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MYÉLITE CONSÉCUTIVE A PNEUMONIE 445
pas douteux. Le tremblement caractéristique, la paralysie, la titubation, les vertiges, les douleurs de tête, les vomissements, l’évolution progressive des symptômes avec rémissions dans la première période, caractérisent l'affection, La suggestion a fait ce qu’elle a pu; elle a restauré les fonctions, tant que cette restauration était compatible avec la lésion organique. Une première fois, elle a supprimé le
tremblement et La titubation, parce que le désordre fonc-
tionnel dépassait, comme cela est ordinaire, le champ de la lésion organique. Celle-ci retentit dynamiquement sur les fibres et cellules nerveuses non altérées; la suggestion rétablit le dynamisme altéré. Il y eut guérison apparente. Il n’y eut pas arrêt de l’évolution organique. Celle-ci continuant sa marche fatalement progressive, le tremblement, la titubation, les vertiges, les douleurs de tête, les vomissements revinrent au bout de dix semaines. La suggestion agit encore, mais avec moins d'efficacité et plus lentement, car l’altération avait fait des progrès. Le tremblement diminue sans disparaître; la titubation ne cède pas complètement, ni le vertige. La maladie suit son cours.
OBSERVATION LXXXVIIL. — Pneumonie infectieuse avec otite externe. — Myélite infectieuse dorso-lombuire. Amélioration instantanée par la suggestion. Guérison rapide.
Louis S..., âgé de huit ans, entre à l'hôpital le 10 mai 1890, avec des signes de paraplégie consécutive à une pneumonie. Orphelin, il a perdu son père en janvier de gastrite, dit-il, suite d'influenza ; sa mère est morte suite d’une couche; ila un frère et une sœur bien portants.Il y a quinze jours, l'enfant, se promenant en famille, bien portant, on s'est aperçu que l'oreille gauche coulait; il n'avait pas de douleur; le lendemain l'enfant ayant de la fièvre dut s’aliter. Le médecin craignait une fluxion de poitrine; puis les jours suivants il aurait diagnostiqué une fièvre continue. L'enfant n'a pas eu de céphalalgie, ni de vertiges, ni de bourdonnements d’oreilles, ni d’épistaxis. Le troisième jour il eut une angoisse précordiale vive; il croyait mourir. Le 4 mai, il aurait eu un point douloureux sur la ligne parasternale droite vers le cinquième espace,
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point qui persiste jusqu’au 9. I] dit d’ailleurs avoir toussé et craché depuis le début de la maladie. Tels sont les renseignements fournis par l'enfant lui-même. Depuis quinze jours qu'il est malade, on n’a pas essayé de le lever, il n’a pas marché; il n’a jamais accusé dans les membres ni douleur, ni sensation anormale. L’enfant a d’ailleurs toujours été délicat, sans maladie antérieure. Sa grand'mère qui l'avait recueilli depuis la mort de son père étant elle-même tombée malade, on s’est décidé à mettre l’enfant à l’hÔpital.
Etat actuel. — Constitution délicate. Tempérament lymphatique. Température normale. Pouls 100. Langue chargée. L’oreille gauche coule encore un peu ; l’otite est externe; le tympan n'est pas perforé ; Le tic tac de la montre n’est entendu que si la montre est appliquée sur le pavillon de l'oreille. L'enfant a assez bien mangé depuis hier ; il ne tousse pas et ne crache pas.
Le thorax est bien conformé. Sous la clavicule droite, la percussion donne un son tympanique aigu peu ample, pot fêlé; et l’auscultation des ràles sous-crépitants très sonores dans toute la hauteur ; à droite sonorité normale, bruit vésiculaire sans râles En arrière, son tympanique aigu peu ample dans la fosse sus et sousépineuse, son plus ample à la base, son normal à droite. Inspiration rude, expiration soufflée dans la fosse sus-épineuse, respiration rude au-dessous, faible dans les trois derniers espaces ; à l’aisselle gauche, submatité à la base, râles sous-crépitants dans toute la la hauteur, A droite respiration rude et rugueuse.
J'essaie de mettre l'enfant debout; il ne peut se tenir seul. Lorsqu'on le soutient, il se tient le corps incliné fortement en arrière ; si on veut le faire marcher, en le tenant par les deux mains pour qu'il ne tombe pas, il avance en laissant glisser les pieds sur le sol, sans faire aucun mouvement articulaire ; malgré toutes mes instances, il ne peut se tenir seul, ni détacher les pieds du sol. Je le fais recoucher dans son lit; je constate qu'il exécute tous les mouvements, étant couché; il n’y a pas de raideur; mais les reflexes tendineux du pied et du genou sont exagérés; surtout ceux du pied; en soulevant la pointe des pieds, il se produit une trépidation réflexe qui continue indéfiniment. La sensibilité est normale. L'enfant n’a aucun vertige. Diagnostic : Pneumonie du sommet gauche en défervescence. Myélite infectieuse dorso-lombaire diffuse dans les faisceaux pyramidauæ, ou myélite transverse partielle avec irritalion descendante des faisceaux pyramidaux.
L'otite primitive est peut-être aussi infectieuse, due aux pneumocoques ; l'état général du début qui a précédé les signes physiques
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de la pneumonie, a pu faire songer à une fièvre continue; la détermination pulmonaire et la myélite concomitante sont dues au même agent infectieux.
Dès l'entrée du petit malade, le 10 au matin après avoir constaté sa paraplégie, j'essaie l'hypnose; je mets facilement l'enfant en sommeil profond et je suggère la disparition de la paralysie. Au réveil, l'enfant peut se tenir debout seul, avec une certaine hésitation; il arrive à faire quelques pas sans glisser les pieds sur le plancher, en faisant les mouvements articulaires.
Continuation de la suggestion les jours suivants.
12 mai. — Même état du thorax. Apyrexie. L’exagération des réflexes persiste au même degré. L'enfant se tient debout seul, le corps incliné en arrière: il marche bien mieux, fléchit un peu en marchant les genoux et les pieds.
13. — Persistance du son tympanique aigu dans toute la région sus-mamillaire gauche et dans la fosse sus-épineuse ; la respiration est plus nette, peu de râles sous-crépitants, ronchus trachéaux. Persistance du phénomène du pied. L'enfant se tient debout, les jambes écartées ; la pointe du pied droit est plus tournée en dehors; pendant la marche, les orteils sont soulevés en flexion dorsale; et quand l'enfant s'arrête, il tend à se produire un mouvement de recul et d'entrainement latéral gauche, — Même état de l'oreille. — Suggestion.
44. — Persistance du pot fêlé, maisle son tympanique est un peu plus ample. Respiration rude en avant; ronchus et quelques râles sous-crépitants. En arrière au sommet respiration rude sans râles ; ceux-ci ont disparu à l’aisselle. L'enfant se tient plus solide en marchant,et marche plus vite, seul, sans être soutenu; il écarte encore les jambes; le pied droit est plus tourné encore en dehors. Pendant la station debout, l'enfant étant déshabillé, on constate encore des contractions involontaires des extenseurs des orteils qui les soulèvent, surtout ceux du pied droit. Pendant la marche ce pied tend à se renverser sur son bord externe, et entraine une latéropulsion du corps à droite. Quelquefois l'enfant voulant se retenir et prévenir cette déviation, s'incline à gauche. On constate aussi que la tendance au recul et l’inclination du corps en arrière sont dues à l'extension des orteils. Les phéno mènes du pied persistent au même degré. La paralysie est en voie de guérison.
16. — Son sous-claviculaire droit encore plus aigu et moins ample. Le pot fêlé a disparu. Même son dans la fosse sus-épineuse droite. La respiration est rude sans râles. Les réflexes tendineux persistent. L'enfant marche très bien, n'écarte plus les jambes; on
constate encore les contractions dans les extenseurs des orteils du pied droit: le gros orteil surtout est presque constamment relevé. Il a encore quelque tendance à s’incliner à droite. L'enfant monte au lit et en descend seul sans difficulté. L’oreille ne coule plus. Le tic tac de la montre n’est encore perçu que contre l'oreille.
17. — L'enfant marche très bien; la jambe droite pendant la marche est un peu jetée, le pied légèrement en dehors. Plus de contraction involontaire des extenseurs, plus d’inclination en arrière, ni latérale.
20. — L'enfant court très bien ; le pied n’est plus en dehors; la jambe n’est plus jetée. Seul, le phénomène du pied persiste au même degré, des deux côtés. La sonorité et la respiration sont redevenues normales.
25. — La guérison continue rapidement ; le pied droit a encore son exagération du réflexe tendineux; la trépidation provoquée continue indéfiniment; à gauche elle ne provoque plus que quatre ou cinq secousses. L'oreille entend la montre à 5 centimètres de distance.