SOMNAMBULES IMPULSIFS
et qui, mis en prison, tenta pendant l’accès suivant de tuer un de ses co-détenus.
Ce qui se fait dans le somnambulisme naturel ne peut-il se faire dans le somnambulisme provoqué ? Vous avez vu cette jeune artiste à laquelle j'avais suggéré pendant son sommeil de voler ma montre à son réveil. Elle le fit sans hésiter, et quand je découvris le vol, vous l’avez vue confuse, tremblante, nous suppliant de ne pas la faire arrêter ! Ce n’était pas une émotion simulée, une émotion de comédienne ! C'était réellement arrivé! Et cette jeune femme était une bonne et honnête nature !
Parmi les somnambules qui, au réveil, accomplissent l’acte suggéré, il y en à qui agissent comme des impulsifs épileptiques. Aussitôt éveillés, ils se lèvent automatiquement et vont, comme mus par une force invincible ; ils ne semblent pas réfléchir ; ils vont droit au but. Que se passet-il dans leur cerveau ? Sont-ils sous l’empire d’hallucinations, d'idées délirantes ? Ont-ils conscience d’un mobile
illusoire qui les fait agir ? Ou bien est-ce un acte automa-
tique, est-ce une idée fixe, sans raison, qui les domine ? Je crois qu’il en est parfois ainsi. L’épileptique qui se précipite et tue, sait qu'il tue mais il ne sait pas toujours pourquoi il tue. Certains aliénés disent : « J’ai une idée folle de mettre le feu à la maison, ou de tuer mon enfant. » — « Pourquoi, dans quel hut? N’aimez-vous pas votre enfant? » — « Si! je l’aime! Je sais que c’est mal. Je n’ai aucune raison pour le tuer. C’est plus fort que moi! » Je crois que la suggestion peut réaliser sur certains sujets un état psychique semblable, une impulsion instinctive aveugle et sans raison, vers l’acte suggéré. C’est une folie impulsive, passagère, que la suggestion a faite. Un honnète homme à pu commettre un acte monstrueux sous l’influence d’une impulsion créée par l’épilepsie ou la folie. La suggestion ne peut-elle pas réaliser le même phénomène ? Un jour, je rencontrai dans un magasin une jeune dame
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fort intelligente, d’une honnêteté et d’une moralité parfaites, d’un caractère très doux. Elle était nerveuse et son mari l’hypnotisait souvent dans un but thérapeutique. Elle me dit : « Je n’ose pas vous regarder, je suis sûre que je dormirais! » Je réponds : « Il est inutile que je vous regarde, vous dormez! » Immédiatement, ses yeux se ferment et elle est en somnambulisme. Je prie son mari présent de lui faire une suggestion pour le réveil. Il lui fait celle de me tirer les oreilles. Je Ia réveille, me tenant à distance. Aussitôt elle vient droit sur moi et me tire les oreilles. « Pourquoi faites-vous cela”? » lui dis-je. — «Je ne sais, répond-elle. C’est une idée. Je ne me rends pas compte pourquoi je le fais. Mais je ne peux faire autrement. »—« C’est une suggestion de votre mari. Et s’il vous avait suggéré de me tuer avec un poignard ? » — « Je l’au-
rais fait, » dit-elle, d’un ton bref et sûr qui semblait bien
affirmer que l’acte serait aussi net que la parole.
D’autres somnambules n’agissent pas avec cette brusquerie. Ce n’est pas une impulsion instinctive, c’est une idée délirante ou une hallucination qui commande l’acte ordonné. Je dis, par exemple, à l’un d’eux pendant son sommeil : « À votre réveil, vous irez voler mon porte-monnaie sur la table. » Le sujet accepte l’idée tout de suite ou seulement après des suggestions répétées. Au réveil, il accomplit le vol. Je lui demande : « Pourquoi avez-vous volé”? » — « C’est pour reprendre ce que vous devez. Je vous ai prêté de l’argent et vous n'avez pas voulu me le rendre. C’est une restitution, ce n’est pas un vol. » Aïnsi, dans ce cas, je n’ai pas produit une perversion du sens moral : l’imagination facile du sujet a tourné la difficulté. Arrêtée par la suggestion morale préexistante, elle a suggéré elle-même au sujet un souvenir illusoire rétroactif, à la faveur duquel le vol devenait licite et la suggestion réalisable. Je dis au sujet endormi : « Voici un pistolet chargé. À votre réveil, vous tuerez cet homme. » Au réveil, il tire
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