dans le ventre, dans les membres, hyperesthésie générale. — Suggestion.
30. A la suite de la suggestion elle a été bien toute la journée. A bien dormi. Ce matin, elle a mal par moments.
31. — A été bien hier. Dans la soirée, étant à la musique, elle s'est trouvée énervée et a dû rentrer. Elle s'est réveillée souvent la nuit. Ce matin la malade ne peut rester en place : sensibilité générale à la pression. - Va bien à la suite d'une nouvelle suggestion. , ,
9 aoùl - A été bien jusque hier. Ayant ete entendre 1 orgue a l'église, elle se plaint depuis lors; mais elle a bien mangé dans la journée et n'a plus eu de crises. - Suggestion.
3 - Va bien, a dormi la nuit, s'est éveillée une seule fois, n'accuse que par moments une douleur dans le genou droit.
5 - A été bien depuis. Hier étant de nouveau a la musique, elle a dû se sauver, un peu énervée, mais pas autant que la pre-
mière fois. ^ ^ , ^
7 - Allaitbien jusque hier. Le soir elle a eu une crampe dans le pied droit en extension et de la main gauche en Oexion, pendant cinq minutes. S'est réveillée à 4 heures du malin avec une sensatbn douloureuse allant du creux épigastrique jusqu'au milieu du
Le" trdtement est interrompu, à cause des vacances, et la malade quitte l'hôpital.
En résumé, la suggestion a supprimé iustantauémeut Vobnubilatiou visuelle droite et "l™;^;;";;':; de ce côté. La douleur, enlevée chaque fo,s, na pas ete supprimée dérmitivement en dix-sept jours de tra.temen Une suggestion prolongée eût-elle déracme tontes les manifestations ?
Y Y Hvstérie convulsive depuis deux ans. - In- .f^»»r.u.. «.oM,o„ crises, U.r ,ro*,...« e,
leur inhibition. , .. , ,
. r V â-éede dix-huit ans, entre à 1 hôpital le Marie-Emihe F..., agee ae u ^p^^ ans. Rentrant chez
OBSERVATION D'HYSTÉRIE
qui se battaient. Elle fut effrayée et sentit une douleur dans lesdeux bras et au creux épigastrique. Cette douleur persista sans crises ; elle dut rester alitée pendant deux mois, avec un malaise nerveux dont elle ne peut donner aucun détail, si ce n'est qu'elle dormait beaucoup et ne mangeait pas. Au bout de ce temps, elle commença à se lever, mais ne put reprendre son travail, elle était ouvrière en chaussures, se sentant trop faible. Trois mois après ce début, environ, elle aurait eu, si ses souvenirs sont précis, la première crise d'hystérie, à la suite d'une dispute avec sa sœur. Cette crise débuta par des sensations d'angoisse et de constriction qu'elle ne put dominer, puis elle tomba à la renverse et resta deux heures sans connaissance. Au bout de deux à trois mois, seconde crise moins longue, mais plus intense que la première. Dans l'intervalle douleur épigastrique continue.
Huit mois après le début, elle put reprendre son travail, mais dut bientôt le quitter, car elle eut trois crises dans l'atelier. Puis celles-ci devinrent fréquentes, surtout au moment des époques, irrégulières, sans qu'elle puisse préciser leur fréquence. Obligéede quitter l'atelier, elle vendit des laines sur la place du marché,, mais depuis six mois elle ne travaille plus et garde la maison. La semaine dernière elle se rappelle deux grandes crises. Elle s'est présentée à la consultation le 9 juin et y eut deux crises. Depuis son entrée à l'hôpilal le 9 jusqu'à ce matin (10 juin), elle en a eu deux d'un quart d'heure chaque, avec grands mouvements et perte de connaissance.
Le 10 juin au matin je la trouvai en pleine crise, la tête renversée en arrière, en pleuroslhotonos avec grands mouvements et contorsion.s ; cela durait depuis un quart d'heure quand je V arrêtai en quelques secondes par suggestion. Elle ne se souvenait de rien. Alors je pus l'interroger et obtenir d'elle les renseignements qui précèdent, renseignements incomplets, car la malade n'a pas souvenir de la plupart de ses crises. C'est une jeune fille bien constituée, sans maladies antérieures, d'inLelligence moyenne, assez docile de caractère. L'examen des organes ne démontre rien d'anormal. Elle n'a pas d'anesthésie, ni d'ovarialgie, mais une douleur vive, spontanée et à la pression à la région épigastrique, et une autre dans le tiers supérieur du sternum ; l'attouchement de ces régions détermine une contraction douloureuse des traits delà face. Celle-ci est toujours anxieuse, mobile ; les muscles frontaux se contractent souvent, dénotant des impressions pénibles ou douloureuses qu'elle rapporte surtout à l'estomac. Cependant les gestions sont bonnes, la malade a bien mangé hier
292 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYGIIOTIIÉIUPIE
Pendant que je l'examinai le 10 juin, la malade, très impressionnable a une nouvelle crise qui débute toujours par des contorsions et des grands mouvements avec occlusion des yeux et arc de cercle sur le côté gauche. Pendant la crise, j'affirme qu'il y a un point sur la région frontale dont la compression arrête la crise. Je presse ce point arbitraire et la crise en effet s'arrête instantanément ; la malade ouvre les yeux sans souvenir de rien. J'affirme alors que la compression d'un point en face sur l'occiput réveille la crise. Je comprime cette région, aussitôt survient une angoisse douloureuse, une constriction épigastrique et laryngée ; les^ yeux se ferment ; le corps se renverse en arrière, puis sur le côté gauche, avec de grands mouvements cloniques. Après trois minutes de convulsions, je dis que la malade va entrer dans une nouvelle phase, qu'eUe voit des hommes qui se battent, un incendie qui éclate'autour d'elle. Bientôt en effet, la face exprime la terreur, elle se cache sous les draps, jette des cris. Alors je dis qu'elle va avoir des hallucinations gaies ; elle va voir des hommes qui dansent et des diablotins qui la chatouillent au cou et qui la font rire. En effet, sa face change d'expression et est agitée par les grimaces d'un rire provoqué. Cela fait, je provoque par suggestion une nouvelle phase avec contracture et grands mouvements, au milieu de laquelle, après deux minutes de contorsions j'arrête brusquement la crise par l'attouchement du point frontal.
Au réveil la malade se souvient de ses hallucinations. Je 1 endors ensuite, en sommeil profond avec amnésie au réveil et je lui suggère de ne plus avoir de crise.
îfiuin - La journée et la nuit ont été bonnes, sans nouvelle crise Ce matin la malade est assez bien, mais porte sa main à l'épigastre qui est douloureux. Elle répond bien aux questions ; • ntelligence est nette, surtout quand on fixe son attention e qu on la détache de ses sensations. Abandonnée à elle-même, elle a de
la tendance à s'assoupir. . .. , i -,
12 - A été bien hier. La pression du point loccipital produit une respiration haletante ; la face se renverse en arrière, les yeux se convulseat; de grands mouvements irréguliers surviennent, elle seconvuisen ë contracture alterne avec ces mouve-
^.ommeil. Je touche le point frontal ; la malade se réveille. Suggestion de guérison.
OBSERVATION D'HYSTÉRIE
13. — La malade a eu hier une crise pendant dix minutes. Je produis toujours les mêmes phénomènes par attouchement du point hystérogène suggéré, je provoque une phase de grandes convulsions, une phase d'hallucinations tristes, puis gaies, une nouvelle phase de grandes convulsions et le réveil par attouchement du point frontal. — Suggestion et sommeil provoqué de une heure.
16. — La malade n'a plus eu de crises, mange bien, digère bien; la douleur épigaslrique existe toujours, mais atténuée. La respiration est toujours haletante, à 70 mouvements par minute et ne peut être ralentie immédiatement par suggestion.
17. — Va bien ; n'a plus de crises. Respiration moins haletante,
La malade continue à bien aller ; n'a plus de nouvelles crises. Le 19, elle accuse de la douleur à la région de l'hypocondre droit: elle est enlevée par suggestion, mais il faut éviter d'explorer la région abdominale en général avec trop d'insistance pour ne pas la réveiller. La respiration, moins haletante, est encore accélérée, à 44.
La malade va bien jusqu'au 25 juin ; ce jour, à cinq heures du soir, elle a une crise spontanée qui est arrêtée par suggestion.
Le 27 juin, elle accuse des douleurs dans le cou depuis plusieurs jours. — Elles disparaissent par suggestion hypnotique.
Elle va bien, sans crises, les jours suivants. Le 2 juillet, elle accuse une difficulté pour avaler les aliments, même la salive. La pression sur le cartilage thyroïde détermine une vive douleur qui est enlevée par le sommeil provoqué. A l'examen de la gorge, le pharynx est un peu rouge.
Le 3. — Accuse une sensibilité douloureuse à l'occiput, qui est enlevée facilement.
La malade continue à bien aller. Elle est en voie de guérison. Mais l'impressionnabilité nerveuse n'a pas encore suffisamment disparu pour qu'on puisse l'abandonner déjà à elle-même. Il est certain qu'en continuant la suggestion, on arriverait à la guérison complète. Mais dans la journée du 5, la malade, avec deux autres de la salle, a une altercation avec la sœur, qui leur défendait d'aller au jardin potager, et les trois malades, se suggestionnant réciproquement, quittent l'hôpital.
Cette observation montre le rôle que la suggestion consciente ou inconsciente peut jouer dans le phénoménologie de l'hystérie et aussi son influence thérapeutique.
HYPNOTISME, SUGGESTION, rSYCIIOTIlÉRAPIE
Observation XXI. — Hystérie convulsive ancienne — Suppression des crises pur suggestio7i et intimidation.
D. (Constance), âgée devingletunans, habitant Bruyères (Vosges) evec ses parents, m'est adressée le 7 juillet 1890, à l'hôpital, par le D"" Marlier, pour une hystérie opiniâtre datant de cinq ans et ■demi. Elle rencontra, dit-elle, à la tombée de la nuit, un homme dans un chemin, prit peur, poussa un cri et se sauva. Les jours suivants, elle n'eut que des battements de cœur sans autre symptômes. Au bout de quatre jours, le souvenir de l'homme se présente à son esprit, et elle eut une crise ou une série de crises avec convulsions, pendant trois jours; elle ne se rappelle pas ce qui s'est passé pendant ce temps.
La seconde crise, dit-elle, eut lieu au bout d'un mois et dura une heure : huit jours après, vint la troisième crise. Depuis, elle a des crises variables d'intensité et revenant à des intervalles variables. La seconde année, elle resta trois mois sans en avoir. Elle ne peut, d'ailleurs, donner de renseignements précis sur ce qu'elle a présenté pendant ces années. Tout ce qu'elle peut dire, c'est que, depuis quinze jours, les crises reviennent presque tous les jours. Elles débutent par une sensation de chatouillement à la partie supérieure du sternum, et une forte douleur au synciput. Au bout de une à deux minutes, elle tombe, se débat ou reste dans le sommeil ; ces crises durent plus ou moins, de un quari d heure a line heure.
Comme antécédents, elle accuse, vers l'âge de dix-neuf ans, des coliques fréquentes sans diarrhée. Elle est réglée assez régulièrement pendant trois jours chaque fois; les crises sont p us fréquentes au moment des époques. Nous ne pouvons savoir s il y <i des antécédents nerveux héréditaires.
Assez bien constituée, lymphatico-nerveuse, elle ne présente .aucune altération organique.
Le jour de son arrivée, à onze heures du matin, la malade s en- ■dori, sans secousses; pendant ce sommeil, elle se ra.d.t trois ou .quatre fois pendant quelques secondes; les yeu.x enU" ouverts, la face sans expression, pâle, la respiration faible le pouls petit La sœur effrayée m'appelle. Je reconnais une crise de sommei h st - .ique avec'contracture durant depuis trois q-rts d heure. Je la réveille rapidement par afiirmation suggestive. Lin a aucun souvenir au réveil. Toute la journée, elle a des frissons mais pas de crises. La nuit, elle a mal aux dents et ne peut dormir Le lendemain 8, elle présente une forie fluxion buccale avec
OBSERVATION D'IIYSTEUIE
commencement d'abcès sur la joue droite ; elle a des dents cariées et une douleur vive au niveau de la première molaire gauche.
La sensibilité tactile est partout intacte ; celle à la douleur est partout obtuse. Pas d'ovarialgie, pas de douleurs à la pression du ventre. On peut d'ailleurs, par affirmation suggestive, provoquer partout, à volonté, une douleur vive.
En pressant sur la partie supérieure du sternum, je détermine, par suggestion, une crise. Les yeux se convulsent en haut, les paupières se ferment d'abord ; puis le corps reste immobile, les yeux sont de nouveau entr'ouverts ; l'expression faciale est inerte; les membres supérieurs sont contractures, le bras gauche en llexion, le droit en demi-flexion ; les jambes sont contracturées. 11 y a de la catalepsie. Quand on met la jambe gauche en l'air, elle y reste. La malade ne répond pas aux questions. Je cherche à abaisser la jambe gauche sans y arriver, elle est en catalepsie rigide.
Je touche alors le sternum en affirmant que la malade va avoir des convulsions. Bientôt en effet, elle plie les jambes, lève les bras, les abaisse, tord le tronc. Je dis : « Ces mouvements s'arrêtent, ï La malade reste rigide au travers du lit en opisthotonos.
Je détermine ensuite une phase hallucinatoire pénible ; « un chien la mord, etc. » Bientôt elle se raidit en opisthotonos, crie, agite son bras droit, fait des elForts pour chasser un chien imaginaire.
Je suggère ensuite une phase d'hallucinations gaies : « vue de petits anges, prière, etc. » La malade s'assoit, le regard en l'air, les mains jointes, en extase ; elle prie : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, etc. »
Je dis qu'il va de nouveau se produire une crise avec secousses. Les yeux se convulsent en haut, le corps se cambre en arrière, en opisthotonos, la tête en bas du lit; aussitôt que je parle de secousses ou de mouvements, des secousses se produisent dans tous les membres, mais ne se continuent pas ; elle revient en état rigide, avec tendance naturelle pour cet état.
Pendant cette crise d'opisthotonos, la malade est réveillée en un quart de minutes par affirmation suggestive en touchant le front. Au réveil, elle répond immédiatement à toutes les questions et ne se souvient de rien.
Je provoque alors le sommeil calme et profond. 9 juillet. - A été bien dans l'après-midi, sans crises. Ce matin elle est tombée spontanément en catalepsie rigide; elle semble se
HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTIIÉRAPIÉ
complaire dans cet état d'où je ne la réveille que difficilement; elle cherche à y revenir instinctivement.
10. — A son époque depuis hier soir. Accuse une conslriction épigastrique, La respiration est haletante, 64 par minute — Suggestion.
La fluxion buccale est guérie.
H. — Pas de crise hier. On a voulu la faire lever et marcher, comme je l'avais prescrit. Mais elle s'est recouchée tout de suite, dans un état de somnolence avec rêvasserie qu'elle recherche volontiers, en dehors de ses crises. Elle mange assez bien, mais présente encore cet état d'atonie physique et morale.— Suggestion.
12. — Même état. Hier soir, à 5 heures et demie, crise convulsive spontanée, avec grands mouvements, qui a duré pendant vingt minutes et s'est dissipée spontanément. Pendant la nuit, au dire des voisines, elle aurait eu une crise.
Ce matin, pendant la visite, elle riait ; mais aussitôt qu'elle m'entendit de loin parler d'elle, elle tomba en catalepsie rigide. Je laréveille facilement en lui lapant sur la joue. Mais sitôt qu'elle est livrée à elle-même, sa face reprend un air rêveur, extatique, béat ; et le corps s'immobilise de nouveau en catalepsie rigide. J'ai beau la suggestionner, affirmer qu'elle va se réveiller, marcher, elle reste dans cet état où elle se complait. On dirait que, familière avec la suggestion, elle s'habitue à résister, dominée par ses sensations préférées d'auto-suggeslion involontaire.
Alors je fais de la suggestion par intimidation ; je fais chauffer le thermo-cautère; j'affirme que si dans dix minutes, elle n'est pas levée, on lui mettra des raies de feu Fur l'estomac. Quand le thermo-cautère arrive, elle se réveille, puis se lève et marche ; tout cela se fait avec une certaine ingénuité: il n'y a m simulation, ni mauvaise volonté consciente. G est un état de catalepsie avec extase involontaire dans lequel elle se complaît, que ses msLmcts provoquent; que la suggestion simple n'a pu réprimer, que la suggestion avec crainte du fer rouge a pu rompre.
il - La malade a été bien pendant ces trois jours, elle est restée levée et s'est occupée dans la salle. Hier, cependant, elle ne voulait pas se lever. Gs n'est qu'après suggestion et admonestation qu'elle s'est décidée à le faire.
Ce matin, elle a un peu travaillé; mais, à 10 heures, el e se met de nouveau sur sa chaise, reste immobile, rêveuse cherchant son extase cataleptique. La respiration est haletante, etc. Le pouls est à 92. Constipation depuis cinq jours. Hier soir n a pas mange. A voulu jeter son diner par la fenêtre, — Suggestion.
OBSERVATION D'HYSTÉRIE
lo, — Pour la sortir de cet état d'atonie où elle se complaît, je provoque une crise convulsive avec contracture, hallucinations gaies et tristes; puis je la réveille par suggestion. Mais aussitôt réveillée, elle retombe en extase cataleptique. Je la menace du fer rouge, puis je l'électrise vivement pour la faire sortir de cet état, la menaçant de recommencer si elle se rendort.
16. — La malade a été très bien hier à la suite de cette suggestion par intimidation ; elle s'est levée, a travaillé toute la journée. Je l'encourage dans cette bonne voie. Je la suggestionne à l'état de veille.
17. — A continué à être très bien. Elle est très active, n'accuse plus aucune douleur, se lève même de bonne heure pour travailler.
Cet état continue les jours suivants ; la malade est toute transformée. Dans la nuit du 20 au 21, elle a comme une velléité de crise qui n'aboutit pas. Se réveillant tout d'un coup pendant son sommeil, elle s'est levée sur son lit et s'est raidie un instant; mais tout s'est vilç dissipé.
Elle va, le 23 juillet, à la recherche d'une place, et l'aj'ant trouvée dans une ferme à Pixerecourt, près de Nanc}', elle sort, le 24 juillet, se sentant tout à fait bien ;la malade était, à l'hôpital, reçue aux frais de la subvention départementale : celle-ci étant épuisée, elle n'a pas pu être conservée plus longtemps. Le traitement n'a pas été prolongé assez pour que nous espérions une guérison sans rechute.
Nous avons vu, dans ce cas comme clans d'autres, la crise d'hystérie évoluer en diverses phases provoquées par suggestion.
Nous avons vu aussi que les moyens d'action suggestive doivent varier. L'auto-suggestion peut être plus forte que la suggestion purement verbale. La crainte salutaire du fer rouge, déjà utilisée par Boerhave, peut être nécessaire. La simulation des hystériques n'est pas absolument volontaire : notre malade n'avait ni malice, ni rouerie : les lettres qu'elle écrivait à sa famille dénotaient une pauvre fille, naïve, ingénue, sans perversité, sans ruse. Elle se mettait en extase hystérique, parce qu'elle y trouvait un certain charme, parce que ses instincts modifiés par la maladie l'y poussaient et tendaient à l'y maintenir. L'intimidation
HYPNOTISME, SUGGESTION, l'SYCriOTIIÉRAPIE
seule rompait ce charme et permettait au cerveau l'action dynamogénique nécessaire pour rentrer dans l'état normal. C'est d'une observation superficielle que de prétendre tout expliquer par une banale simulation.
Observation XXII. — Crises hystériques depuis plusieurs mois, avec paralysie complète. — Guérison des crises en trois semaines, de la paraplégie en un an par suggestion.
M"^ X..., âgée de treize ans, habitant Bruxelles, est atteinte depuis quatre à cinq mois de crises hystériques avec paraplégie. L'affection a commencé sans cause par la paralysie de la jambe droite suivie en peu de jours' de celle de la jambe gauche; et depuis la paraplégie est complète. Quelques jours après ce début survinrent des crises hystériques, caractérisées par du sommeil, de l'oppression, de la strangulation, de la respiration haletante, de la contracture, crises durant environ une heure et demie chacune et se répétant deux à trois fois par jour. La valériane, le bromure, la quinine, l'hydrothérapie faite dans un établissement spécial, n'ont pas amené de modification notable. La paraplégie a persisté. Les crises après avoir changé plusieurs fois dans leurs allures afTectent maintenant un caractère régulier. Elles se répètent, trois fois par jour, à peu près à la même heure; chacune ayant une modalité différente quant à la succession des symptômes. Mais celles qui se reproduisent, chaque jour à la même heure, ont la même évolution : la céphalée, les mouvements convulsifs, la contracture, le rythme haletant de la respiration, le mode de réveil, tout se déroule chaque fois dans le même ordre.
Son oncle me l'amène le juillet 1887. C'est une très grande mie pour son âge, treize ans, actuellement assez anémique, bien constituée, sans antécédents nerveux, sans maladie antérieure, remarquablement précoce, comme intelligence. Son père est très impressionnable, sa mère, autrefois hystérique, est depuis des années affectée de myélite chronique; elle est morte depuis.
Je ne constate rien de particulier aux allures de la jeune fille. D'un caractère doux, elle est, malgré son aspect souffreteux actuel, bien équilibrée intellectuellement et moralement; elle n a rien de ce qu'on décrit comme caractère psychique des hystériques loutes les fonctions sont normales ; époques régulières depuis plusieurs mois.