‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 23 sur 271 · IDÉE DEVENUE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

IDÉE DEVENUE MOUVEMENT

main tend, en laissant le sujet marcher devant lui du côté où son idée le pousse; car, l'influence de l’idée sur un sujet impressionnable et qui ne résiste pas est telle que tôt ou tard d’une manière tout à fait involontaire et inconsciente, il est conduit au but. Sa résistance même est souvent paralysée par l’opérateur habile qui, par des injonctions répétées, l’oblige à fixer son attention sur le but et à l'y conduire, après quelques tâtonnements plus ou moins longs.

Chevreuil, dans son ouvrage sur la baguette divinatoire, le pendule explorateur et les tables tournantes (Paris, 1854) a montré qu’une action musculaire peut se développer en nous, sans que la volonté intervienne. Les personnes qui sont assises autour d’une table pour la faire tourner n’ont pas l’intention d’exercer sur elle une pression suffisante pour la faire mouvoir. Mais cette pression est involontaire et inconsciente; car les mains, les doigts obéissent à la préoccupation de l'esprit; les pressions s'ajoutent et le premier mouvement imprimé, la vue de la table tournante, contribuent à suggérer l’idée du mouvement et à mettreen branle les mains inconseientes des opérateurs suggestionnés.

« L'éducation et l’habitude, dit Alfred Maury, peuvent associer à la pensée des mouvements qui les représentent et que nous accomplissons presque sans nous en apercevoir. Le musicien qui improvise sur un piano un motif de sa composition ne voit et ne connaît en quelque sorte aucun des mouvements que ses doigts doivent accomplir sur le clavier pour donner les notes que son esprit appelle. La

pensée musicale se traduit immédiatement par le mouve-

ment des doigts que l’éducation et l'habitude nous ont appris être nécessaires pour produire les sons imaginés. Nous agissons de même quand nous parlons. Nous ne Savons point alors quel mouvement notre langue, nos dents, notre palais, notre gosier, accomplissent pour l’émission

des différents sons qui traduisent notre pensée, nous ne savons que la pensée même, et si nous ne nous observons

pas, cest à peine si nous nous entendons parler. » (A. Maury, Le Sommeil et les Rêves, Paris, 1878.)

Dans les exemples qui précèdent, l’idée devient acte positif; sensation, image, mouvement. Dans les exemples qui suivent, l’idée devient acte négatif. Autrement dit, elle neutralise l’acte; elle empêche un mouvement de se réaliser, elle empêche une sensation d'aboutir au sensorium.

1° L'idée neutralise un mouvement. C’est une paralysie psychique qui se constitue. Russel-Reynolds relate, par exemple, l’histoire d’une jeune dame, qui affligée par des revers de fortune, voyant son père paralysé, épuisée de fatigues physiques et morales, ressentit des douleurs dans les jambes; elle se frappa de l’idée qu’elle allait être paralysée et contracta, en effet, une paraplégie totale. Les toniques, la faradisation, les frictions, et surtout l’assurance donnée par le médecin qu’elle allait guérir amenèrent la guérison en quelques jours.

« Un monsieur, dit Christison, se trouvait souvent incapable de mettre à exécution les actes qu’il voulait faire. Parfois au moment de se déshabiller, il était deux heures avant de pouvoir retirer son vêtement. Toutes ses facultés mentales sauf la volonté étaient intactes. Un jour, il demandait un verre d’eau qu’on lui présenta sur un plateau. Malgré son désir, il ne put pas le prendre et le serviteur dut rester une demi-heure devant lui jusqu’à ce que lempèchement d'agir eût cessé. »

Les exemples de ce genre sont nombreux chez les mélancoliques, les hystériques, les névropathes. Vous en trouverez dans nos observations cliniques de nombreux cas: vous verrez aussi avec quelle singulière facilité on réalise artificiellement des paralysies psychiques expérimentales.

2 L'idée neutralise une sensation. Rappelons l'exemple

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