RHUMATISME ARTICULAIRE ET SPINAL
che ; le pied présente de ce côté une tendance marquée vers l’équinisme. La malade ne peut marcher; elle se tient debout en se tenant avec les deux mains; la jambe gauche est raide et glisse péniblement sur le sol, que le pied gauche ne sent pas. Il y a exagération des réflexes tendineux assez prononcée des pieds et des genoux. De plus, anesthésie avec analgésie complète dans le côté droit du tronc et le membre supérieur. Anesthésie et analgésie dans la cuisse gauche, la jambe et le pied restant sensibles, sauf la plante du pied qui ne l’est pas.
Quelques jours après, on constate que la sensibilité reparaît dans l'abdomen du côté droit, à partir de deux à trois travers de doigts au-dessus de l’ombilic, mais reste abolie au-dessous de ce niveau. La malade est suggestible; je l’endors en sommeil profond, je restaure la sensibilité, mais l’anesthésie se reproduit en général rapidement. J'arrive aussi à diminuer la raideur et à élever le bras droit au delà de l'horizontale; mais si je veux aller trop loin, la malade pousse des cris, témoignant une douleur vive; je suggère en vain la disparition de cette douleur.
Je répète la suggestion pendant plusieurs jours; puis j'y reviens à plusieurs reprises ; je la violente quelquefois en essayant d’imprimer au bras des mouvements plus étendus, malgré elle, mais je ne puis vaincre sa douleur et sa peur; elle redoute les suggestions, de crainte que je ne réveille ces douleurs en manipulant son bras. De guerre lasse, je renonce à la suggestion. On essaie divers traitements; l’iodure : l’électrisation, les bains sulfureux, alcalins, salicylate de soude, etc., sans grand résultat. Je ne poursuivrai pas jour par jour cette longue observation de plus de trois ans; je vais prendre quelques points de repère dans l'observation.
Le 16 juin 1888, par exemple, je trouve noté ce qui suit. La malade plie bien la jambe droite; le phénomène du pied est très marqué de ce côté, la trépidation réflexe provoquée continue indéfiniment ; les muscles de la jambe et de la cuisse sont très atrophiés; la sensibilité est nette. La jambe gauche présente un pied équin assez marqué; elle ne peut pas redresser le pied, ni fléchir es orteils; le cou de pied est raide; le genou se plie difficilement ; phénomènes du pied et du genou très marqués. Anesthésie et analgésie de tout le membre.
Anesthésie du bras droit avec abolition du sens musculaire. La moindre tentative de mouvement provoque des douleurs dans les doigts, les coudes et les épaules. Elle ne peut arriver avec le bras à l'horizontale; elle peut étendre l’avant-bras, le mettre en pronas
tion et en supination, mais ne peut fléchir les doigts; tous les mouvements possibles se font d’ailleurs avec lenteur et avec une certaine raideur. Douleur à la pression profonde au niveau des articulations. L’anesthésie se continue sur le thorax et le dos du côté droit jusqu’à un demi-travers de doigt à droite des apophyses épineuses. La sensibilité reparaît au niveau de la huitième côte à droite.
Les signes thoraciques sont les mêmes qu’en octobre: fièvre par intervalles. T. 378 ce matin; pouls 104. T. 38°2 le soir; pouls 112.
L'état, on le voit, est à peu près resté le même.
Par suggestion je restaure en quarante-cinq secondes la sensibilité ; mais le lendemain l’anesthésie est reconstituée.
Le 20 juin, raideur considérable du membre supérieur droit et des deux membres inférieurs.
La malade est considérée comme atteinte de myélite rhumatismale diffuse avec sclérose des faisceaux pyramidaux; je la crois incurable. Elle est à peu près abandonnée, après de nombreux essais de suggestion qui n’amènent pas de résultat durable. |
Le 4 août 1889, mon interne désirant étudier sur elle jes effets de la pyrodine, la malade est soumise à un nouvel examen, et on note ce qui suit :
Affaiblissement et amaigrissement considérable. Insomnie provoquée par des douleurs dans les pieds. Pouls 120, petit, régulier, pupilles dilatées, face effilée et souffreteuse. A l'examen de la poitrine, expiration soufflée dans les deux fosses sus-épineuses; sonorité faible. Respiration et sonorité normale dans les autres régions.
Examen des membres. — Le membre supérieur gauche exécute tous les mouvements, n'offre ni raideur, ni paralysie, mais un tremblement à petites oscillations et une grande faiblesse musculaire ; la main ne peut faire avancer l’aiguille du dynamomètre.
Membre supérieur droit. — La malade s’assied dans son lit; elle ne peut écarter le bras du corps qu’à angle très aigu ; et cet effort lui cause de vives douleurs dans l'épaule. Elle fléchit le bras péniblement, à peine à angle droit. L’avant-bras est d'habitude en pronation ; elle arrive lentement et péniblement à le mettre en demi-supination. Elle ne peut fermer la main qu’à moitié, étend. les doigts lentement, en les conservant toujours légèrement incurvés vers la paume. Elle remue un peu les doigts; tous ces mouvements se font lentement, avec tremblement. Il y a de la raideur dans tout le bras. Quand on veut imprimer des mouvements, des