HYPNOTISME. D
vérité. On ne croyait plus à l’action mystérieuse d’un fluide universellement répandu, moyen d’une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés, agissant sur le corps animal, en s’insinuant dans la substance des nerfs ; mais on croyait encore à un fluide nerveux, ou autre, émanant du corps du magnétiseur et que sa volonté peut projeter, dit Puységur, au dehors de lui sur d’autres. C’est la volonté qui magnétise : « Croyez et veuillez », telle était sa formule.
C’est en réalité l’abbé Faria, vers 1814, qui, le premier, donna la conception nette et vraie des phénomènes de l’hypnotisme qu'il appelait sommeil lucide. La cause de ce sommeil est, selon lui, dans la volonté du sujet. Il n’y a ni fluide magnétique, ni autre influence fluidique passant du magnétiseur au magnétisé. La cause des modifications qui se produisent dans lorganisme réside tout entière dans le cerveau du sujet, dans son imagination. Alexandre Bertrand adopta la théorie de l’abbé Faria.
Ilétait donc démontré que diverses pratiques, lecontactdes pieds et des mains, les frictions et certains gestes que l’on fait à peu de distance du corps et appelés passes, la fixité du regard seule peuvent agir sur certaines personnes, produire un engourdissement plus ou moins profond, de l’assoupissement, de la somnelence et, dans un petit nombre de cas, le somnambulisme avec analgésie, catalepsie, hallucinabilité et amnésie au réveil. Le remarquable rapport de Husson, lu en 1831 à l’Académie de médecine, confirme la réalité de presque tous les phénomènes que l’abbé Faria attribuait franchement à la seule conviction du sujet.
Ce n’est donc pas à James Braid (1841) qu’appartient la découverte de l’hypnotisme. Le mot seul lui appartient. Il est vrai de dire, cependant, que par l'importance de ses études approfondies sur la question, par le fait d’avoir établi que sa méthode était applicable à presque tous les sujets et procédait d’une loi générale de l’économie ani-
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BRAID ET LIÉBEAULT 67
male, et par la découverte de sa puissance curative, le nom de Braid mérite de rester attaché à l'histoire des origines scientifiques de l’hypnotisme.
Les travaux mémorables de Braid ne réussirent pas à rappeler l’attention du monde officiel scientifique sur les phénomènes de l’hypnotisme. Quelques pionniers de la science, comme Durand (de Gros) et Charpignon, continuèrent seuls à braver le discrédit attaché à ses recherches. Quand en 1859, le D' Azam (de Bordeaux) fit connaître la découverte, déjà oubliée. de Braid, on ne vit, dans le braidisme, qu'une nouvelle méthode anesthésique, que les chirurgiens expérimentèrent pendant un an, puis abandonnèrent de nouveau, vu l’inconstance des résultats obtenus.
C’est le D' Liébeault (de Nancy) qui a ramené la question sur son véritable terrain. Mieux que Braid, comme nous le verrons, il a saisi la nature du phénomène. Revenant à la doctrine de l'abbé Faria, 11 a montré que l’hypnose est un fait purement psychologique, dont la suggestion est la clef; il a décrit d’une façon plus précise les divers degrés de l’état hypnotique, et créé la psychothérapeutique suggestive, mal interprétée encore par Braid.
Mais le livre du D' Liébeault, publié en 1866 : Du sommeil et des états analogues considérés surtout au point de vue de l’action du moral sur le physique et sa pratique restèrent absolument inconnus du monde médical, jusqu’en 1883, époque où je les fis connaître par des articles publiés dans la Revue médicale de l'Est et dans ma brochure : la Suggestion dans l’état hypnotique et dans l’état de veille.
Dans l'intervalle, en 1875, Charles Richet avait rappelé l'attention sur le somnambulisme provoqué par une méthode analogue à celle de Braïd, sans en déduire d’application thérapeutique; puis Charcot et ses élèves, en 1878, étudiant l’hypnotisation chez les hystériques, crurent voir dans ces phénomènes une névrose analogue à l’hystérie
elle-même, toujours greffée sur un terrain hystérique, avec les trois phases caractéristiques. Ce n'était plus, comme l'avaient établi Faria, Braid et Liébeault, un état physiologique ou psycho-physiologique procédant d’une loi générale de l’économieanimale; c'était un état pathologique suscepttble d’être provoqué chez les hystériques, comparable à la crise d’hystérie elle-même. Personne ne songe aux applications thérapeutiques possibles. L’expérimentation continue sur ce terrain, déraillée, si je puis dire, dans une voie quine pouvait aboutir qu’à des résultats erronnés, de 1818 à 1884. La publication de ma brochure et de mon livre, et les travaux de l’école de Nancy, ramenèrent la question sur son véritable terrain, et les nombreux travaux de tous les pays, qui sont venus confirmer notre doctrine et ses applications thérapeutiques, doivent leur origine à notre initiative, éclairée par la pratique de M. Liébeault.
Revenons à Braid. Il entend par hypnotisme : sommeil nerveux. I définit celui-ci : un état particulier du système nerveux déterminé par des manœuvres artificielles, ou encore : un état particulier du système nerveux amené par la concentration fixe et abstraite de l'œil mental et visuel sur un objet qui n’est pas par lui-même d'une nature ‘excitante. Deux éléments interviennent dans la production de cet état : Un élément physique : fixité prolongée des yeux sur un objet, d’où paralysie par épuisement des muscles releveurs des paupières et destruction de l'équilibre du système nerveux. Un élément psychique : la fixité d'attention dans laquelle l'esprit est absorbé par une idée unique. « Alors, le patient tombe dans l'indifférence; il est fermé, pour ainsi dire, à toute pensée, à toute influence étrangère à l’image que lui retrace son esprit. Dans cet état, son imagination devient si vive que toute idée agréable développée spontanément ou suggérée par une personne à laquelle il accorde d’une façon particulière, attention et confiance,
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