‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 61 sur 271 · DL · texte numérisé non relu

DL

cb A a

Diéesi CARLA:

La catalepsie est un phénomène d’origine psychique; il est dù à l’absence d'initiative cérébrale. « Le sujet, dit M. Liébeault, garde l'attitude qu’on lui donne, comme il garde l’idée suggérée. » Le cerveau est immobilisé sur les impressions provoquées. C’est un phénomène passif. Peutêtre intervient-il aussi un élément actif : le sujet auquel on tient le bras en l’air pendant quelques secondes à l’idée qu'il doit continuer à le garder en l'air; c’est une suggestion par geste, par le sens tactile qu’il réalise, et la raideur plus ou moins grande qu'il imprime au membre cataleptisé traduit l'initiative psychique suggérée, l'effort qu'il

déploie pour exécuter l'acte suggéré. On peut admettre

aussi que cette tendance à la contraction est due à une augmentation de la tonicité musculaire due à la suppression de l’action modératrice du cerveau psychique engourdi. On sait en effet que le cerveau a une action modératrice sur l’action réflexe excitomotrice spinale, que les actes réflexes automatiques commandés par la moelle s’exa-

gèrent quand la moelle est séparée du cerveau; ainsi la

tonicité musculaire, phénomène réflexe spinal, peut être

accrue et se traduire en contracture.

Ce qui prouve la vérité de la théorie que je professe sur la catalepsie, c’est ce fait que ce phénomène s’obtient souvent spontanément et sans hypnose quand on le cherche, dans des cas de stupeur cérébrale. Je lai maintes fois observée dans la fièvre typhoïde; le sujet, inerte, l’œil fixe, le masque impassible, garde les attitudes imprimées à ses bras; parfois même le membre devient rigide, lorsqu’on l’étend et qu’on cherche à le fléchir. Enfin j'ai pu, plus rarement il est vrai, dans ces circonstances, et sans

suggestion verbale, provoquer le mouvement automatique rotatoire ; le cerveau inactif continue passivement le mou-

vement automatique imprimé; le sommeil peut même spontanément se grefler sur cette catalepsie suggestive. On sait que Lasègue ést parvenu à produire chez des

ct -

hystériques calmes, somnolents, torpides, par l’occlusion des yeux, la catalepsie artificielle; les masses musculaires offrent à la pression une résistance particulière. Quand on prend un des membres et qu’on essaie de le ployer au niveau d’une articulation, la jointure est demi-rigide ; et elle garde, fixe, immobile, la position où elle est placée. Lasègue avait provoqué ainsi, sans s’en douter, un état hypnotique ; et s’il avait pu s’en douter, il aurait pu développer chez ces mêmes sujets des phénomènes hallucinatoires. Il a pu d’ailleurs réaliser les mêmes phénomènes cataleptiformes chez des malades dont l’aspect hébété, l’air insouciant et distrait, la paresse musculaire, la lenteur des perceptions tactiles trahissaient une démence commençante. Chez l’un, la rigidité était absolue, et toutes les articulations, lorsqu'on essayait de les ployer, donnaient la

sensation caractéristique d’un bâton de cire ramollie.

Chez des enfants, très dociles, ou doués de peu d’initiative psychique, j’obtiens souvent d'emblée, sans suggestion ni hypnose préalable, la même attitude cataleptiforme. Ce sont alors des enfants très suggestibles et chez lesquels on réalise facilement les phénomènes de l'hypnose.

A l'appui de ce qui précède, voici une observation prise dans nos salles. Il s’agit d’un homme de 68 ans, entré le 18 février 1890, frappé six jours auparavant d’une hémiplégie droite, sans perte de connaissance, mais avec un certain degré d’aphasie. Quand il vint à l’hôpital, la motilité était revenue ; le malade se servait bien de ses membres droits; il ne persistait qu’une déviation plus accusée des traits de la face à gauche, quand le malade riait; de plus une certaine difficulté pour articuler les mots sur laquelle je ne veux pas insister. L'intelligence était nette, le malade répondait bien aux questions, mais parlait peu spontanément; il n’avait pas d’incontinence d'urine ni de matières fécales. Or voici ce que vous avez pu constater <hez cet homme. Le 20 au matin, pendant que nous lexa-

Rd PET ré ER A TT

Re

re Re: vE ni

Pa

AT

CI NP AS à

RE da

= Vos

*, Lin

L SNA RME UES > dr 1 ue ee à Fe di etc ts de et D SR en Se 4 4 dl RE EE 7 god D dé NT

minions, je lève un de ses bras, sans rien dire, sans regarder le malade. Le bras reste en l'air, fixé dans l'attitude imprimée. Je lève l’autre bras : il y reste aussi. J’étends l’avant-bras sur le bras; le membre entre en contracture et demeure ainsi cataleptisé en contracture. Le malade reste ainsi, en même temps je constate au bout d'une minute que le facies prend une expression inerte; les yeux sont à demi lermés, les paupières sont agitées de frémissement vibratoire. C’est l’apparence de l'hypnose. Je prends alors les deux bras du sujet ; je les tourne l’un autour de l’autre, en disant que le malade ne peut pas les arrêter : lautomatisme rotatoire continue. Je dis : «Le bras gauche est para- Iysé », ce bras retombe inerte. J’interpelle le malade; ül ouvre les yeux et dit qu’il à dormi, sans se souvenir de ce que je lui ai dit, ni de ce qu'il a fait. Je répète l'expérience avec succès les jours suivants.J’ajoute que la première fois que je l’ai faite sur lui, le malade n’avait jamais vu hypnotiser personne dans la salle ; il ne savait pas ce que je voulais faire sur lui ; il ne savait pas que j'avais une réputation d'hypnotiseur ; javais fait la chose sans affectation, voulant voir si les membres conservaient l'attitude imprimée, mais n’ayant pas l’intention de l’endormir. Il s’agit donc d'une vraie auto-hypnotisation survenue chez lui par suite d’une attitude particulière donnée à un membre. Que s’estil passé”? J’ai mis ses bras en l’air. Ils y sont restés parce que l'initiative cérébrale engourdie, à la suite de l'affection du cerveau, n’était pas suffisante pour les faire changer de place. De plus, l’action modératrice de l’organe psychique sur le tonus musculaire faisant défaut, celui-ci a pu, par la simple extension de l’avant-bras, s’exagérer au point de devenir contracture. N'est-ce pas la démonstration clinique de notre théorie sur la nature de la catalepsie ?

Qu'est-il arrivé après ? Le malade restant dans cette situation, l’immobilisation du bras semble se communiquer à Pesprit; lui aussi se fige, concentré dans l'effort passif

qu'il fait pour maintenir le membre en catalepsie, monoidéisé ou mono-dynamisé, comme on pourrait dire. Le cerveau ne recevant plus d'autre impression prend un aspect de masque inerte ; les yeux ne transmettant plus les sensations extérieures au sensorium indifférent, se ferment. C’est lhypnose. N’est-elle pas comparable, dans une certaine mesure obtenue, à celle que l’on obtient chez les animaux, chez la grenouille, par exemple, en la posant sur le dos et la maintenant dans cette position immobilisée sans forte pression ? «Si nous considérons, dit le professeur Danilewsky (de Kharkofi) l'hypnose animale, nous n’y trouverons certainement pas de phénomènes de suggestion verbale. Il est évident que nous n’y devons chercher que des faits homo-

logues beaucoup plus élémentaires. À ce point de vue nous

avons le droit d’admettre que le fait de l’animal gardant la position anormale forcée que lui ont donnée les mains de l’observateur, est le résultat d’un ordre ou, si l’on veut, d’une suggestion transmise sous une forme plus grossière, plus matérielle. Cet ordre matériel, aussi bien que la suggestion verbale, se présente comme un acte de violence sur l'indépendance du raisonnement, de la volonté et des sens des sujets. En maintenant l’animal dans une position anormale à l’aide de nos mains, nous lui commandons par cela même, nous lui suggérons, pour ainsi dire, de garder cette position, comme nous aurions pu le commander à l’homme hypnotisé par une suggestion verbale correspondante. » (Recherches physiologiques sur l'hypnotisme des animaux. Congrès international de psychologie physiologique. Paris, 1890.)

Ces faits expérimentaux jettent un jour sur l’histoire de la catalepsie spontanée ou pathologique. Dans presque toutes les observations, nous trouvons comme cause une émotion psychique. Une fille de cinq ans, citée par Tissot !,

* OEuvres compl., t. IT, chap. xx1.

re - hi

SX i CE

té Pet DM Te Le pr ES NME) GATE La

pi

Nr RE OM AT

RTE

Det Lt

en

if M à \ ct get, Ko

À EN Re

> cest. ee 7

ayant été un jour vivement choquée de ce que sa sœur avait enlevé, pendant le repas, un morceau choisi dont elle avait elle-même envie, devint raide tout d’un coup. La main qu'elle avait étendue vers le plat, avec sa cuiller, demeura dans cet état durant une heure. Un militaire, dont parle Henry François‘, s'étant pris de querelle avec un de ses camarades, saisit une bouteille pour le frapper; mais au même instant son bras resta raide et immobile, l'œil ouvert, le regard furieux, le corps sans mouvement. Fehr rapporte le cas d’un magistrat qui, injurié au milieu de son réquisitoire, demeura muet, la bouche béante, les yeux ouverts et menaçants, le poing tendu vers son insulteur. Dans ces cas, c’est une colère violente chez des sujets prédisposés qui prend possession du cerveau, l’immobilise pour ainsi dire, supprimé toute autre impression, si bien que toute initiative psychique est suspendue, toute l’activité cérébrale étant concentrée sur l’idée émotive. Le cerveau absorbé et dominé par l’obsession psychique laisse les membres dans l'attitude qu’ils avaient, quand l’émotion l’a envahi tout entier.

D’autres fois c’est une frayeur ou un douleur vive. Jones cite le cas d’un homme tombé en catalepsie par suite de la mort subite de sa femme. Puel fait mention de deux domestiques frappés de catalepsie, le même jour, à la même heure, aux deux extrémités de la ville de Genève, pendant un orage, au moment où venait d’éclater un violent coup de tonnerre.

D’autrelois c’est l’idée religieuse qui absorbe le sensorium brusquement et engendre l’état psychique qui fait la catalepsie. Une femme citée par François Hoffmann était prise de catalepsie extatique, quand elle entendait un psaume ou un passage retraçant l’amour du Christ. Ron-

‘Thèses à Paris, an XI, no 537. Recherches sur la catalepsie. ? Hiera picra. Seu de Absinth., p. 59. 1667. j

Page 1