IDÉE DEVENUE SENSATION VISCÉRALE
de l’émétique. Les quatre cinquièmes de ces malades eurent des vomissements. Donc l’idée de vomitif a suffi pour déterminer une sensation de nausée et l’acte vomissement corrélatif. C’est l'histoire de la purgation avec les pilules de mie de pain. — Van Swieten raconte qu'un jour il passait près d’un chien crevé en état de putréfaction dont la puanteur le fit vomir. Ayant eu l’occasion de passer au même endroit plusieurs années après, il se souvint si vivement de cette circonstance qu'il ne put s'empêcher de vomir. Une impression visuelle et olfactive a été associée à une sensation viscérale; le souvenir de cette impression a suffi pour réaliser la même sensation.
Van Swieten dit encore : « J'ai vu un homme qui après avoir pris une drogue très nauséeuse, non seulement éprouvait des frissons et des nausées, mais encore était souvent purgé par le seul fait qu’il voyait la coupe où il avait pris le médicament. »
Les anciens thaumaturges ou sorciers tiraient parti de cette aptitude des imaginations crédules à réaliser les sensations suggérées.
« L’envoûtement (voult, vultus, figure) était un effet magique consistant à avoir une image en cire représentant lPindividu qu’on voulait faire souffrir et même mourir. En blessant d’une aiguille une partie de la figurine, on voyait que les effets de la blessure étaient ressentis par la personne désignée et par une longue et persévérante torture on développait des accidents mortels. Ce procédé occulte qui a tant tourmenté le moyen âge et que bien des misérables fanatiques ont expié par les plus cruelles tortures de la justice aussi crédule qu’ignorante de cette époque, élait connu de la haute antiquité *. »
4° L'idée devient mouvement. Cette transformation peut se faire par l'intermédiaire d’une sensation. Telle l’idée
* Charpignon, Loc. cit.
d’une puce qui provoque l’action de gratter en déterminant une démangeaison. Telle l’idée du tabac qui fait ‘éternuer par picotement nasal Telle l’idée d’un danger qui fait courir par peur.
L'idée peut se transformer directement en Mouvement « Si je ne me retenais, je te battrais, » cette phrase exprime bien l'effort voulu que nous sommes obligés de faire pour empêcher l’action idéo-dynamique.
Une musique dansante fait vibrer notre corps à l’unisson, Æt si on se laissait aller, si l’attention n’intervenait pour faire inhibition, on danserait souvent, automatiquement, entrainé par l’idée que la sensation auditive suggère. Tels les enfants qui marchent au tambour et au son de Ia mu- -sique, obéissant sans préjugés à l'influence irrésistible de l’idée suggérée. |
Toutes les expériences du cumberlandisme sont basées sur le même principe. Certaines personnes qui pensent fortement à un acte, ne peuvent s'empêcher d’ébaucher les mouvements qui doivent réaliser cet acte; ils ne transmettent pas leur pensée au médium; ils la trahissent ; celui-ci ne lit pas dans l’esprit du sujet; il la saisit dans ses mains, dans ses gestes, dans sa physionomie, dans ses mouvements; l’opérateur exercé et sagace suit les indica- ‘tions que la personne sensible lui donne. I] lui dit le nom auquel elle pense, en lui faisant toucher successivement toutes les lettres de l’alphabet. Au moment où la main ‘touche chaque lettre du mot, un mouvement musculaire se ‘produit, qui est saisi par le liseur de pensées. Il devine le nombre auquel elle pense, en lui tenant la main armée dun crayon et l’invitant à penser fortement. La main actionnée par l’idée écrit spontanément à l’insu du sujet Je nombre pensé et l’opérateur ne fait que suivre le mou- -vement. Il trouve un objet caché ou exécute un acte conçu et voulu par le sujet, en lui prenant la main, la dirigeant dans diverses directions, en suivant celle vers laquelle la