TRACTEURS DE PERKINS
ment, ajoute l’auteur de l’article, l'imagination ou la confiance joue le principal rôle »!.
A la même époque, le D' Perkins, qui mourut à New- York en 1779, inventa deux petits fuseaux appelés tractors, faits de métaux différents, réunis par leurs grosses extrémités ou manches et terminés l’une par une pointe et l’autre par une extrémité obtuse. Ces deux tiges étaient promenées sur la peau au niveau des régions douloureuses et calmaient la douleur. Cette méthode devint rapidement populaire surtout en Angleterre et en Amérique. On attribuait son efficacité au galvanisme ; on avait remarqué en effet que la bouche avant l’opération avait une saveur acide et métallique, ce qui n’arriverait pas avec des aiguilles d’or et d'ivoire.
Pour juger la question, dit Hack-Tuke, les docteurs Haygarth et Falconer, de Bath, prirent comme sujets d’expérience un certain nombre de leurs malades d'hôpital. Is se servirent de deux tracteurs en bois qui avaient presque la même forme que ceux de Perkins et quiétaient peints de la même couleur, afin de leur ressembler encore davantage.
Les malades sur lesquels on opéra étaient atteints de rhumatisme chronique du poignet, du coude, du genou, de la hanche. L'un d’eux attribuait ses souffrances à la goutte. Sauf pour la maladie de la hanche, les articulations étaient sonflées et le mal remontait à plusieurs mois. |
Sur Cinq malades, rapporte le D' Haygarth, il n’y en eut qu'un seul qui n’ait pas été soulagé de ses douleurs: trois autres affirmèrent que dès la première application, ils avaient été bien soulagés. L'un d’eux sentit que ses genoux se réchauffaient : il put marcher bien mieux; un autre fut calmé pendant neuf heures; lorsqu'il rentra dans son lit, la douleur revint. Un troisième ressentit de la démangeaison pendant deux heures. Le lendemain, on employa
{ Virey. Article Magnétisme du Diclionnaire des sciences médicales, 1818.
les véritables tracteurs métalliques de Perkins, exactement de la même manière et avec les mêmes résultats. Cette seconde application soulagea les malades jusqu’à un certain point, mais pas plus que la précédente. Le D' Haygarth dit encore : « Si l’on veut reproduire ces expériences il faut le faire très solennellement. Pendant l’opération il est à propos de rappeler les cures merveilleuses que ce traitement passe pour avoir produites ; sinon les résultats pourraient n'être pas aussi heureux que ceux que nous avons rapportés. Tout dépend évidemment de l'impression faite sur l’imagination des malades. »
Le D' Richard Smith de l’hospice de Bristol à repris les expériences du D' Haygarth avec des pseudo-tracteurs (en bois). Il obtint des résultats presque incroyables. Un malade qui avait depuis quelque temps un rhumatisme à l’épaule qui l’empêchait de se servir de son bras, put au bout de | deux séances lever notablement la main, sans douleur à l'épaule et Ia guérison continua ; à chaque séance l’amélioration était progressive. A la suite de cette cure, dit l’auteur, les malades affluaient en si grand nombre autour de moi que Je n'avais pas le loisir de donner plus de quatre ou cinq minutes à chacun d’eux; les résultats obtenus étaient presque incroyables. Il arrivait ordinairement quela chaleur de la peau devenait bientôt plus grande: parfois il se produisait des douleurs lancinantes qui duraient plus ou moins longtemps. | |
Un malade ressentait depuis quatre mois de vives douleurs rhumatismales dans la cuisse qu'il avait prises en travaillant dans une mine de houille humide. Les tracteurs lui occasionnèrent d’abord une grande douleur, il passait toutes ses nuits blanches. Après quelques applications, il se mit à dormir fort bien; les douleurs étaient moindres, le malade était très heureux d’avoir trouvé un remède à ses maux. Un jour, ajoute le D' Smith, il vint se plaindre d’un grand mal de tête. Je lui promenai doucement des
en
SUSPENSION DES TABÉTIQUES | 61
morceaux d’acajou sur le front pendant une minute et demie; au bout de ce temps le mal commença à diminuer : en deux minutes il avait presque complètement cessé. Après trois ou quatre minutes, le malade se leva de sa chaise, en disant: « Merci, monsieur, maintenant je vais très bien. »
Ainsi les tracteurs en bois agissaient comme les tracteurs métalliques. L'imagination seule avait fait la guérison.
Ces faits sont bien connus; tous les médecins en ont observé de semblables: et cependant je les rappelle, j'insiste, parce que les médecins les oublient volontiers et se laissent prendre de nouveau à l’appât de nouvelles découvertes. Aujourd’hui les tracteurs de Perkins sont remplacés par l’appareil à suspension pour les tabétiques.
Rapporté de Russie par le D° Raymond, expérimenté à la Salpêtrière, l'appareil du D'° Motschutkowski a rapidement conquis la faveur des médecins et du public. De nombreux ataxiques lui doivent une amélioration passasère, mais réelle. On a attribué à des changements produits dans l'irrigation sanguine de la moelle ou l’élongation
des nerfs ces améliorations surprenantes. Dès l’origine, je
pensais que la suspension constituait un appareil éminemment suggestif et j'avais exprimé cette idée à la société de médecine à Nancy où elle fut vivement combattue. M. Haushalter, chef de clinique de mon collègue Spillmann, a expérimenté la méthode sur un très grand nombre de sujets et obtenu des résultats heureux, non seulement chez les ataxiques, mais dans d’autres variétés de myélite, chez les rhumatisants, chez les hystériques, dans l’incontinence nocturne d’urines, dans les névroses et affections les plus diverses : il est arrivé à cette conclusion que la suggestion joue le rôle curatif principal dans la méthode nouvelle. Pour éliminer l’hypothèse de modification vasculaire ou d’élongation nerveuse, J'ai essayé la pendaison horizontale. Le sujet est soulevé horizontalement par une ceinture fixée autour du corps, la tête et les pieds étant soutenus
par des embrasses. Dès lors, plus de congestion ni d’élonsation. Or j'ai observé des guérisons remarquables : un ataxique qui ne pouvait plus marcher ni se tenir debout sans être appuyé, se mit à marcher seul et assez convenablement en quelques séances. Une sciatique qui ne s’améliorait plus par la suggestion hypnotique fut promptement amendée en quelques séances ; la malade immobilisée dans son lit depuis des semaines put de nouveau se lever. Une myélite diffuse avec paraplégie absolue fut améliorée en dix séances; la malade put remuer un peu les orteils et glisser les jambes sur son lit; ce qu’elle ne pouvait faire auparavant. Une hyperesthésie hystérique de l’abdomen avec vomissements fut enlevée en quelques séances. La suggestion seule incarnée dans une pratique matérielle impressionnante à amené ces résultats.
Je n’ai pas dit, comme on me l’a fait dire, en France et à l’étranger, que tout est suggestion; que l’électrothérapie, l’hydrothérapie, le massage et même la matière médicale wagissaient que par suggestion ; que les pratiques diverses de la thérapeutique ne sont rien, que l’imagination humaine est tout. Ce serait une absurdité. Chose singulière ! J'ai eu beau protester, au congrès de l’hypnotisme, contre cette dénaturation systématique de ma pensée: on n’en à pas moins continué dans la presse scientifique et même politique à me faire dire ce que je n’ai pas dit. J’ai dit non que tout est suggestion, mais qu’il y à de la suggestion dans tout. Sans doute l’hydrothérapie, l'électricité, la balnéothérapie, le massage, peut-être la métallothérapie, peutêtre même la suspension, ont une action incontestable par eux-mêmes sur les fonctions de l’organisme. Mais cette action est mal connue: les assertions des auteurs sur la valeurthérapeutique de ces diverses méthodes sont vagues, confuses et contradictoires parce qu’on n’a pas songé avant tout à dégager l’élément suggestion.