CRISE D'HYSTÉRIE ENRAYÉE
frère présent sous les drapeaux. Il n’en fut rien : enfant paturel, son frère ne pouvait lui procurer l’exemption.
Il fut vivement contrarié; il se marie le 1* juin; les crises réapparaissent ; il eut cinq crises jusqu’à son entrée au corps, tantôt le jour, tantôt la nuit. Les dernières seraient passées inaperçues si sa femme ne le lui avait dit à son réveil.
Il est très intelligent; il a fréquenté l’école primaire jusqu’à dix ans, et à sa sortie obtenu le certificat d’études primaire. Son capitaine donne d'excellents renseignements sur son compte et n’hésite pas à dire qu’il est le meilleur troupier de sa compagnie : c’est un garçon sur qui on fonde des espérances et qui est destiné à devenir un sous-officier aussitôt que possible. |
Le premier accès constaté au corps se produit le 6 février 1890 ; après trois mois de service, il venait de se lever et avait été chargé de balayer la ‘chambre. Tout d’un coup le balai lui échappe des mains; ses doigts sont pris de mouvements de flexion et d'extension involontaires sur lesquels il appelle l’attention de ses camarades auxquels il dit: « Voyez donc ce qui m'arrive, » puis au même moment on s aperçoit qu'il se raidit et chancelle. On le soutient et on le porte sur son lit. Vers neuf heures et demie, appelé par un de ses camarades, j'arrive près de lui. Il est couché dans la position horizontale, les membres immobiles, dans un état de raideur absolue, la face pâle, les paupières fermées, l'œil insensible à la lumière, la physionomie d'un dormeur calme, étranger à tout ce qui se passe autour de lui : la sensibilité a disparu. Voyant X... pour la première fois, ses camarades me donnent quelques renseignements sur la modalité de l’accès, qui me permirent de porter le diagnostic de contracture hystérique. Je résolus de réveiller le malade par simple suggestion, d’après la pratique que j'avais entendu exposer la veille à M. le profésseur Bernheim. « Je suis, lui-dis-je, le médecin de votre
régiment qui vous porte intérêt et qui vient vous donner des soins, car vous avez eu une défaillance ; vos mains sont
fermées ; vos bras sont raidis ; je les frictionne pour leur
rendre leur jeu normal. Vous allez déjà mieux ; j'ouvre
vos doigts ; je puis fléchir les poignets, ployer le coude, la
jambe, la cuisse ; vous allez bien. Toute trace de raideur a
disparu. » Puis je terminai en m'adressant à ses camarades
de chambre : « Vous allez voir, il se réveille. » Ce qui fut
dit, fut fait, au grand étonnement des personnes qui m'en-
touraient ; les paupières commencent à être agitées de
mouvements fibrillaires, elles clignotent, s'entr'ouvrent et
le malade est réveillé. Il est très étonné de voir tant de monde près de lui, se demande pourquoi il est couché: il
y a amnésie icomplète. Je lui adresse quelques questions auxquelles il ne répond pas, tant son effarement est grand
et ce n’est que quand je lui dis qu’il avait été indisposé,
que maintenant il allait bien et pouvait me répondre, que
j'obtins de lui quelques renseignements.
Le lendemain, je le vis après l’exercice et il me raconta ce que J'ai rapporté plus haut.
Le 15 février, nouvel accès. auquel je n’assistai pas. Le 19, nouvel accès caractérisé par une simple défaillance sans convulsion. Le malade fut envoyé à l’hôpital sur l'avis du médecin en chef, en vue d’une réforme. |
Telle est l’observation qu'a bien voulu me communiquer mon confrère. Je l’ai relatée avec des détails précis. Vous voyez que le réveil par suggestion des hystériques peut être obtenu aisément par tous ceux qui savent manier la suggestion. Ce que je fais, tout le monde peut le faire.
On ne fit pas chez ce soldat de tentative de suggestion, pour prévenir le retour des crises, ce qui eût été sans doute facile. Mais une circulaire ministérielle interdit aux médecins de l’armée les pratiques hypnotiques, eussentelles un but thérapeutique.
Il y a cependant des sujets qui par esprit de contradic-