DU SOMMEIL
mons notre sensorium à toutes les impressions du dehors, nous suggérons, Ou plutôt notre organisme nous suggère par un besoin instinctit l’idée du sommeil. Alors notre imagination se replie sur elle-même, nous entrons dans le monde des rêves; nous restons inertes. C’est le sommeil. Quand nous nous réveillons, nous savons que nous avons dormi, soit parce que des rêves accomplis sont présents à notre souvenir, soit parce que un certain temps s’est écoulé sans que nous ayons conscience de ce qui s’est passé.
Ainsi le sommeil se diagnostique objectivement par l’immobilité du corps, la résolution des membres, l’occlusion des yeux ; subjectivement par le souvenir des rêves ou l’inconscience apparente pendant un certain temps, précédée d’une période consciente de somnolence. Mais ces signes sont loin d’être caractéristiques du sommeil : lapoplectique, l’épileptique sont inertes et en résolution, et cependant leur état n’est pas celui du simple sommeil. Certains hypnotisés restent inertes, passifs, sans mouvement ; ils paraissent dormir ; et quand ils sont revenus à leur état normal, ils peuvent se souvenir de tout et n’ont pas conscience d’avoir dormi. D’autres au contraire et les meilleurs somnambules sont dans ce cas, gardent les yeux ouverts, parlent, vont, viennent, rient, gesticulent, travaillent, ont l’esprit très actif, ne ressemblent à rien moins qu'aux dormeurs. Et cependant, quand ils sont sortis de cet état, ils ne se souviennent de rien et ont conscience d’avoir dormi. Est-ce le sommeil ?
Un malade atteint de fièvre typhoïde délire, rêve à haute voix ; quand sa maladie est terminée, il ne se souvient de rien ou se souvient de ses rêves délirants ; il croit être sorti d’un long sommeil.
On ,voit donc que ni les symptômes apparents, immobilité et inertie du corps, ni les signes subjectifs tirés de la conscience du sujet, amnésie ou inconscience prolongée, ne suffisent pour caractériser le sommeil.
14 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSNCHOTHÉRAPIE
Tant que nous ne savons pas exactement ce qu'est le sommeil physiologique, quelle est sa nature, nous ne sommes pas autorisés à dire que le sommeil apparent de l'hypnotisé est toujours un sommeil réel.
Il est probable, il me paraît certain que parmi les hypnotisés, il en est qui obéissent à la suggestion du sommeil. Rien ne les distingue des dormeurs ordinaires ; ils sont inertes, ronflent, ont des rêves spontanés, continuent à dormir lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes, se réveillent en se frottant les yeux et en accusant encore de la somnolence, puis ne se souviennent de rien ou se souviennent de leurs rêves. De même qu’on a pu par suggestion produire de la catalepsie, de l’anesthésie, des mouvements, des 1llusions, des actes organiques divers, de même on a pu produire l’acte du sommeil.
D’autres, dociles aux suggestions de motilité, de sensibilité, même d’hallucination, sont rebelles à celle du sommeil; ils ne peuvent concevoir, ils ne peuvent réaliser psychiquement ce phénomène,
D’autres, trompés par la suggestion, ne paraissent avoir que l'illusion de sommeil ; ils croient avoir dormi; rien ne prouve qu’ils aient dormi réellement. Voici une dame à laquelle je suggère le sommeil: Je lui parle; elle me répond ; J’entretiens avec elle une conversation suivie, elle a toute sa conscience, toute son intelligence, même de l'initiative se traduisant par des observations spontanées et judicieuses. Elle me disait; « N'oubliez pas de venir prendre le thé chez moi, lundi prochain. Quand vous partirez, priez la femme de chambre de vous éclairer. » Quand je veux produire chez elle une hallucination, elle dit : « Docteur, vous savez que cela ne prend pas sur moi,» Elle se lève, se tourne, se retourne, me montre où elle a mal,me consulte, absolument comme une personne éveillée. Elle me parle encore, quand je lui dis brusquement : « Je vous réveille. » Elle ouvre les yeux; tout s’est évaporé.