‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 184 sur 271 · NEURASTHÉNIE PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE PSYCHIQUE

peine de vivre, ma passion, et j'en jouissais d’une manière fiévreuse, maladive, incomplète, car même en elle je souffrais, ayant conscience de mon amoindrissement physique, de mon glissement vers l'impuissance, sans avoir la volonté et le pouvoir de m’écarter de l’abime, où je m’enfoncçais. Oh ! cette conscience de mon anéantissement physique était peut-être ce qui était le plus terrible. Voilà pour le moral.

Le physique évidemment se ressentait du moral et de l’onanisme, surtout qui me minait sourdement. Je me portais mal, j'avais du dégoût pour tous les aliments, une perversion de l'appétit marqué, désirant des mets non présents et abhorrant les mets présents, avec la conscience d’avoir faim, d’avoir besoin d’une alimentation reconstituante pour réparer les pertes. Grand désir aussi de dormir, de reposer, de me réparer, convoitant le coin du feu en hiver et le repos réparateur du lit qui ne venait pas! Loin de là ! J'ai passé six mois sans une bonne nuit, ayant toujours trop chaud, ne faisant du soir au matin que me retourner, aucune position ne me satisfaisant ; et puis le matin, pour comble, l’onanisme souvent. Aussi j'étais fatigué et ne reposais pas. Des sensations nerveuses de froid aux jambes, de froid glacial, sans cause apparente, ne pouvant me réchauffer et me pelotonnant sans y remédier. Pendant huit à quinze jours des sensations de malaise dans le dos et les poumons en respirant, des points, des maux de tête violents et fréquents. Puis, une fois cela passé, des douleurs insupportables, aux omoplates, intérieures, mais presque superficielles, pendant une nuit. Une sensation nerveuse et pénible, œsopha-. gienne, en respirant, qui dura deux jours. Puis quelque chose comme une cystite, douleur lancinante et agaçante à la vessie, avec envies très fréquentes d’uriner. Cette cystite m'a duré plusieurs mois, me reprenant deux ou trois fois plus fort, puis s’atténuant mais ne disparaissant jamais totalement. À cinq ou six reprises, j'ai rendu avec les urines du sang et des caillots sanguins, une ou deux fois de suite. Puis cela s'arrêta et un mois environ après, nouvelle émission de sang. Aujourd’hui cela a disparu complètement.

La partie psychique de ma névropathie surtout était accompagnée de sensations nerveuses inqualifiables, indéfinissables, non douloureuses, mais ennuyeuses et troublantes. Ces sensations ner-

, veuses n'étaient pas douloureuses du tout, non localisées, mais

vagues et ne pouvant se comprendre quand elles n’ont pas été ressenties. Elles étaient accompagnées d'une inquiétude mortelle, indescriptible, d’une agitation extrême de l'âme, d’une peur, d’un pressentiment de quelque chose de fatal, non précis. Quant aux

palpitations, elles ont diminué de plus en plus, mais lentement, avec rechute quelquefois et sont à peu près maintenant tout à fait passées.

J'ai décrit toute ma maladie jusqu’à la fin, mais j'ai omis quelque chose d’important dans la question du moral. Quelque temps après que la névropathe fut déclarée, la jeune fille en question se mit à m'aimer, peut-être la pitié ou la bonté plutôt l’y avaient poussée. L'âge aussi lui avait donné ce sentiment. Je l'aimaiencore plus. J’eus des entretiens avec elle, et cela dura six mois. J'ai été heureux plus que jamais, cela se comprend. Mais une pensée vague que ce sentiment était une très grande amitié du cœur et pas de l'amour peut-être, me venait à l'esprit. Effectivement. Je Je sus plus tard. Et ce sentiment qui avait dans son e sprit le but de me remettre la santé et de me ramener dans la bonne voie, malheureusement ne réussit pas à ses fins. Peut-être une fois que j'allai mieux me nuisit-elle plus qu’elle ne me soulagea. Et puis, je m'entêtais à lui faire me promettre quelque chose pour l'avenir, pour plus tard. Et elle, sérieuse, ne pouvait me promettre.

On me conseille, pour me guérir, d'aller consulter à Nancy M. le D'Bernheim, pour me soumettre à un traitement par l'hypnotisme. Cela me révoltait un peu de penser que ma volonté ne suffisait plus et que j'avais besoin de celle d’un autre. J'hésitai trop longtemps, certes, à mon grand regret, et quand je me décidai, à la demande de mes parents, il était temps, je n’en pouvais plus. M. le D" Bernheim n’a pu pousser la suggestion jusqu’au sommeil profond; (ce malade arrivait au 3° degré de Liébeault : catalepsie, automatisme rotatoire,contracture, souvenir conservé au réveil). Mais avec sa patience et sa ténacité, en me faisant la suggestion dans unétat d’assoupissement, deux ou trois fois par semaine, en moyenne, pendant un mois à six semaines, il a pu me rendre la santé, la gaieté et faire d'un homme perdu un homme sain, bien équilibré et qui revient de jour en jour à ce qu’il était jadis. Au bout d'une semaine, le mieux était déjà sensible; le mal physique passait, le mal moral était plus dur à la détente. Petit à petit, après une ou - deux petites rechutes ou plutôt un peu de laisser aller, le mieux s’est accentué; les palpitations ont cessé, le sommeil est revenu; réparateur, tranquille et régulier. Le goût du travail est revenu; le moral est guéri, plus de tristesse, plus de mélancolie. Et un point qui montre surtout cette guérison du moral, c’est que j'ai aujourd’hui, depuis quelques semaines, la volonté effective de ne pas favoriser ce platonisme et par l’absence, d'oublier ces sentiments faux, nuisibles aux études.

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