CRISES D’HYSTÈRIE COUPÉES PAR SUGGESTION
rence inconsciente. Je l’avais déjà hypnotisée antérieurement à plusieurs reprises. Je lui dis : « Je vais vous endormir pour arrêter cette crise ; vous n’avez plus de douleur, vous n’étouflez plus, vous respirez bien. Vous dormez profondément. » En deux minutes, les convulsions cessent et la malade dort d’un sommeil calme. Alors je dis : « Dans cinq minutes, vous vous réveillerez, comme du sommeil naturel, vous ne serez nullement fatiguée et vous ne vous souviendrez même pas que vous avez eu une crise. » Au bout de quelques minutes, en effet, ses yeux s'ouvrent; et elle est toute surprise de me voir, sans aucun souvenir de sa crise. |
Il m'arrive souvent d’enrayer ainsi instantanément ou en peu de minutes, les crises d’hystérie qui se développent en ma présence dans mon service d'hôpital; 11 me suffit en général de dire : « C’est fini. La crise s’arrête. Réveillezvous. » Ou bien Je dis aux personnes présentes : « Vous allez voir comme elle va se réveiller. » S'il y a douleur épigastrique ou constriction laryngée, jJ'applique la main sur la région douloureuse et je dis : « J’enlève la douleur; vous respirez bien. C’est tout à fait fini. » Il est rare que la suggestion n'arrive pas à mettre fin très rapidement à la crise. Quand on à réussi une première fois à l’enrayer, avec plus ou moins de facilité, on réussit en général beaucoup plus vite et plus aisément à chaque accès ‘ultérieur.
Dernièrement, je faisais avec quelques confrères de l’Hôtel-Dieu, à Paris, quelques expériences qui ont eu dans la presse politique un trop grand retentissement. Une hystérique du service de M. Mesnet, à la suite d’une discussion avec une autre hystérique, fut prise d’un accès intense, se roulant à terre, se débattant dans les grandes convulsions. Les élèves présents n’arrivaient pas à la maintenir. J’eus peine à l’approcher, tant elle s’agitait avec violence, Je dis à haute voix : « Dans une minute elle se réveillera et tout sera fini. Elle sera très bien ». Au bout d’une minute,
en effet, elle était debout. L'accès était coupé. L'autre malade ayant eu par imitation une crise de sommeil hystérique fut réveillée de même par simple affirmation par le D' Dumontpallier. Cette pratique est devenue usuelle dans mon service. Mes internes et mème les sœurs arrêtent par
, suggestion les crises hystériques qui se développent dans
mes salles.
Un de mes confrères de l’armée, qui avait assisté à une lecon où j’exposais ces faits, vint me raconter que le lendemain même il avait réussi par le même procédé dans un cas absolument semblable au premier que j'ai mentionné. Voici le fait, tel qu’il m'a été communiqué par mon confrère. X.., âgé de vingt-deux ans, est entré au service militaire le 13 novembre 1889. De bonne constitution, d’un tempérament nerveux, X... raconte qu’il a joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de dix ans, époque à laquelle il eut la danse de Saint-Guy, limitée au membre supérieur gauche,
et caractérisée par des sautillements et des mouvements
bizarres qui durèrent trois mois environ. Peintre ‘en bâtiments, il eut à trois reprises, en trois ans, des coliques de plomb, chaque atteinte exigeant un traitement de ‘près de. quatre semaines sans accidents consécutifs. Sa mère, morte en 1885, était d’un tempérament nerveux et aurait même eu quelques accès francs d’hystérie.
Le jour du tirage au sort, 13 janvier 1839, à dix heures du soir, alors qu'il était à table et dinait paisiblement en famille, il se sentit indisposé subitement. {Il ressentit une constriction vive dans tout l’abdomen, fut pris de convulsions, perdit connaissance, son corps devenant alors et res= tant raide. L’accès dura une heure. Au conseil de revision, il ne présenta aucune réclamation, d'abord parce qu’il ne se croyait pas malade, n’ayant eu qu’un accès qu’il taxa de
crise nerveuse; de plus, il pensait être exempté du service
militaire et classé dans la disponibilité, comme ayant un