POINTS DOULOUREUX DANS LA SCIATIQUE
tentiondu malade, je ne les constate pas ; je presse le point fessier, le point trochantérien, les points poplité, rotulien, péronéo-tibial, sans déterminer de douleur particulièrement intense. Seul, derrière la malléole externe, je la réveille ; mais je la réveille aussi bien derrière la malléole interne. Si maintenant je procède en appelant l'attention du malade, je crée un point douloureux très intense et qui fait pousser des cris, sur le trochanter, sur la face externe de la cuisse, sur l'os tibia, etc., dans des régions qui ne correspondent pas au trajet du nerf ; ces points, je les crée ad libitum ; ils ne correspondent pas non plus au trajet des branches émanant du sciatique. Sans doute, d'autres fois, quelques-uns de ces points existent; mais je n'ai jamais constaté la précision classique, telle qu'elle figure dans les livres. Il m'a semblé que la sciatique, plus peut-être que les autres névralgies, crée autour d'elle par une sorte d'auto-suggestion douloureuse, un champ diffus et mal délimité de douleurs purement dynamiques au milieu duquel la douleur organique correspondant au nerf sciatique lui-même n'est pas toujours facile à démêler.
Voici, d'autre part, une jeune fille qui avait depuis huit mois une contracture douloureuse du bras droit consécutive à un abcès douloureux de la bouche. Son médecin ayant essayé en vain tous les traitements possibles, ayant constaté que le nerf brachial était particulièrement sensible à la pression, l'avait adressée à mon collègue Gross pour demander son avis sur l'opportunité d'une élongation du nerf, dans l'hypothèse d'une névrite. Mon collègue jugea après examen qu'il s'agissait d'une simple névrose, et me l'adressa. Je constatai en effet chez elle que la localisation delà douleur sur les nerfs du plexus brachial était un pur effet de suggestion médicale. Je pus presser vivement les nerfs en affirmant au préalable à la malade que la région que je touchais n'était pas douloureuse. Je pus, d'autre part, en touchant le pectoral ou les muscles de la
nuque, localiser la douleur à volonté, par affirmation. Je touchais tel point arbitraire en dehors de la sphère du plexus brachial ou cervical et faisais pousser des cris à la malade, en disant : ce Voici le nerf douloureux. » Si je pressais au contraire les nerfs brachiaux et disais : « Ici, il n'y a pas de douleur, » la malade ne réagissait pas. C'était une névrose douloureuse que la suggestion guérit en trois jours.
Je ne multiplierai pas les exemples, ils se trouvent dans nos observations. On ne saurait croire combien chez les nerveux et les névropathes, on est exposé à faire de la suggestion inconsciente, on crée des névralgies, ou on les perfectionne, on transforme une douleur quelconque de tête en casque neurasthénique, on fait de la rachialgie, de l'épigastralgie,de l'anesthésie, on crée même par l'interrogatoire suggestif des antécédents morbides illusoires, on extériorise sur le malade ses propres conceptions, on fabrique une observation avec les idées préconçues qu'on a dans l'esprit, car le cerveau des névropathes souvent suggestible et malléable à l'excès traduit en sensations réelles ou en souvenirs toutes les impressions qu'on y dépose.