‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 88 sur 271 · DOUBLE PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

DOUBLE PERSONNALITÉ

de fois en moins d’un quart d'heure, de sorte que l’on peut poursuivre une conversation entière comme avec deux personnes distinctes. En quelques secondes, les personnalités se succèdent sans qu’elles en aient la moindre consrience. M°°X:.. se double d’une M°®° Y... et M"® X... et Y... soutiennent la conversation chacune pour leur compte, comme si elles existaient séparément, l’une ignorant complètement l’existence de l’autre. Il en résulte une discussion à bâtons rompus souvent fort amusante. Chaque personnalité conserve nettement son indépendance et maloré le changement d'état ne perd pas le fil de la conversation : tout se suit et s’enchaïine sans lacune, sans la plus petite absence de mémoire et sans que le sujet manifeste le moindre étonnement. Ces transformations rapides et successives sont extrêmement saisissantes. »

Ces expériences sont faciles à répéter chez beaucoup de somnambules ; elles réalisent artificiellement ce qui se fait spontanément dans les faits relatés de double conscience ou double personnalité. L’hypnose ne crée rien de nouveau ; elle démontre les phénomènes psychologiques tels qu'ils peuvent spontanément se produire.

Des suggestions criminelles peuvent-elles naître ou être -provoquées à la faveur de l’état de conscience modifiée ? Cela ne me paraît pas douteux.

Les faits que je viens d’exposer suffisent-ils à établir que la doctrine de la suggestion bien conçue peut apporter des lumières à la justice? Et cette étude ne s’impose-t-elle pas aux magistrats, aux moralistes, aux criminalistes, aux philosophes, à tous ceux dont l'esprit libre sait se dégager des idées préconçues et qu’anime la seule passion de la vraie vérité, de la vraie justice ?

La suggestion est dans tout; elle conduit beaucoup de nos actes; et si l’on veut donner à ce mot sa signification la plus large et la plus vraie, on peut dire que dans toutes les actions, bonnes ou mauvaises, la suggestion joue un

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rôle. Les plus grands criminels ne sont pas toujours les plus coupables. Troppmann n’était peut-être que la victime irresponsable d’une auto-suggestion. Je fais bondir parfois les magistrats, quand je leur dis cela. Et cependant voilà un garçon qui, sans avoir commis auparavant d'actes bien répréhensibles, sans antécédents bien mauvais, pour son premier crime, pour son crime d'essai, accomplit cette chose inouïe, horriblement monstrueuse, de préméditer et de préparer avec une habileté extraordinaire, de longue main, et de perpétrer l'assassinat d'une famille entière de sept ou huit personnes. Il attire le père dans une forêt de f’Alsace, l’empoisonne avec l’acide prussique et l’enterre : il creuse une fosse dans un champ de Pantin, y attire le fils aîné, l’assomme et l’enterre ; il creuse une fosse pour la mère et quatre ou cinq enfants, les y attire aussi, les tue à coups de pioche et les jette pèle-mêle dans la fosse. Il veut gagner l’Amérique, se faire passer pour le père qu’il a assassiné et par je ne sais quelle combinaison réaliser la modeste fortune de cette famille exterminée. Quelle ingéniosité extrême, quelle série de crimes épouvantables pour un bénéfice aléatoire, alors qu'avec cette intelligence, cette audace, il eût pu réaliser un crime simple, plus facile, plus lucratif! Ce n’était pas, quand on le vit, l’homme aux proportions gigantesques qu'on aurait supposé ! C'était un pauvre sire : ni son physique ni sa trempe morale ne semblaient l’avoir prédestiné à l’acte infernal dont il était l’auteur. L'idée d’un pareil crime peut-elle germer dans un cerveau sain? Seul un monstre moral peut la concevoir et la réaliser ! Un monstre est un être patholozique.On disait que l’idée d’un crime analogue était exposée dans un roman de Ponson du Terrail, que l’assassin avait lu! Est-ce de ce livre, est-ce d’ailleurs que cette idée a pris naissance dans ce pauvre cerveau ? Ne s’est-elle pas imposée comme une obsession, comme une auto-suggestion irrésistible, contre laquelle la raison a peut-être lutté, sans pouvoir

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