OBSERVATION D'ALCOOLISME
OBsErvATION XLIT, — Habitudes alcooliques. — Delirium tremens. — Rétablissement rapide de l'équilibre intellectuel et suspension des habitudes alcooliques par suggestion hypnotique.
L... (Charles), âgé de vingt-huit ans, cultivateur vigneron, entre à l'hôpital le 29 mai 1890 pour des troubles d'origine alcoolique,
Il à quitté le service militaire en mai 1886, après trois ans de séjour au Tonkin où il eut les fièvres pendant trente jours. Il s’y mit à boire de l’absinthe ; rentré chez lui, il continua à boire, vin, bière, eau-de-vie. Marié, père d’un enfant, il est séparé depuis deux ans d’avec sa femme. L'année dernière il eut un accès de delirium tremens pendant huit jours. Actuellement ïl ne dort pas depuis deux mois; ses nuits sont agitées par des cauchemars. La nuit du 29 au 30 mai il n’a laissé dormir personne dans la salle, criant toute la nuit, gesticulant, croyant voir à la fenêtre le diable avec ses cornes. Le 30 mai au matin, il avait encore la tête égarée, parlait du diable, voulait partir. Toutefois en concentrant son attention, j'arrive à le faire répondre convenablement à toutes les questions. Je lui tiens les yeux clos, lui affirme qu'il dort, et lui suggère d'être calme et de dormir toute la nuit.
Le 1% juin, je l’'examine, je constate une constitution bonne, tempérament mixte. Les membres présentent un tremblement alcoolique notable, les fonctions cardiaque et respiratoire s’accomplissent bien. La sensibilité est normale.
Depuis la suggestion d'hier et d'avant-hier, le malade est calme et les nuits sont bonnes. Il n’accuse plus qu’une certaine agitation, une céphalalgie gravative ; mais l'intelligence est nette et il n’y a plus d’hallucinations.
Je continue la suggestion ; il arrive au second degré. Les jours suivants, il arrive en sommeil profond avec amnésie au réveil. Je Jui suggère de ne plus boire une seule goutte d’aucune liqueur alcoolique. Le malade promet de le faire ; il paraît d’ailleurs très raisonnable et désireux de guérir ; il dit que c’est par entrainement qu’il s’est laissé aller à boire plutôt que par goût. Je lui suggère un dégoût pour les liqueurs alcooliques.
A partir du 31 mai, le malade ne boit que de l’eau. Il est sorti le dimanche {® juin et affirme n’avoir rien bu.
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Le 2 juin, étant constipé, il prend ? pilules de podophylle et a, à la suite deux selles. Il accuse des démangeaisons ; une lourdeur dans la tête. Les mains présentent encore un tremblement assez accentué. Le vin qu'il voit boire à ses camarades ne l'attire plus. — Suggestion : sommeil profond. Au réveil, il dit que la tête est moins lourde.
4. — Journée bonne. Nuit agitée par des démangeaisons. Accuse de nouveau desJourdeurs de tête.
Le malade reste au service jusqu’au 14; les quelques troubles qu’il accusait encore, tels que sensation de faiblesse, lourdeur de tête, démangeaisons, se dissipent,; l'intelligence reste nette; le tremblement diminue, Il ne boit que de l’eau; le 9 il dit qu’il aurait encore bu du vin hier soir, mais qu'il ne l’a pas fait. Le 12, il ne manifeste plus le désir de boire, mais n'a pas le dégoût.
Il revient le 20 juin à la consultation. Il dit avoir essayé de boire de la bière avec des amis, mais n’a pu finir son bock quile dégoûtait.
Suggestion.
Il revient le 28 ; il va très bien, dort bien, a bonne mine ; les forces augmentent, dit-il, sans être tout à fait revenues. Il a bu une fois un peu de bière avec ses amis ; mais il s’est senti malade à la suite, vertigineux, et sent bien qu'il ne peut plus en boire.
Je ne voudrais pas affirmer que le malade, dont je n’ai plus eu de nouvelles, n’a pas eu de rechutes. Ce qui est certain, cest que la suggestion a rétabli l’équilibre intellectuel et enrayé momentanément ses habitudes alcooliques. La suggestion continuée et répétée pendant un certain temps préviendrait certainement toute rechute.