HYSTÉRIE CARDIAQUE ET RESPIRATOIRE
100 par minutes ; la face horriblement pâle et anxieuse; le pouls
devint de plus en plus fréquent et faible, plus de 150 par minute,
la douleur intolérable. Je fus convaincu qu'il ne s’agissait que
d’une hystérie locale, avis qui fut partagé par mon collègue M. Vautrin; il n'y avait aucune sibilance trachéale, aucun râle pulmonaire; la face restait pâle, mais non asphyctique, comme
dans l’asthme. La fréquence extrême et la régularité de la respi-
ration indiquaient un état spasmodique, nerveux. J'essayai d’ar-
rêter la crise, comme je le fais d'habitude pour les crises d’hysté-
rie, en suggérant vivement à la malade que tout allait se passer,
que c'était purement nerveux, que la douleur se dissipait, que la respiration devenait plus lente et plus calme; j'essayai de brus-
quer la malade. Rien n’y fit; la crise continua, inexorable. Au
bout de deux heures environ, la malade tout d’un coup exprima
une terreur singulière et dit avec anxiété et surprise : « Quel si-
lence! Je n’entends plus rien! » C'était plus que de la surdité,
c'était une impression comme le silence de la mort. Puis après quelques minutes : « Je ne vois plus rien! Quelle obscurité! »
C'était plus que de la cécité, c'était une impression de noir lugubre
qui s’associait à ce silence solennel.
Cet état avec respiration et pouls accéléré dura encore près de deux heures. Puis la crise cessa brusquement, après quatre à cinq heures de durée. La douleur précordiale seule persistait. Le mari était obligé d’injecter tous les quarts d'heure au moins une serin- . gue de cocaïne.
Une seconde crise semblable se déclara dans la soirée. Le lende-
main la malade voulut rentrer chez elle; elle n’avait aucune confiance dans le traitement. Ma tentative brusque pour arrêter la crise l’avait indisposée contre moi.
En se rendant à la gare, le lendemain, elle fut prise en route d'un nouvel accès qui dura cinq heures ; elle dut passer encore une nuit dans un hôtel près de la gare. M. Vautrin qui la revit, la dissuada de partir, lui affirmant que je la guérirais. Elle partit impressionnée par ces paroles et promit de revenir.
Elle revint en effet à Nancy, le 18 janvier. Elle était profondément déprimée physiquement et moralement, minée par la fièvre et la douleur, allant versune mort certaine. Les crises avaient continué ; une ou deux par jour; elle ne mangeait presque plus. Son mari s'attendait à une mort prochaine. Depuis dix-huit mois, la malade n'avait presque pas marché, le moindre HHOeEN exaspérant ses douleurs.
Je procédai par insinuation douce, pour effacer l'impression
première que ma brusquerie lui avait causée; je lui affirmai que son affection était purement nerveuse et pouvait guérir par la suggestion, je tàächai de la capter, pour ainsi dire, et d'éloigner d'elle toute peur et toute émotion ; je la traitai comme un enfant, enlui disant : « Maintenant, écoutez-moi. Vous allez vous endormir tout doucement. » Je tins ses yeux clos quelques instants et elle s’endormit en effet en sommeil profond. Alors j'affirmai avec conviction la disparition des douleurs et des crises, etc. Au bout de un quart d'heure de suggestion continue, je la réveillai, elle n'avait pas conservé le souvenir; et je lui dis immédiatement : « Vous voyez bien que la douleur est partie. Vous ne sentez plus rien. Vous n’aurez plus de crise ». Elle ne ressentait plus de douleur; je touchai avec une certaine précaution la zone douloureuse pour lui démontrer que la douleur n'existait plus, en évitant toutefois de la réveiller par une pression trop forte.
Dans la soirée nouvelle séance. Je continuai ainsi tous les jours pendant quatre semaines. Dès la première séance, les crises de douleur avec étouffements avaient définitivement disparu, sans tendance au retour. La douleur continue de la région précordiale aussi n'existait plus. Pendant les huit premiers jours, il y eut encore quelques élancements passagers ; la malade portait sa main sur la région et avait un moment d’anxiété, mais cela n’aboutissait pas. Je lui affirmai que cela ne pouvait pas aboutir; je lui montrai que l’application de ma main à l’état de veille suffisait à enlever toute sensibilité douloureuse. J'apprends à son mari à l’'endormir à la moindre velléité de retour offensif. |
La maladie était guérie ; mais l'habitude de la cocaïne persistait. Elle réclamait encore une ou deux injections dans la nuit, pour dormir. Je luttai pendant quinze jours par la suggestion contre cette cocaïinomanie; je lui affirmai que la guérison ne se ferait tant qu’elle n’y renoncerait pas. Enfin, après une longue résistance, elle finit un jour par dire à son mari d'emporter la seringue, elle n’en voulait plus. De ce jour, trois semaines environ après le début du traitement, elle ne parla plus jamais de cocaïne. Douleur et crises étaient guéries définitivement, mais la malade restait anémiée, l'appétit était faible; le pouls était fréquent, de 90 à 110; la température toujours fébrile, de 38 à 390. Je l’examinai avec soin et je découvris que le bras était couvert d’abcès, consécutifs aux injections ; jen ouvris huit à dix qui furent pansés. La fièvre disparut ; l'appétit se restaura. La malade put se promener seule en ville dès le troisième septénaire ; elle resta encore une quinzaine au pensionnat de l'hôpital et partit chez elle en