SUGGESTION RELIGIEUSE
extrême de la gorge persistait. Les remèdes de toute sorte, la campagne, les bains de Luchon, les bains de mer furent successivement et inutilement employés pendant près de deux ans.
« L'enfant lut un jour une petitenotice sur l’apparition de Lourdes. Il en fut vivement frappé et dit à sa mère que la sainte Vierge pourrait bien le guérir.
« L'enfant devenait d’une maigreur effrayante, d’une pâleur extrème; M. Gintrac père sonda l’œsophage et constata, outre le rétrécissement extrême qui bouchait presque entièrement le canal, des rugosités du plus mauvais signe et crut à une lésion organique. L'enfant manifesta vivement le désir d'aller à la grotte de Lourdes. Il y fut conduit enfin, plus de deux ans après le début de la maladie. Arrivé à la crypte qui est au-dessus de la grotte, il y pria avec une foi visible sur tous ses traits. Le prêtre Je consacra à la sainte Vierge, récitant les formules consacrées. Il descendit à la grotte, s’agenouilla devant la statue de la sainte Vierge et pria. Puis, illuminé par la grâce céleste, il alla devant la fontaine, prit le verre et but quelques gorgées de l’eau miraculeuse. Puis, rayonnant de confiance, il prit le biscuit que son père lui tendait et l’avala en criant: « Papa, j’avale, je puis manger; j'en étais sûr, javais la foi. » L'enfant était sauvé et continua de ce moment à manger tout ce que l’on servait sur la table. »
Vous avez vu dans nos salles ce vieillard tuberculeux qui depuis plusieurs mois n’avalait plus que des liquides ; tous les solides étaient accrochés, disait-il, dans l’æsophage, derrière le cartilage, puis vomis; nous pensions à une lésion tuberculeuse du larynx agissant sur l’æsophage soit par continuité de tissu, soit par contiguïité, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’un spasme musculaire dù à la douleur laryngée. Nous endormons ce malade qui arrive faci-
lement en sommeil profond et nous suggérons la possibilité d’avaler des aliments solides. Dès la première séance, il put avaler du pain; après la seconde il put avaler des morceaux de viande et un morceau de pomme.
La suggestion hypnotique à agi absolument comme la suggestion religieuse.
La foi n’est pas à la portée de tout le monde. D’autres artifices peuvent renforcer la crédivité. L'idée peut s’insinuer dans le cerveau, incarnée dans un médicament inerte. C'est la suggestion médicamenteuse. Que de guérisons obtenues par les pilules de mie de pain, par le protoxyde d'hydrogène, administrés aux malades sous d'autres noms, et avec la conviction que tel effet serait obtenu! Le D' Lisle avait adopté un genre de traitement basé uniquement sur l'emploi de pilules de mie de pain. Celles dont il se servait recouvertes d’une mince feuille d'argent étaient divisées en deux groupes : les pilules argentées anti-nerveuses, et les pilules purgatives. Il eut à soigner un hypocondriaque qui croyait être victime d’une constipation opiniâtre, bien qu’en réalité les fonctions de ses intestins fussent régulières. Ce malade avait pris toutes sortes de purgatifs, mais affirmait n’en avoir jamais obtenu aucun résultat. Le D’ Lisle avait refusé d’en prescrire d’autres, malgré les sollicitations du malade. Un jour enfin, à bout de patience, il parut s’y rendre et annonça qu’il se proposait de donner le plus violent purgatif qu’il connût. L'hypocondriaque obéit aux ordres du docteur qui avait prescrit cinq de ses pilules purgatives, à un quart d'heure d'intervalle l’une de l’autre. Après la troisième, l'effet fut complet, et en sept heures, il y eut plus de vingt garderobes : le malade fut purgé jusqu’à tomber dans un état de. collapsus profond, semblable à celui produit par une attaque de cholérine des plus intenses. (Union médicale, 24 et 26 octobre 1561.)
SUGGESTION MÉDICAMENTEUSE 29
Il ya trois ans, je voulus expérimenter dans mon service, le sulfonal comme hypnotique. Je choisis deux malades atteints d’insomnie depuis plusieurs semaines. Avant d’administrer le nouveau médicament, je songeai, pour ne pas être induit en illusion par l’élément suggestion et pour que l'observation fût rigoureuse, à prescrire, sous la fausse étiquette de sulfonal, de l’eau simple à laquelle
j'ajoutai quelques gouttes de menthe, pour ne pas éveiller la défiance des malades. J’affirmai que, vingt minutes après.
l'administration du nouveau médicament, les malades seraient pris de sommeil irrésistible. C’est ce qui arriva en effet; les deux malades dormirent comme ils ne l’avaient pas fait depuis plusieurs semaines.
Qu'on ne me fasse pas dire que le sulfonal n’a qu'une
vertu suggestive! Non! il a une vertu hypnotique réelle,
comme le chloral, en dehors de toute suggestion. Mais
pour que l'expérience fût scientifiquement concluante, il fallut tout d’abord dégager l’élément suggestion.
La suggestion peut s’abriter derrière une médicatiom mécanique ou instrumentale qui agit sur l’imagination du sujet :
En voici des exemples :
Quand on eut découvert les propriétés de l’oxydenitreux, le D° Beddoës crut que cette substance lui offrirait un spécifique contre la paralysie. Davy, Coleridge et lui tentèrent une expérience sur un paralytique de bonne maison, abandonné par les médecins. Le patient ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commença donc par placer sous la langue de ce malade un petit thermomètre de poche dont il se servait dans ces occasions pour connaître la température, que loxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eut-il senti le thermomètre entre les dents qu’il fut persuadé que la cure s’opérait et que l'instrument merveilleux dont le
docteur lui avait vanté la puissance n’était autre que ce thermomètre. « Ah! s'écria-t-il, je me sens mieux. » Au lieu du spécifique, les médecins continuèrent à se contenter du thermomètre. Pendant quinze jours consécutifs, le mystérieux talisman fut placé avec toute la solennité convenable sous la langue de ce pauvre homme, dont les membres se délièrent, dont la santé renaquit, dont la cure fut complète, sans autre traitement ‘. »
Le D' John Tanner, dit Hack-Tuk, a préconisé le traitement de l’aphonie hystérique par l'application de l’électro-magnétisme sur la langue seule. Il établit que dans plus de cinquante cas il a appliqué ce traitement sans que le succès lui ait fait défaut une seule fois. « Il est fort important, ajoute l’auteur, avant d'appliquer l'électromagnétisme, de persuader au malade qu’il sera guéri; si les efforts de persuasion n’aboutissent pas, il est probable que l’application sera inefficace. » -
J’ai moi-même guéri plusieurs cas d’aphonie nerveuse par l’électrisation sur la face antérieure du cou, avec aflirmation que la parole allait revenir. Une fois même, l’appareil électrique n’étant pas prêt et tardant à arriver, je palpai la région laryngée et imprimant des mouvements de latéralité à l’organe, J’annonçai à la malade qu’elle pouvait parler; et en effet la voix fut recouvrée.
L’aimant et les métaux font de nombreuses guérisons. J'ai rappelé comment à la fin du siècle dernier les pièces magnétiques de l'abbé Lenoble furent en vogue et guérirent nombre de maux, si bien que la Société royale de médecine chargea deux de ses membres de vérifier les expériences; et le rapport de Andry et Thouret conclut à l’eficacité du magnétisme minéral contre les troubles nerveux variés.
La métallothérapie longtemps prônée par le D' Burcq,
1 Dublin. Review, 1880, p. 386.