DES JEUNES VOLONTAIRES
ils supportent le jeûne, parce que l’idée neutralise chez
eux la sensation de faim. « Succi, par exemple, le premier en date des jeüneurs, dit le D" Bufalini, s’exalte facilement quand il parle du secret qu’il possède ou qu’il croit posséder et des applications absolument prématurées auxquelles sa découverte peut donner lieu. »
Succi, ai-je dit, est un croyant convaincu de la puissance de sa liqueur, fanatisé par sa foi dans l’efficacité de son breuvage: il neutralise la sensation faim par suggestion.
La conviction que cette liqueur l’a nourri, qu’il n’a pas faim, qu'il conserve toute sa force physique suffit pour réaliser le phénomène : l’idée fait l’acte. Il s’exalte, il s’entraîne, il se nourrit de son idée, il se montre avec complaisance aux visiteurs; il jouit de son triomphe; l'esprit domine le corps; son imagination le soustrait aux angoisses de la faim ; le sensorium cuirassé par la suggestion est inaccessible à ce besoin. Succi ne meurt pas de faim, parce qu’il n’a pas faim ; il ne subit que les effets de l’inanition qui, elle seule, ne tue pas en trente jours. (Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie, 1886, p. 601.)