CONTRACTURE DOULOUREUSE TRAUMATIQUE
plus grandes précautions et qu'une fois à terre, il porte le poids du corps sur le membre inférieur gauche. Faisons-le marcher : il pose le pied en valgus, tandis que le genou est en valgus aussi, c’est-àdire forme un angle ouvert en dehors et en avant. Douleurs vives pendant la marche.
Pour s'assurer qu'il u'y avait pas d'affection de la hanche, dont la douleur du genou serait symptomatique, M. le professeur Gross fit endormir le malade au chloroforme. La résolution fut complète et l’on ne constata rien d’anormal dans le fonctionnement de la | cuisse.
On essaya pendant quelques jours des applications de pointes
de feu sur les trajets nerveux et aussi sur le genou, —sans résultat. Cest alors que M. le professeur Bernheim endort le malade assez facilement; et dès la première séance enlève l’hyperesthésie. La contracture et les déviations résistèrent aux suggestions. On endormit alors E... au chloroforme et on lui mit un appareil plâtré pour redresser son membre et le mantenir dans une bonne position. Le malade supporta l’appareil sans douleurs, et il sortit ainsi quelques jours après {le 11 juillet 1888) pouvant marcher et regrettant même une guérison trop complète qui l’exposait à devenir soldat plus tard. Au bout d’un mois et demi, il enlève l'appareil qui lui emboîtait le pied, la jambe et la cuisse, et comme son membre avait encore une tendance à la raideur, il va, sur le con- seil de M. le professeur agrégé Vautrin , trouver M. le professeur Bernheim. En deux séances de suggestion cette opportunité de contracture disparait et depuis le malade n’a pas eu de rechute. Nous l'avons vu ces jours derniers; il ne se plaint plus que de quelques douleurs vagues, en rapport, dit-il, avec la température.
La névrose. traumatique peut être convulsive et affecter une allure plus nettement hystérique. Dans les deux obsertions suivantes, il s’agit de secousses hystériques partielles et intermittentes; ce n’est pas encore la grande hystérie convulsive.
OBSERVATION XIII. — Secousses hystériques consécutives à un choc sur lu tête. — Guérison par la suggestion.
M'e X... ! (de Châlons), âgée de vingt ans, m'est adressée par son médecin et vient me voir le 12 septembre 1889, pour des symptômes hystériques d’origine traumatique.
2172 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉPAPIE
Sa mère, morte depuis plusieurs années, était névropathe, sans particularité spéciale. A part une implantation vicieuse et des malformations de certaines dents, Mile X.., est bien constituée et assez intelligente. Vers l'âge de dix ans elle fut atteinte d’un rhumatisme articulaire grave. Mais depuis elle s’est bien portée jusqu’au mois de novembre 1888 (vers le 10), où en ouvrant une huche à pain, elle laissa retomber le couvercle sur sa tête. Depuis ce temps elle se plaint d’une douleur de tête continue, contusive, sur le crâne, avec exacerbations. Le #4 décembre, dit-elle, elle commenca à avoir des secousses convulsives des plus variées. Presque tous ses muscles entrent alternativement en jeu, agités comme par un tic convulsif. « C'était d’abord la bouche qui était tirée d’un côté: après, les yeux ont commencé à clignoter. Au bout de quelques jours le front se plissait, puis le nez : les oreilles étaient tiraillées en divers sens; des grincements de dents; le cou était convulsivement porté en arrière, ou des deux côtés; les mains, les jambes, la langue, l'estomac, le ventre aussi prenaient part à ces mouvements convulsifs. » Ces contractures duraient deux minutes ; elles n'étaient jamais généralisées. Tantôt c’étaient les muscles de la bouche, tantôt ceux des yeux, jamais les deux groupes ensemble. De même les membres supérieurs et inférieurs ne se contractaient jamais simultanément ; tantôt les uns, tantôt les deux autres, soit les deux mains, ou l’une seulement, soit les deux pieds ou l’un isolément.
Les contractures duraient environ deux minutes et se répétaient dix à quinze fois par jour. Jamais de perte de connaissance, pas de sensation de boule, ni de strangulation.
Au moment où ces contractures commençaient, ou un peu auparavant, la malade devenait triste, anxieuse : « J'avais peur’ ditelle, d’avoir fait du mal à tout le monde, je me trouvais tout à fait drôle, jusqu’à ce que c'était en train. »
Tous les traitements antispasmodiques, bromure, etc., échouèrent successivement. L'hypnotisation fut essayée à Châlons, et malgré plusieurs séances, l'hypnose étant profonde, il n’y eut pas de modification persistante. Nous ne savons si la suggestion a été faite convenablement.
Le 12 septembre, j'endors Mie X... Elle s'endort instantanément au simple mot : Dormez. Elle est en sommeil profond, cataleptisable, hallucinable, amnésique au réveil. Je suggère la disparition des contractures, le retour du sommeil, etc...
Le 13, elle me dit avoir bien dormi la nuit; elle n’a plus eu de douleurs de tête. Le matin seulement, elle a eu quelques mouve-
ments des yeux et de la bouche; toute la journée d'hier elle n’a rien ressenti.
Ajoutons que depuis le début de l'affection, la malade avait de l’'insomnie fréquente; elle ne dormait que deux nuits par semaine, en moyenne.
Après trois séances, les mouvements anormaux ont totalement disparu, si bien que je n’ai pas eu occasion de les constater moimême. Le sommeil est parfait toutes les nuits. La douleur de tête a aussi disparu. Mie X... se sent mieux moralement, plus forte de caractère. Elle a hâte de rentrer chez elle. J'ai grand’peine à la retenir jusqu’au 19, jour où je l'hypnotise pour la huitième et dernière fois.
A la date du 25 octobre, une lettre de son médecin m'apprend que la guérison ne s'est pas démentie.
A la suite d’un coup sur la tête, douleur contusive sur le crâne. Quatre semaines plus tard survinrent les mouvements convulsifs localisés, soit sous forme de secousses choréiques, soit sous forme de contracture spasmodique passagère.
Au bout de dix mois, la suggestion hypnotique réussit
en trois séances à supprimer la douleur de tête et les secousses hystériques.
OBSERVATION XIV. — Secousses de tremblement convulsif du membre
supérieur droit par accès, consécutives à une écorchure de l'index. — Amélioration par suggestion.
E. T..., clerc de notaire, âgé de trente-deux ans, entre dans mon service le 26 avril 1890, pour une névrose du membre supérieur droit. |
Il y a quatorze mois, il se fit une écorchure à la face palmaire de la dernière phalange de l'index droit, en lavant son vélocipède. Cette écorchure insignifiante guérit en trois jours. Le même jour, en se lavant les mains au savon, il ressentit un léger picotement et immédiatement des secousses dans tout le côté droit, secousses convulsives continues de flexion et d'extension du bras et de la jambe droits. Ces mouvements plus marqués dans le membre supérieur ne purent être arrêtés, en contenant le membre et durèrent une demi-heure. Il ne se rappelle que le début de l'accès et resta inconscient pendant assez longtemps. Revenu à lui, une idée
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impulsive le prit d’aller à l’école où il fit des problèmes avec les … élèves. Pendant plusieurs jours après cette crise, il allait bien, mais avait peur d'en avoir de nouvelles et n'osait pas marcher seul. Un mois s’écoula sans nouvelle crise; le sommeil était bon. Au bout de ce temps, seconde crise moins forte, localisée dans le bras qu'il se faisait tenir. La crise finie, il sentit comme un choc et resta comme paralysé pendant deux minutes. Il ne perdit pas connaissance cette fois.
Des crises pareilles se succédèrent à des intervalles irréguliers, sans qu'il puisse rien préciser. Il restait quelquefois un mois sans M en avoir, tandis que dans d’autres moments, il en avait deux ou trois par jour.
Ainsi, il y a trois mois, les crises revenaient pendant huit jours de suite, une ou deux par jour. En outre, il avait toujours eu, dans l'intervalle de ces grandes crises, de petites caractérisées par un simple tremblement assez marqué qu'il arrêtait en tenant le bras avec la main.
Il aurait eu aussi, il y a trois mois environ, un rhumatisme caractérisé par une douleur à la région scapulaire droite et précordiale, avec fièvre et battements de cœur; on songea à une endocardite. Pendant ces quinze jours, il eut sept ou huit crises fortes; rarement le membre inférieur y participait. La dernière forte crise date de trois semaines; elle dura dix minutes, s’accompagna de perte de connaissance pendant une minute et se termina « comme les autres par une sensation de choc dans les deux bras. Depuis ces trois semaines, le malade ne peut plus écrire convenablement. Il entre au service de mon collègue Gross le 6 avril. Il a. eu depuis ce moment trois crises, peu intenses. Quand la crise doit venir, il à une sensation vertigineuse qu’il définit mal et une sorte d’'engourdissement du bras. |
Comme antécédents, il relate une fièvre muqueuse à l'âge de huit ans, une bronchite et une variole pendant son service militaire de dix-huit à vingt et un ans, une gastrite avec dyspepsie qui dura sept ans, après sa sortie du service militaire. Il a toujours été nerveux et impressionnable depuis son enfance. Sa dyspepsie l’a rendu plus nerveux et anxieux. — Il n’aurait pas eu de syphilis, mais deux uréthrites. Sa mère est un peu nerveuse, dit-il. Il n'aurait pas fait d'onanisme; il nie tout excès vénérien et alcoo-, lique. Mais nous apprenons qu'il fait des excès alcooliques habituels et que sa conduite morale laisse à désirer. j
Etat actuel. — Constitution assez débilitée; il a toujours été faible. Tempérament nervo-arthritique. Appétit faible; les di-
gestions sont bonnes. L'examen des organes ne dénote rien d’anormal ; les bruits du cœur sont nets, sans souffle. La sensibilité est partout normale. Tous les mouvements s’exécutent bien. Il lève bien ses deux bras verticalement; mais le bras droit, commence au bout de trois secondes par tomber graduellement. Il n'accuse ni fourmillement ni engourdissement, mais une sensation de froid dans tout le membre supérieur droit. Au dynamomètre, la force musculaire est conservée; la main gauche donne 28; la main droite 40. Il écrit difficilement son nom; les lettres sont mal assurées et offrent parfois des jambages involontaires. Première suggestion le 47 avril. — Le malade arrive au second degré (catalepsie suggestive; souvenir conservé au réveil). 48. — La sensation de froid a diminué dans l'épaule et le bras, elle existe encore dans la main. Le malade écrit plus vite; les lettres sont plus assurées. Il tient le bras en l'air pendant vingt
secondes sans trop de fatigue. — Continuation de la suggestion tous les jours.