LEO X:)S
« Passons à un sujet plus sérieux, etc. (Médecine Moderne, n°11, 1890). »
Et voilà la question tranchée !
Chose singulière! T1 y a nombre d'années, je m'en souviens, quand une pratique plus sanglante que l’hypnotisme, l’ovariotomie fit son entrée dans la chirurgie moderne, il se trouva à la Société de chirurgie, d’éminents professeurs qui dirent : « Cette opération rentre dans l'attribution de l’exécuteur des hautes œuvres.» Aujourd'hui l’ovariotomie n’a plus d'ennemis. Que dis-je? On va jusqu'à ovariotomiser les hystériques sous prétexte de les guérir. Aucune voix ne s'élève contre ces pratiques et on jette l’anathème à l’inoffensive suggestion qui guérit l’hystérie! Singulier revirement de l'esprit humain !
J'en appelle aux nombreux élèves etconirères qui depuis plusieurs années m'ont fait l’honneur de suivre ma clinique. Si vous avez vu un seul fait qui atteste un inconvénient sérieux de la méthode suggestive bien appliquée,
dites-le ! J'ai vu bien des névroses guéries, je n’en ai vu aucune provoquée par la suggestion ! J’ai vu bien des intelligences restaurées et rendues à elles-mêmes, je n’en ai vu aucune affaiblie par la suggestion! Sans doute, elle ne prémunit pas contre toutes les affections nerveuses éventuelles. Parmi les nombreux névropathes qui réclament ce traitement, il est, par exemple, des candidats à l’aliénation mentale, que la suggestion ne prévient, ni ne guérit. Parmi ces névropathes, il y en a de prédestinés chez qui plus tard peut éclater le germe natif et latent de maladies cérébro-spinales ou de l’aliénation mentale. Attribuer à la suggestion ce qui est dû à l’innéité, c’est commettre une erreur clinique contre laquelle proteste ma longue expérience. Parmi les névropathes traités par le bromure, la valériane, il en est aussi, et en aussi grand nombre, qui un jour ou Pautre paient leur tribut au vice originel de leur organisation. Accusera-t-on la valériane, le bromure, l’hydrothérapie de faire de l’hystérie, de faire de la folie ? Ni M. le D' Liébeault (de Nancy), ni MM. Dumontpallier, Déjerine, Auguste Voisin, Bérillon à Paris, ni MM. Fontan et Ségard à Toulon, ni le D' de Schrenck Notzing (de Munich), ni le professeur Forel (de Zurich), nile D' Ladame de Genève, ni le professeur Kraît-Ebing (de Vienne), ni le professeur Hirt de-Breslau, ni le D' Tukey de Londres, n1 les D" Van Renterghem et Van Eden (d'Amsterdam), ni le D' Moll (de Berlin), ni le D' Wetterstrand de Stockholm, ni tant d’autres qui suivent les errements de notre école et font de la suggestion thérapeutique, n’ont vu sur des milliers de sujets le moindre inconvénient sérieux en résulter.
La suggestion guérit souvent, soulage lorsqu'elle ne guérit pas, est inoffensive lorsqu'elle ne peut soulager.
En dépit des accusations incompétentes des uns, de la routine et du parti pris des autres qui craignent de s’intéresser à cétte étude, qui ne peuvent se dégager de leur
506 IHYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE
conceptions à priori, ou qui n’osent braver le discrédit séculaire qui s'attache encore malgré tout à ce mot de magnétisme que l’Académie avait conspué, faute d’avoir su reconnaître la bonne graine dans livraie, malgré tout, la psychothérapeutique suggestive fait son chemin, comme tautes les vérités. J’en reçois tous les jours de nombreux témoignages qui me consolent de bien des sourires dédaigneux.
« Je proteste, dit M. le professeur Ewald, contre la qualification de médicale donnée à la pratique de l’hypnotisme. Pour qu’un traitement soit médical, il faut un art médical, une science médicale. Mais ce que le premier pâtre, le premier savetier savent faire, pourvu qu'ils aient assez de confiance en eux-mêmes, cela ne saurait mériter le nom de traitement médical. »
Autant dire que l'application d’un vésicatoire, l’administration d’un lavement, la compression d’une blessure pour arrêter une hémorrhagie ne constituent pas des traitements médicaux.
Je crois avoir démontré d’ailleurs dans les pages qui précèdent que la suggestion thérapeutique est un art et une science qui exigent une expérience longue, et des notions de médecine et de psychologie profondes.
La doctrine de la suggestion et ses nombreuses applications constituent une des grandes conquêtes scientifiques du siècle. À cette découverte qui émane del’école de Nancy se rattache un nom qui vivra dans la reconnaissance des hommes; c'est le nom d’un médecin modeste et d’un homme de bien, j'ai nommé le D' Liébeault.
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