‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 252 sur 271 · LEÇON XI · texte numérisé non relu

LEÇON XI

Nous avons, dans un aperçu historique rapide, montré “que dès la plus haute antiquité, chez tous les peuples, la suggestion thérapeutique était pratiquée consciemment ou inconsciemment par les prêtres, les charlatans, les magiciens. Envisagée d’un point de vue général, la suggestion a dominé toute l’histoire de l'humanité. Depuis le péché originel suggéré à Ève par le serpent et à Adam par Eve, jusqu'aux grandes guerres engendrées par le fanatisme religieux et politique, jusqu'aux horreurs sanglantes de la Révolution et de la Commune, la suggestion à joué un rôle. Tantôt, une idée noble et généreuse circule dans les masses et met tous les cœurs à l'unisson : nobles, prêtres, ouvriers, bourgeois, tous fraternisent sur l’autel de la Patrie ; les uns apportent leurs privilèges, les autres leur sang et leur travail. C’est la fête de la Fédération. Tantôt, des idées de haine, de méfiance, de trahison, sont répandues par des tribuns populaires : les masses suggestionnées pour le mal deviennent féroces ; c’est l’anarchie, c’est la violence, ce sont les orgies meurtrières de la Terreur ! Le peuple est ange ou démon, parce qu'il est suggestible.

Nous avons défini la suggestion dans le sens le plus large : l’acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui.

L'idée arrive au cerveau par un des cinq sens, ou par les sensations internes, musculaires ou viscérales. Chaque cerveau transforme l'impression en idée, suivant son indi-

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vidualité psychique ; car, à côté de l'impression première, qui est le germe, il y a l'élaboration de cette impression ; c’est le terrain psychique qui la féconde. Autant de cerveaux, autant de suggestibilités diverses par des impressions identiques.

Toute idée suggérée et acceptée tend à se faire acte; c’est la loi psychologique fondamentale qui domine toute la doctrine de la suggestion, loi de l’idéo-dynamisme. L’idéedevient sensation (douleur, démangeaison, froid, etc.), image (hallucination, rêve), sensation viscérale (coliques, vomissements, etc.), acte et mouvement (phénomènes du cumberlandisme, actes divers de la vie).

Le médecin utilise la suggestion dans un but thérapeutique ; car le cerveau, actionné ‘par l’idée, actionne à son tour les nerfs qui doivent réaliser cette idée ; il peut, par: des phénomènes de dynamogénie ou d’inhibition, exalter ou modérer les fonctions organiques, dans un sens utile à la guérison des malades. En effet, le cerveau commande tous les organes, toutes les fonctions. Chaque point de: l’organisme à son aboutissant dans une cellule cérébrale, qui est son primum movens. Les sécrétions, les excrétions, la nutrition, la respiration, la circulation sont sous: la domination directe du centre encéphalique.

Pour que l’idée devienne suggestion, il faut qu’elle soit acceptée par le cerveau. Elle l’est dans une certaine mesure, grâce à la crédivité inhérente à l’esprit humain. Mais à l’état normal, celle-ci est limitée ; la crédivité qui fait la suggestion, et l’automatisme cérébral qui transforme l’idée: en acte sont modérés par les facultés supérieures du cerveau, l’attention, le jugement, qui constituent le contrôle cérébral. Tout ce qui supprime le contrôle cérébral renforce la crédivité et exalte l’automatisme cérébral, c’est-àdire l'aptitude ‘à transformer l’idée en acte. Tel est le sommeil naturel qui, engourdissant les facultés de raïson, laisse l'imagination maîtresse ; alors, les impressions

arrivant au sensorium sont acceptées et deviennent images, c’est-à-dire rêves, hallucinations.

Nous avons vu que divers moyens, accidentels ou provoqués, peuvent renforcer la crédivité, et, facilitant la suggestion, être utilisés dans un but thérapeutique. Telle est la suggestion religieuse (guérisons miraculeuses); telle est la suggestion médicamenteuse (guérison par le protoxyde d'hydrogène, les pilules de mie de pain, etc.) ; telle est la suggestion instrumentale (électrothérapie, hydrothérapie, métallothérapie, suspension, etc.).

Parmi ces moyens adjuvants de la suggestion, le plus efficace est l’'hypnotisme.

Nous avons défini l'hypnose : un état psychique particulier, susceptible d’être provoqué, qui met en activité ou exalte à des degrés divers la suggestibilité, c’est-à-dire l'aptitude à être influencé par une idée et à la réaliser. L'état hypnotique n’est autre chose qu’un état de suggestibilité exaltée ; nous avons vu que cet état peut être produit avec ou sans sommeil.

Nous avons déjà décrit les divers procédés employés

pour obtenir artificiellement cette suggestibilité exaltée ou :

état hypnotique, et nous avons conclu que tous se réduisent en réalité à un seul : la suggestion. Impressionner le sujet par la parole, le geste ou une pratique quelconque, de façon à faire pénétrer dans son cerveau l’idée qu’on veut réaliser. Le sommeil n’est pas nécessaire à la suggestion ; mais il est bon de chercher à l’obtenir, car il facilite les autres suggestions, en exaltant la suggestibilité.

Après avoir défini l'hypnose et la suggestion, après avoir cherché à donner de ces termes une conception théorique aussi nette que possible, nous avons abordéle champ expérimental et démontré devant vous les principaux phénomènes que la suggestion peut produire. Vous avez vu des suggestions de motilité ; la catalepsie n’est autre chose que l'attitude passive des membres, due à l’absence d'’initia-

tive intellectuelle ; vous avez vu des paralysies, des contractures, des mouvements suggérés. Nous avons réalisé des suggestions de sensibilité : anesthésie, analgésie, hypéresthésie, illusions sensitives et sensorielles ; nous avons créé des images sensorielles : hallucinations visuelles, acoustiques, olfactives, complexes; nous avons suggéré des actes, des vols, des assassinats; nous avons réveillé des passions bonnes et mauvaises; nous avons insisté sur le phénomène des suggestions post-hypnotiques, immédiates ou à longue échéance; vous avez assisté à des hallucinations négatives; nous avons créé des souvenirs fictifs

et fait des faux témoins de bonne foi.

Vous avez vu combien notre pauvre raison humaine, dont nous sommes si fiers, est fragile, et combien nous tous sommes suggestibles, hallucinables, automates à nos heures. |

Nous avons établi une classification schématique des divers degrés de l’état hypnotique, depuis l’engourdissement simple jusqu’au somnambulisme avec hallucinabilité et amnésie au réveil. Et, cependant, l’automatisme n’est pas complet ; l’homme n’est jamais automate : Ia conscience est toujours présente ; les souvenirs de l’état hypnotique peuvent toujours être réveillés ; c’est une conscience modifiée par la prédominance des facultés d’imagination sur les facultés de raison engourdies; c’est un état physiologique tel qu’il existe normalement, sous l'influence des émotions suggestives, d’une idée impérieuse, dans le sommeil naturel.

Ces expériences si intéressantes ont soulevé les questions les plus graves que l’homme puisse se poser. Les orands problèmes du libre arbitre, de la responsabilité morale se sont dressés devant nous. Quelle est la part de la suggestion expérimentale, de la suggestibilité héréditaire, native, de la suggestion par l'éducation, par le milieu, par les lectures, par les incidents de la vie, sur

nos actes? Quelle est la part du libre arbitre dans le crime ? J’ai exposé mes doutes. Et nous avons conclu, avec humilité, que pour juger les autres et souvent nousmêmes, les éléments d’appréciation nous font souvent défaut, que la justice humaine n’est pas toujours la vraie justice !

Nous avons consacré un chapitre à l’étude de l’hystérie éclairée par la doctrine de la suggestion. Nous avons établi que la suggestibilité est un fait général, une propriété de l'esprit humain, qu’elle n’est pas dévolue aux névropathes seuls, que l’état hypnotique n’est pas un symptôme de l’hystérie. Nous avons montré que l’hystérie est souvent éminemment suggestible, que la succession des phases qui constituent ce qu’on appelle la grande hystérie n'offre pas spontanément la régularité que l’école de la Salpêtrière lui a assignée; que cette évolution régulière est l’effet d’une culture suggestive, que beaucoup de phénomènes hystériques, l’ovarialgie, les zones hystérogènes, les troubles de sensibilité, la tympanite, la provocation et l'inhibition des crises, obéissent à la suggestion. Nous avons vu combien la suggestion médicale consciente ou inconsciente peut intervenir dans l’examen des malades, créer des manifestations d’origine psychique et dérouter le diagnostic.

Ces considérations nous ont ramené sur le domaine de la médecine pratique; nous avons abordé la suggestion thérapeutique, la psychothérapeutique suggestive .

La suggestion ne s'adresse pas directement à la lésion, mais au trouble fonctionnel : elle peut, en tant que l’état organique le permet, calmer la douleur, restaurer le sommeil et l’appétit, augmenter la force motrice, rétablir la sensibilité et le mouvement perdus, supprimer les spasmes, les crampes, l’angoisse nerveuse, régulariser les fonctions diverses. Les agents thérapeutiques de la matière médicale, n’ont pas d’ailleurs plus que la suggestion une action

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spécifique contre la lésion; ils sont, comme elle, symptomatiques. La fonction fait l’organe; la restauration fonctionnelle peut faire la restauration organique. Vous avez vu, par de nombreux exemples, la puissance de la suggestion comme agent thérapeutique ; vous avez vu des hystéries, des contractures d’origine psychique, des paralysies fonctionnelles, des névroses diverses, des douleurs rhumatismales, des arthralgies, des névralgies, des gastralgies, des troubles liés à des lésions organiques, dyspepsie, diarrhée, ténesme, coliques, oppression, céphalalgie, vertiges, titubations, etc., plus ou moins rapidement guéris ou amendés par la psychothérapeutique suggestive. Vous avez vu quel rôle le système nerveux et l'élément psychique jouent dans toutes les maladies. Le trouble fonctionnel peut dépasser le champ de la lésion organique; il peut lui survivre : la suggestion restaure ce qui peut être restauré. Elle ne fait pas de miracles; elle guérit conformément aux lois de la biologie qui régissent l’organisme humain.

Vous avez vu combien la suggestion doit être variée pour être adaptée à chaque individualité; ce n’est pas la parole de lopérateur, c’est le cerveau de l’opéré qui fait la guérison, Je vous ai montré les insuccès à côté des succès; j'ai cherché loyalement à dégager la vérité.

La suggestion, telle que nous la pratiquons, dans un but thérapeutique, présente-t-elle un danger quelconque? On le dit : l’hypnotisme fait de l’hystérie, l’hypnotisme fait de l’'aliénation mentale. Mais ceux-là seuls le disent qui n’ont pas l’idée exacte de ce que c’est que la suggestion, qui substituent leur idée préconçue à l’observation des faits, qui sans avoir vu et observé, tranchent la question du haut de leur incompétence. Voici, par exemple, ce que dit un de nos maîtres, M. Germain Sée, aussi instruit sur bien des choses que peu éclairé sur celle-ci. < Toutes ces merveilles suggestives et surtout les procédés hypnotiques ne

manquent pourtant pas de présenter des inconvénients graves : le Ministre de la guerre a agi avec vigueur et sagacité en interdisant ces pratiques aux médecins militaires, notre armée deviendrait hystérique. La même proscription devrait s'étendre aux pratiques de ce genre chez les enfants, qu’on rend fous ou idiots en les hypnotisant sous prétexte de faire changer le caractère.

« Pour les candidats à l’hystérie, Gilles de la Tourette, de l’école de la Salpêtrière, déclare que lhypnotisme ne manque pas de révéler les stigmates et de provoquer une manifestation de la maladie : c’est augmenter le continsent de l’hystérie; quant aux hystériques avérés si on parvient à transférer une contracture ou une paralysie, c’est pour mieux la loger ailleurs ou la remplacer par une attaque sérieuse. On fait ainsi sortir du corps le diable

pour le livrer à Belzébuth qui y reste (Réal, Encyclopédie,

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