‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 93 sur 271 · PUR · texte numérisé non relu

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suggestible. On n’a pas tenu compte de ce fait en l'étudiant; on a créé ainsi de toutes pièces des symptômes qui n’ont que par suggestion le caractère de précision qu'on leur attribue.

Telles me paraissent être, par exemple, les zones hystérogènes. La région ovarienne est considérée comme la zone de prédilection ; elle serait souvent le point de départ de l'aura. En pressant cette région en un point déterminé par l'intersection de la ligne horizontale des épines iliaques antérieures et supérieures et dela ligne perpendiculaire qui limite latéralement l’épigastre, on déterminerait une vive douleur avec irradiations vers le creux épigastrique, quelquefois sensation de globe hystérique, et strangulation, qui peut dégénérer en vraie attaque convulsive.

Certainement le fait est exact; mais la localisation pré-

cise à la région ovarique de l’aura douloureuse me paraît

exagérée. M. Féré aurait même constaté deux fois pendant la grossesse un déplacement des points douloureux dits ovariens qui subissaient un mouvement d’ascension proportionnel au développement de l’utérus gravide et, après l’accouchement, il aurait constaté la descente des mêmes points douloureux encore proportionnelle à l’involution utérine.

Voici ce que j'ai toujours observé chez les hystériques. Elles présentent en général une douleur abdominale très vive spontanée ou à la pression, soit d’un côté, soit des deux, ordinairement prédominante d’un côté. Cette douleur est en effet souvent plus vive à la partie inférieure de l'abdomen. D'autres fois, moins souvent peut-être, c’est à la partie supérieure et même au niveau des dernières côtes qu’elle a son maximum d'intensité. Elle est d'ordinaire assez diffuse dans l’abdomen et rarement localisée dans un point. Si on comprime cette région douloureuse, la douleur s’exagère et peut engendrer les phénomènes de l’aura plus ou moins développés jusqu’à l’attaque complète. Quelle que soit la

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partie delarégion douloureuse qu’on coriprime, les mêmes phénomènes se manifestent ; je n’ai pas constaté que le point ovarique fût plus hystérogène que les régions avoisinantes. Pour peu que l'abdomen soit un peu sensible chez les hystériques, et alors même qu’il ne l’est pas spontanément, on peut chez la plupart créer des points hystérogènes ad libitum. Je fais souvent l'expérience suivante sur les hystériques qui entrent dans mon service; elles se plaignent d’une douleur abdominale. Je leur dis : « Je vais toucher l’endroit qui vous fait mal, » et je comprime la région sus-ombilicale en disant : « Là est la douleur. » Le sujet en effet pousse des cris, accuse une sensation très vive avec irradiations épigastriques, oppression, injection de la face. Si j'insiste, une ébauche de crise ou une crise complète peut éclater. Je touche alors le point ovarique en disant aux assistants : « [Ici je peux presser aussi fort que je veux; voyez : il n’y a pas de douleur. » Et en effet, Je comprime profondément; le sujet ne manifeste rien. D’autres fois, c’est au niveau des derniers espaces intercostaux que Je crée la zone hystérogène. Enfin chez les hommes hystériques ou névropathes, j'ai l'habitude de créer aussi par suggestion une pseudo-ovarialgie qui éveille par compression une série de symptômes hystériformes. Je ne voudrais pas conclure que l’ovaire ne puisse être le point de départ de l’hystérie, ni que la région ovarique ne puisse être particulièrement douloureuse et hystérogène, j’affirme seulement que son rôle a été exagéré et que l’ovarialgie nettement localisée peut être dans certains cas un phénomène de suggestion médicale,

Outre l’ovaire, on a décrit d’autres zones hystérogènes, sur le tronc, au niveau du sternum, vers l’un des espaces intercostaux, au voisinage du sternum, au-dessous de l’extrémité externe de la clavicule, au-dessous des seins, dans les glandes mammaires, sur certaines apophyses épineuses cervicales et dorsales, ou leurs gouttières, à la partie cen-

trale des flancs, au pli de l’aine sur la tête, aux membres,au pli du coude, au creux poplité, aux malléoles, etc. Ces zones, variables chez les divers individus, sont, comme on voit, excessivement nombreuses. La vérité est qu’elles n’ont rien de précis. Les hystériques ont des points douloureux ou des hyperesthésies diffuses; et la pression de toute résion douloureuse chez les hystériques peut réveiller des manifestations hystériques. De plus, on peut chez la plupart créer des points douloureux à volonté. Je presse un point quelconque du corps en disant : «Ici vous n’avez pas mal. » Le sujet n’exprime rien. Je presse un autre point en disant ; « Ici vous avez très mal. » Le sujet pousse un cri, se renverse en arrière et peut réaliser l’aura, la constriction épigastrique, la boule et quelquefois la crise complète. On peut créer chez beaucoup d’hystériques des zones hystérogènes suggestives, Comme on peut créer chez les hypnotisables des zones hypnogènes suggestives.

On ne saurait croire combien chez les névropathes et les hystériques on est exposé à faire de la suggestion inconsciente; on crée des névralgies, on crée des zones hystérosènes, des zones hypnogènes, on crée de l’anesthésie, on crée même des antécédents morbides illusoires, on extériore sur le malade ses propres conceptions, on fabrique une observation avec les idées préconçues qu’on a dans l’esprit; car le cerveau des névropathes souvent suggestible et malléable à l'excès, traduit en sensations réelles ou en souvenirs toutes les impressions qu’on y dépose. Vous avez vu dans mon service ce jeune homme atteint de névrasthénie consécutive à l’influenza ; il est très suggestible et hypnotisable. La première fois que je l’ai vu, je lui ai dit : « Vous allez dormir. » Immédiatement ses paupières se sont closes, agitées d’un mouvement vibratoire; il était en sommeil profond avec anesthésie, hallucinabilité, amnésie au réveil. Vous avez vu qu’à l’état de veille je puis créer chez lui des points douloureux à volonté, je puis en l’interrogeant créer facile-

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