CHAPITRE XIX
De la thérapeutique suggestive. — Son mécanisme dans les maladies fonctionnelles et organiques. — Rôle du dynamisme dans celles-ci.
— Guérison des lésions par restauration fonctionnelle. — De la suggestion dans Fhystérie, dans les neurasthénies héréditaires et acquises, dans Thypocondrie, dans les maladies mentales, dans Tépilepsie, la chorée, la tétanie, le tétanos, les névralgies, les névroses diverses, dans la paralysie agitante, dans la morphinomanie, l'alcoolisme, les aberrations et l'impuissance génitales, le rhumatisme. — De la psychothérapie appliquée aux maladies organiques du cerveau, de la moelle, des voies digestives et respiratoires, aux pyrexies, etc.
— Conditions adjuvantes de la suggestion.
Nous voici arrivés dans le domaine de la thérapeutique. Déjà, dans les chapitres précédents, nous avons vu que le médecin peut utiliser la suggestion dans un but curatif : il peut, en s'adressant à l'organe psychique, centre moteur de tous les organes, de toutes les fonctions, modifier ces organes et ces fonctions dans un sens utile au malade. De même que sur l'organisme sain, on peut produire par suggestion de la douleur, de l'anesthésie, de la contracture, de la paralysie, de la toux, de l'éternuement, des nausées, du sommeil, on peut augmenter, diminuer, pervertir les diverses fonctions, de même on peut souvent sur l'organisme malade, supprimer la douleur, augmenter la force musculaire, résoudre la contracture, dissiper les nausées et les vomissements, calmer la toux, remplacer l'insomnie par le sommeil.
C'est, dira-t-on, une médication purement fonctionnelle. Supprimer une douleur, calmer une toux, ce n'est pas sup-
primer la maladie qui engendre ces symptômes. Vous donnez au malade l'illusion d'une guérison, comme vous lui donnez des illusions sensorielles; vous le trompez; mais la réalité, plus forte que l'apparence, se chargera de le désillusionner ; vous n'avez aucune action directe sur la maladie.
Il est vrai que la suggestion est une thérapeutique presque exclusivement fonctionnelle. Mais le champ est vaste des maladies purement fonctionnelles, dans lesquelles l'altération organique n'existe pas ou du moins est dominée par le désordre purement fonctionnel. Les névroses de toute espèce, l'hystérie, la neurasthénie, les crampes, la tétanie, la toux nerveuse, les vomissements nerveux, la gastralgie, beaucoup de douleurs, l'insomnie, etc. , ne reconnaisseat pas de lésion appréciable; si une lésion existe, comme cela est probable, cette lésion est souvent compatible avec un fonctionnement normal de l'organe. Une frayeur qui donne lieu à un tremblement ou à une névrose, une émotion morale qui produit de l'insomnie et des vomissements, un traumatisme léger qui détermine une contracture, ont agi sur la fonction avant d'agir sur l'organe. Une thérapeutique assez puissante pour restaurer la fonction, eu neutralisant le choc psychique ou la sensation douloureuse périphérique locale qui entretient le désordre, sera par cela même une thérapeutique efficace; la plupart des névroses sont justiciables de la psycho-thérapeutique. Un malade, à la suite d'une chute, a une douleur dans la jambe ; cette douleur, perçue par le sensorium, réagit par un acte réflexe cérébral ou cérébro-spinal sur les nerfs moteurs de la jambe et détermine une contracture. La suggestion annihile la douleur ou l'empêche d'être perçue : on conçoit qu'elle puisse ainsi empêcher la contracture réflexe de se produire. Sans doute la contracture peut persister alors même que la douleur a disparu ; elle peut être entretenue par un réflexe purement spinal. L'élément excito-moteur de la moelle,