OBSERVATION D’INVERSION SEXUELLE
Je suggère un goût de plus en plus marqué pour sa femme et une nouvelle cohabitation dans la nuit du 19 au 20. La suggestion réussit à merveille ; il dit que le goût contre nature a disparu complètement.
Il reste encore huit jours à Nancy; voit sa femme deux fois dans ce laps de temps, toujours avec plus d’ardeur. Il se sent tout autre, ne comprend plus qu’il ait pu avoir des goûts dépravés; et j'apprends plus tard que la guérison physique et morale s’est maintenue jusqu’à ce jour.
Je pourrais relater un fait d’impuissance analogue, sans inversion sexuelle, impuissance provoquée par une hypéresthésie vulvaire de sa femme, mais qui continua plusieurs années après la guérison de celle-ci. La guérison eut lieu après trois semaines de suggestion.
Les docteurs Krafit-Ebing, de Vienne, Ladame de Genève, et de Schrenck-Notzing, de Munich, ont relaté des faits analogues d’inversion sexuelle guérie par suggestion. Dans notre cas cette inversion s’accompagnait d’impuissance complète pour les femmes depuis sept ans. La guérison physique et morale a été rapide.
OBsERvaTION XXXIX. — Névrose psychique, cérébro-gastrique, anciennne. Guérison rapide par la suggestion hypnotique.
Il y a longtemps que je souffre de la tête et de l'estomac. Pendant les trois dernières années que j'ai passées au lycée, j'étais sujet à de fréquentes migraines accompagnées de vomissements, survenant régulièrement le mardi et le vendredi. En 1885.et 1886, on m'a soigné pour une dyspepsie. Mais c’est surtout depuis le commencement de 1890 queje me suis senti malade tout en tâchant de me le dissimuler à moi-même. D'incessants maux de tête, des douleurs vagues mélées d’excitation et de faiblesse dans tous les membres, des névralgies intercostales, des renvois, des aigreurs, des lourdeurs dans l'estomac et des insomnies continuelles qui me fatiguaient beaucoup. Souvent, en me mettant à table le soir, ou
en me levant le matin, je sentais encore mon repas de midi ou celui de la veille qui s'était attardé dans mon estomac. De là un manque d’appétit, un dégoût absolu de nourriture alternant avec des faims canines, des fringales qui me prenaient parfois au milieu | même de la digestion.
Mais cela n’était peut-être pas tout cela, non plus que les maux de tête et les insomnies, qui me faisait le plus souffrir. Les impressions les plus douloureuses que j'éprouvais étaient des impressions morales contre lesquelles j'essayais en vain de réagir. Le plus mauvais moment à traverser pour moi était ordinairement entre deux et quatre heures de l'après-midi. Alors je sentais en moi une faiblesse, une lassitude inexprimables, une torpeur générale, un engourdissement et comme un effondrement de tout l'être. Tout mouvement, toute action m'était pénible. J'évitais la société pour n'avoir pas la peine de parler et surtout de rassembler et de diriger mes idées qui ne m'obéissaient plus. Une tristesse noire et sans motifs raisonnables m'’envahissait; j'étais préoccupé et inquiet sans savoir pourquoi. Je me prouvais que je ne devais pas l'être; mais le raisonnement n’y faisait rien. Je me désolais et m'irritais de voir mon cerveau me refuser le service, mes idées devenir troubles. En lisant j'étais obligé de relire dix fois la même phrase sans arriver à l'entendre; quand j'arrivais à la fin, j'avais oublié le commencement. Je ne pouvais m'appliquer ni penser à ce que je faisais, non parce que ma pensée s’attachait à un autre objet, mais parce qu'elle ne pouvait s'attacher à rien et était vide, par impuissance d'avoir aucune idée nette. Je voyais souvent les choses présentes sous unangle bizarre. L'impression directe du présent n’existait pas pour moi et faisait place aux souvenirs et aux regrets du passé ou aux préoccupations de l'avenir. En face de personnes que je connaissais intimement, il me semblait parfois que je les voyais pour la première fois et qu'elles m’étaient inconnues. J'avais des moments d'absence où la mémoire et la volonté m’échappaient complètement, pendant lesquels je perdais la conscience et la maîtrise de moi-même. Je sortais de cet état comme assommé et il me semblait que je me réveillais d’un rêve pénible.
Et pourtant je luttais. Tantôt je recourais à des efforts énergiques et directs de la volonté, tantôt j’essayais de me persuader que tout cela n'existait que dans mon imagination; je tentais de mefigurer que j'allais parfaitement bien; je le disais et le répétais alors à qui voulait m'entendre. Mais plus je luttais et plus le mal physique empirait, comme si ma volonté et ma force se fussent épuisées dans cette lutte, au lieu de s’y affirmer. Ce déploiement d'énergie «