‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 64 sur 271 · HALLUCINATION PASSIVE ET ACTIVE · texte numérisé non relu

HALLUCINATION PASSIVE ET ACTIVE

menez, vous allez à l'exposition, vous monterez sur la tour Eiffel. Arrivé au sommet, vous rencontrerez un ami qui vous offrira un verre de Champagne. Vous entendrez de la musique ; vous verrez des illuminations avec feu d'artifice; et quand vous serez réveillé, vous vous rappellerez ce | que vous aurez vu. » Il reste impassible, inerte ; sa physionomie ne trahit rien. Au réveil, il me raconte dans tous ses détails, ce qu’il a vu. J'aurais pu lui dire : « Vous allez avoir un rêve, voir et faire telle ou telle chose. » L’hallucination s’est développée comme un rêve passif: le sujet a assisté à toute cette scène que son imagination a évoquée, sans que son corps y ait participé. Il a cru marcher, monter, boire, parler, comme un autre lui-même qui aurait agi, alors que cependant il était immobile dans son lit ou sur sa chaise. C’est l’hallucination passive. J'hypnotise une seconde fois le sujet et je lui dis : « Voici un ami qui vient vous voir. Vous allez vous lever et causer avec lui. Il vous offrira un :verre de vin ; vous le boirez à sa santé. Il deviendra ivre et vous dira des injures ; vous vous battrez avec lui; vous le mettrez à la porte, etc. Tenez! Le voici ! Levez-vous ! » Le sujet se lève, va à son ami, lui donne la main, lui cause, prend le verre de vin, l’avale ; puis commence la discussion vive et animée qui se termine par la lutte ; il fait geste de l’empoigner, d’ouvrir la porte, de le jeter dehors. Vous voyez que la scène se passe comme si elle était réelle, vous en suivez tous les détails ! C’est une hallucination active. C’est un rêve en action. Le sujet est acteur de corps et d'esprit. Dans le sommeil naturel, le rève est quelquefois actif et - constitue alors le somnambulisme naturel ou spontané. Je puis, d’ailleurs, chez certains sujets dormant naturellement, transformer le rêve passif en rêve actif ; je parle au dormeur sans le réveiller ; je lui suggère une hallucination ou un acte ; Je lui dis qu’il va se lever, voir telle chose, commettre telle action. Et certains sujets obéissent à cette

suggestion ; je leur ai donné un rêve actif, j'ai fait un somnambule, dans le sommeil spontané, absolument comme je le fais dans le sommeil provoqué. Le mécanisme est le même : 11 y à un état psychique spécial qui exalte la suggestibilité. Nous avons vu qu’à l’état de veille toute idée tend à devenir acte ; toute image suggérée au sensorium tend à se réaliser. Je dis : « Voici un chien. » L’imagination cherche à évoquer l’image du chien. Mais l'attention veille; les facultés de contrôle interviennent et neutralisent l’image qui n’aboutit pas. Dans l’état de suggestion le contrôle est effacé ou atténué ; l’imagination n’est plus réfrénée, elle règne en maitresse ; l’image se développe souvent nette, irrésistible.

L'individualité du sujet intervient dans la façon dont les hallucinations s’accomplissent, comme pour les autres phénomènes de suggestion. Certains qui ont l’imagination peu développée ne peuvent les réaliser,ou les réalisent d’une façon obscure, douteuse; l’image est nébuleuse; c’est un rève effacé. « [Il me semble que je vois un chien, ou j'ai cru voir un chien ; » cen’est pas net. D’autres qui ont la représentation mentale très vive voient, sentent, entendent comme la réalité. De même pour ce qui est des actes; certains sujets torpides, ou réfléchis sans grande activité psychique, restent inertes ; ils sont passifs, ét ne mettent pas en œuvre leurs conceptions. Il faut les animer, leur suggérer de se lever, leur dire qu ils peuvent le faire, qu’ils peuvent parler, qu’ils peuvent se mouvoir, pour les amener à mettre leurs rêves en action. D’autres obéissent d'emblée et jouent la scène qui se déroule dans leur imagination avec un entrain, une mimique, une volubilité dont ils ne seraient pas capables à l’état de veille.

Voici trois hommes que j'hypnotise. Je leur offre à tous les trois un verre de vin : le premier reste immobile, la main étendue, sans aucun geste qui trahisse l’action d’ingérer le vin. Cependant, si je l’interroge, il dit qu’il a bu

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