‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 78 sur 160 · NÉVROSE SPASMODIQUE INTESTINALE · texte numérisé non relu

NÉVROSE SPASMODIQUE INTESTINALE

la contre-suggestion thérapeutique. Mais il est certain que la maladie guérira et restera guérie, à condition que, en cas de rechute, la suggestion puisse être faite au moment même où la douleur voudra éclater.

Cette observation a été publiée dans la lettre de M. Gosserat (sur Vhystéro-trawnatisme, Nancy, 1890).

Voici la suite : quelques jours après son retour à Lunéville, le malade l'ut atteint d'une nouvelle crise qui ne put être conjurée tout de suite et qui nécessita une nouvelle injection de morphine. Il eut ainsi, en trois semaines, trois ou quatre crises. II se disposait à revenir à Nancy pour recommencer le traitement suggestif, lorsqu'il contracta une pneumonie qui l'enleva en huit jours.

Cette observation, des plus intéressantes, se place à côté de celles de névrose traumatique. C'est un traumatisme pathologique, une typhlite qui a laissé à sa suite des accès de contracture excessivement douloureuse des muscles abdominaux et du cœcum, accès simulant un étranglement intestinal. Toutes les médications échouèrent contre ces crises singulières. La question de laparotomie avait été posée. 8 à 10 centigrammes de morphine en injection souscutanée étaient nécessaires pour combattre chaque crise.

C'était une simple névrose ; le malade était d'un tempérament nerveux ; je connais deux de ses sœurs : l'une est morte d'accidents d'origine hystérique et a une fille hystérique, affectée souvent d'œsophagisme ; l'autre sœur est très impressionnable et névropathe.

La typhlite avait appelé la diathèse nerveuse préexistante sur le cœcum et la paroi abdominale sus-jacente. C'étaient des crises viscérales nerveuses.

La suggestion hypnotique, et plus tard la suggestion à l'état de veille arrêtaient instantanément la crise que 8 à iO centigrammes de morphine conjuraient à peine. Mais la suggestion n'agissait pas, ou pas suffisamment, sur l'échéance éloignée de ces crises. J'eus beau suggérer que les crises ne reviendraient pas. Aussitôt qu'une impression quelconque réveillait la douleur et le spasme de la ré-iou

HYPNOTISME, Sl[GGESTION, PSYCIIOTHÉUAPIE

iléo-cœcale, l'auto-suggestion déterminée par ces sensations était trop intense pour que le malade, obéissant à la suggestion faite antérieurement pût faire inhibition. Il fallait être là pour arrêter la crise déjà déclarée ou s'annonçant imminente. Alors, invariablement, l'application seule de ma main l'empêchait de venir ou la coupait instantanément. Il est absolument certain que si j'avais pu dresser une personne, ne le quittant jamais, à faire la suggestion comme je la faisais, le malade eût fini par guérir. Toutes les crises eussent été arrêtées, et, peu à peu, le système nerveux discipliné eût désappris cette modalité fonctionnelle. C'est là une des difficultés de la thérapeutique suggestive. Tous les malades n'obéissent pas à la suggestion à échéance ; la maladie, elle-même, constitue une suggestion qui peut dominer celle faite antérieurement. Dans ce cas, il faut une action psychique suggestive au moment même des accidents qu'on veut enrayer ; quelquefois on peut la confier à une pratique médicamenteuse, en laquelle le malade a confiance. Cela ne réussit pas toujours. Il faut, dans ces cas, que le malade soit dans une clinique spéciale, entouré de personnes exercées qui sachent manier la suggestion, et la faire chaque fois qu'elle est nécessaire. Malheureusement, les malades ne se soumettent pas volontiers à cette surveillance continue, quand les manifestations douloureuses ou autres sont intermittentes. Aussitôt l'accès passé ils réclament leur liberté et oublient leur maladie, plus soucieux de leurs intérêts que de leur santé. Ils se soumettent bien à une opération ou à un appareil qui les laisse couchés plusieurs semaines dans l'immobilité ; mais ils ne comprennent pas aussi bien qu'un traitement suggestif continu de pluéieurs semaines ou de plusieurs mois puisse être nécessaire pour déraciner une affection invétérée.

L'observation suivante peut aussi se ranger à côté des

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