RESPONSABILITÉ DES CRIMINELS
l’expulser ? Comme une tumeur maligne qui évolue dans un organe, cette conception monstrueuse morbide s’est implantée dans son cerveau, à pris possession de lui, de même que chez d’autres s'implante sans raison l’idée fixe du suicide ; et par une évolution fatale, elle a armé son bras et l’a conduit à réaliser brutalement cette chose infernale! Je n’affirme pas que telle soit la vérité, je l’ignore! Mais je dis que cela est possible.
Eùût-il révélé déjà par sa conduite antérieure la perversité de ses instincts, je ne formulerais pas encore un jugement certain. Quand je vois deux enfants élevés ensemble, soumis à la même éducation, vivant dans le même milieu, lun manifester de bonne heure des instincts d’honnêteté et de moralité qui guideront tous les actes de son existence, l’autre s'affirmer d'emblée comme un vaurien sourd à toutes les exhortations, qui n’obéit qu’à ses impulsions mauvaises et sera toute sa vie un malfaiteur, quand je suis ces deux natures depuis leur naissance, je me demande si leur évolution morale n’était pas dans l’œuf, comme leur évolution physique! Et je me dis : Où est la responsabilité ? Quand je suis en présence d’un criminel, je me demande quelle était à l’origine la conformation native de son être moral ? Quelle part revient au terrain, à l’organisation, à la suggestibilité héréditaire ? Quelle part revient aux suggestions de l’éducation, du milieu, des lectures, des rêves, des personnes en contact avec lui, des événements de la vie? Quelle était sa capacité de résistance ? Quelle part reste-t-il au libre arbitre ? Quel est le degré de responsabilité ?
Jene prétends pas désarmer la société. Elle a le droit, de se défendre! Elle a le droit, dans l'intérêt de sa conservation, d’anéantir ou de rendre inoffensifs ‘les éléments dangereux! Elle peut et doit recourir à des mesures de préservation sociale! Elle peut se garantir et par des exemples salutaires, par la crainte du châtiment, faire
aussi de la suggestion utile! Mais peut-elle toujours juger en connaissance de cause? Appelé à me prononcer sur la culpabilité réelle d’un criminel, j'avoue que souvent, en mon âme et conscience, je ne pourrais formuler un verdict ; les éléments d'appréciation me feraient défaut pour résoudre cette grave question. Je ferais de la justice humaine et ce n’est pas toujours la justice! |