NEURASTHÉNIE HÉRÉDITAIRE
intensité, les malades et le médecin perdent confiance dans A è le traitement suggestif, les malheureux courent d’un spécia- 5 liste à l’autre, promènent leurs misères dans toutes les #8 eaux minérales, vont de l’hydrothérapie au massage, de l’ho- 4 méopathie à la dosimétrie ou aux granules Mattei. Une % amélioration passagère se produit parfois sous l’influence 3 d’un de ces traitements; une rémission plus ou moins à longue se manifeste, post hoc ou propter hoc, suivie d’une à rechute ! Voilà la triste odyssée de nombreux névropathes, Æ de par la loi fatale de l’hérédité! La seule chose que je cons- # tate, hélas! c’est que, quand la suggestion est impuissante, lé % tout est impuissant. % De la neurasthénie à l’hypochondrie, il n’y a qu’un pas; l’une peut engendrer l’autre. Le neurasthénique conserve “à son intelligence intacte, en dépit des sensations qui l’ob- ê sèdent et la voilent; il sait que ses troubles sont pure- à ment nerveux, il ne peut les secouer. L’hypochondriaque k. a l'intelligence atteinte; il a des conceptions erronées, il 5 rattache ses sensations à des lésions organiques et il ne e peut être détrompé. 4 Il est difficile parfois de différencier la neurasthénie T4 d’avec l’hypochondrie. Il est des cas intermédiaires; il “ n’y a pas de démarcation absolue. Vous voyez actuellement à au service un homme de quarante ans, impressionnable, Ë qui s’est bien porté jusqu’il y a quatre mois. Alors, peut- -
être sous l’influence du tabac qu’il est habitué à chiquer, il ressentit une sensation de gêne laryngée.
Cette gène augmenta progressivement et dégénéra en sensation d’étouffement. Lorsqu'il nous arriva, cet homme ne pouvait plus faire quelques pas sans être obligé de s’arrêter et de se recoucher. Il croyait avoir un corps étranger dans le larynx ; il tousse et avale sa salive pour le faire descendre; il a en même temps des sensations douloureuses vers les muscles sterno-mastoïdiens avec coups de marteau vers la nuque et de l’anxiété précordiale. C’est une véritable
RE LINE AE OI Dr RL OR OU EI LEE NS DS OR ENS RU UE PU TE
obsession qui empoisonne son existence, il ne pense qu’à sa gorge; sa main et sa pensée s’y dirigent sans cesse. Il ne # peut plus manger; tout reste accroché, dit-il. C’est une neurasthénie laryngée, ou une hypocondrie liée à une sensation laryngée, peut-être à quelques granulations de la | muqueuse. Tous les autres organes fonctionnent bien. Cet + homme arrive facilement en hypnose profonde avec amnésie au réveil. En continuant avec patience la suggestion hypnotique depuis quatre semaines, nous sommes déjà arrivés àa modifier très favorablement son état : il reste levé plusieurs heures, cinq à six heures par jour; il peut manger, & il n’accuse plus qu’une certaine gène vers le sterno-mastoïdien gauche ; il n’a plus d’anxiété précordiale, maïs il ne pourrait pas encore travailler; la strangulation le guette toujours ; il est obligé, après avoir marché quelque temps, de s'asseoir. Mais il reconnaît lui-même qu'il n’y à plus aucune comparaison entre l’état actuel et celui qu’il présentait à son entrée à l'hôpital. Il est en voie de guérison. Mais vous voyez avec quelle ténacité ces impressions nerveuses, purement nerveuses, s'imposent au sensorium. Plusieurs semaines sans doute ou plusieurs mois seront nécessaires pour les déraciner complètement et j'espère y Ë arriver. Les faits de ce genre sont excessivement nombreux dans la clientèle. Quand ce sont des ouvriers ou des soldats qui les accusent, on est enclin volontiers à les traiter de paresseux, de carottiers; on les malmène ou on les abandonne. Avec beaucoup de patience et de suggestion, on les guérit souvent.
Œ __ Autre chose est l’hypochondrie invétérée, incontes- | table, qui rentre dans le domaine de l’aliénation mentale, domaine le plus rebelle à la suggestion. J’ai vu récemment un jeune homme âgé de quinze ans, fortintelligent, qui sentait depuis plus d’un an des douleurs stomacales et des battements de cœur; ces sensations étaient purement subjectives : il portait constamment la main sur son épigastre et
RÉSISTANCE DES HYPOCHONDRIAQUES 223
sur son cœur, C'était une gène continuelle qui ne le quittait pas. Je l’hypnotisai facilement; je le mis en somnambulisme, je l’enlevai à lui-même, le changeai de personnalité; je pus ainsi momentanément le soustraire à la conscience de ses sensations imaginaires, le rendre gai et heureux pendant tout le temps que durait cette diversion psychique suggestive. Mais même en cet état, on voyait que cela le recherchait ; sa vraie conscience tendait à le ramener vers son cœur et son estomac. Après quelques minutes d'oubli, il y revenait sans cesse. Au réveil, 1l était parois bien pendant un certain temps, heureux et confiant, se disant à lui-même et cherchant à se le suggérer : « Je suis guéri, je n'ai plus mal. » Mais au bout d’un quart d'heure environ, le mal reparaissait : l’obsession était plus forte que l’impression provoquée.
Il semble, de prime d’abord, que la suggestion qui s'adresse à l’esprit doive guérir facilement les maladies de l'esprit. C’est une erreur ! Une idée fixe est souvent plus difficile à déraciner qu'une sensation douloureuse. J’aiessayé bien des fois de guérir la mélancolie, lhypochondrie, la maladie des obsessions, la manie, le délire de persécution, J'ai toujours échoué. Pendant leurs crises les aliénés sont en général difficiles, sinon impossibles à hypnotiser. Certains maniaques ont pu, il est vrai, être calmés par suggestion vigoureuse pendant leurs accès. Mais la maladie elle-même et son évolution ne sont pas influencées. Alors
même qu’on arrive à hypnotiser les aliénés dans l’intervalle des crises, je ne crois pas qu’on puisse en prévenir le retour. J'ai traité par exemple, il y a deux ans, une jeune fille américaine, atteinte de stupeur Iypémaniaque intermit tente procédant alors par accès de dix à quinze jours, avec intervalles de trois semaines pendant lesquelles la gaîté était revenue, et l'intelligence remarquable. La maladie était héréditaire. Je pus hypnotiser la malade ; elle était très docile à la suggestion ; pleine d’espoir et de confiance,