GUÉRISONS MIRACULEUSES F
les reliques, firent merveille plus que jamais: l'astrologie, telle que la concevait l’ancienne théosophie orientale, s’amalgama de nouveau avec la médecine. Au xr° siècle, les rois d'Angleterre et de France acquirent le privilège mira- E culeux de guérir par attouchement le goitre et les écrouelles, Edouard le Confesseur, d’abord, puis Philippe-Auguste, guérirent par la main et des paroles sacrées. Saint Louis y ajouta le signe de la croix.
À Dans le xur° siècle, malgré la renaissance des sciences et à des universités, la médecine resta subordonnée à l'astrologie et au système de la scholastique. Les prêtres opéraient toujours des cures miraculeuses ; parmi eux, le plus célèbre fut Edmond, archevêque de Cantorbéry *. Le pape Innocent IT défendit, sous peine d’excommunication, aux médecins de traiter aucun malade sans l’intervention d’un ecclésiastique.
Au xiv° siècle, la raison humaine commença à s’insurger F: contre l'autorité ecclésiastique, mais ce ne fut pas sans lutter. $ -Les guérisons miraculeuses continuèrent entre les mains 4 de saint Roch à Montpellier, de saint Louis à Toulouse, de saint André Corsinus, de sainte Catherine de Sienne, etc. Une danse de saint Guy, épidémique en Allemagne, fut traitée comme œuvre du diable ; les possédés furent exorcisés *. L’astrologie et les autres branches de la théosophie dominent les ouvrages d’Arnaud de Villeneuve. Les troubles $ fonctionnels sans lésions organiques sont considérés comme | œuvres de sorcellerie. Le médecin peut avoir le pouvoir occulte d’ensorceler ses malades, sans le savoir et sans le vouloir. Il doit aussi savoir tirer parti des passions du malade, capter sa confiance et allumer son imagination ; alors il est sûr de le guérir. Un auteur affirme qu’un moyen infaillible pour terminer heureusement les accouchements
"Vincent Bellovac. Spec. histor., lib. XXXI.
* Bzovius, ann. 1374, no 43, p. 1501.
12 IYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE
laborieux, consiste à réciter quelques passages des psaumes de David *.
Au xv° siècle, la réforme littéraire et scientifique se prépare, mais obscurcie encore par les superstitions. La magie. païenne fut condamnée comme hérésie par le pape Benoît XII? : mais pour combattre l’hérésie des Hussites, on fit encore à Halle, dans le Hainaut et à Constance, des cures miraculeuses par les verges stntes et Les hosties *.
Le siècle de la Renaissance des lettres et des sciences, celui des plus grands progrès, fut, en même temps, celui des plus grandes superstitions. L’alchimie, l’astrologie, la chiromancie, la sorcellerie, la démonomanie florissaient plus que jamais. Le culte du diable aussi vieux que le monde arrivait à son apogée. Bacon, Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle, Paracelse, Cornelius Agrippa, associant à leurs doctrines alchimiques le nom des divinités paiennes, eurent la réputation de sorciers. La sorcellerie et les procès de .sorcelleries encombrent le xv° et le xvi° siècles. Dans le seul électorat de Trèves, 6,500 habitants périrent sur l’échafaud, en quelques années, accusés de sorcellerie. A Friedberg, dans la nouvelle Marche, 150 individus furent possédés du diable vers la fin du xvi° siècle *, et le mal devint si général que le consistoire ordonna des prières publiques dans toutes les églises pour l'expulsion de l'esprit malin. Les procès mémorables du prêtre Ganfridi, d'Urbain Grandier et des ursulines de Loudun, et tant d’autres, relus aujourd’hui à la lumière de la science moderne, montrent que toutes ces histoires de sabbat, de succubes, d’incubes, toutes ces scènes diaboliques n'étaient autre chose que des phénomènes hallucinatoires suggérés ; toutes ces scènes, toutes ces turpitudes,
!Complem. Mesuæ., ed. Venet.,in-fol. 1562, F., 312 b.
? Raynald. Anna, 140%, p. 20.
5 Bzovius, Anna, 1400, 1414, c. 1.
* Mochsen. Histoire des sciences dans la Marche de Brandebourg.