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SUGGESTION DANS L'HYSTERIE

plus rien; je crus à une myélite incurable. La sœur agissant doucement, laissant la malade déraidir elle-même ses muscles et l'encourageant sans la violenter, fit ce que je n'avais pu faire.

Il est rare, je l'affirme, que la suggestion hypnotique n'arrive pas à débarrasser les malades des principales manifestations de l'hystérie, Les grandes crises cèdent quelquefois, comme par enchantement, à un petit nombre de séances; si elles résistent quelque temps, avec de la persévérance, on en vient toujours à bout, surtout si on peut suivre les sujets, diminuer leur impressionnabilité nerveuse, réprimer des crises imminentes, au moment où elles veulent se produire. J'ai entendu dire à un de nos jeunes psychologues les plus distingués de l'école de Paris : « Vous ne guérissez pas l'hystérie; vous substituez à la crise de convulsion hystérique la crise de névrose hypnotique. Mais aussitôt que vous cessez de provoquer celle-ci, la première reparaît. » Ceci est une vue de l'esprit, créée par l'idée préconçue que l'hypnose est une manifestation de l'hystérie. Je suis depuis vingt ans nombre de grandes hystériques qui sont restées guéries bien que je cesse de les soumettre à l'hypnotisme, et même à la suggestion.

D'ailleurs, depuis que ceci était écrit dans ma précédente édition, on a vu queje n'attache plus d'importance à l'hypnotisme, c'est-à-dire à la provocation du sommeil. J'arrive à enrayer les crises sans cherchera endormir le malade. Voici comment je procède aujourd'hui : j'essaie de faire une crise et je réussis le plus souvent en créant une zone hystérogène douloureuse, comme je l'ai relaté plus haut; en réveillant en même temps l'émotivité spéciale hystérogène du sujet. La crise évoluant dans toute son intensité, je l'arrête par suggestion. Gela fait, j'affirme que maintenant il ne pourra plus faire sa crise; je comprime de nouveau sa région hystérogène, je réveille de nouveau son émotivité, tout en défiant la crise d'aboutir. Le sujet inter-

loque et impressionné peut avoir une ébauche de sa crise, un commencement de boule, un commencement de constriction; mais, dynamogénié par ma stimulation morale et mon assurance, il la maîtrise inconsciemment; il apprend à faire l'inhibition; et en continuant cet apprentissage pendant plusieurs jours, il sait, il sent que toute cette fantasmagorie nerveuse irrésistible ne peut plus rien sur lui. Je n'ai pas fait d'hypnotisme; j'ai fait de la suggestion inhibitoire : j'ai fait l'éducation de la volonté.

Si les crises d'hystérie sont en général faciles à déraciner par ce procédé suggestif, il est d'autres symptômes de l'hystérie qui peuvent être rebelles. Telles quelquefois une douleur, une contracture, une anesthésie, l'œsophagisme, la toux nerveuse, le hoquet nerveux, etc. Ces hystéries locales sont souvent plus opiniâtres que l'hystérie générale par accès. Toutes les suggestions verbales, hypnotiques, ou matérialisées dans une pratique, massage, électrisation, etc., peuvent successivement échouer. Le sujet maintient son symptôme envers et contre tout. Il se laisse hypnotiser, suggestionner, électriser, mais il ne se laisse plus influencer. Il accepte passivement ce qu'on dit et ce qu'on fait; mais il se suggère à lui-même que cela ne sert à rien; il est cuirassé contre toutes les médications suggestives et autres; plus on s'acharne après lui, plus il s'affirme inconsciemment ou sciemment que c'est peine perdue, l'impression auto-suggestive est plus forte que celle qu'on cherche à produire.

Dans ces cas, je cesse de harceler le malade; j'ai Fair de ne plus m'occuper de lui ; je dis que cela se passera tout seul; je le traite avec une indifférence affectée, lui témoignant ainsi que je n'attache aucune importance à ses troubles. C'est encore, après tout, une manière de faire de la suggestion qui réussit parfois; car l'esprit humain est chose éminemment complexe ; il se connaît si peu lui-même et qui pourrait se flatter d'en déchiffrer tous les détours !

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Ceci nous amène à la neurasthénie. On peut dire que l'hystérie est d'autant plus docile à la suggestion, d'autant plus facile à guérir qu'elle est plus franche, plus classique.

Il en est autrement des symptômes neurasthéniques greffés sur l'hystérie ou des neurasthénies sans hystérie. Ici, il importe d'établir des distinctions. La neurasthénie est acquise, ou héréditaire locale ou diffuse. Acquise et locale, c'est par exemple une douleur, une oppression, une céphalée, un trouble fonctionnel quelconque, greffé sur une lésion organique guérie ou légère, ou sur une cause fortuite dont le retentissement nerveux psychique seul persiste. Un choc sur l'épigastre peut, sans lésion, laisser à sa suite une douleur, une constriction, de la dyspepsie. Une angine et laryngite granuleuse légère engendrent une sensation de gêne, de picotement, de strangulation, d'étouffement permanente et obsédante. Une blessure au bras, guérie sans trace, entraîne de la parésie, de la douleur persistantes. Une douleur thoracique provoque des battements de cœur, de l'anxiété. Sur cette neurasthénie locale viennent se greffer souvent des symptômes nouveaux, des réactions lointaines; la névrose se diffuse. C'est de la neurasthénie locale acquise, généralisée; vertiges, obnubilations, points et irradiations douloureuses, troubles gastrointestinaux, concentration triste, etc.

D'autres fois, cette neurasthénie acquise est d'emblée diffuse et générale. Les émotions morales, la fatigue intellectuelle, l'anémie, la dyspepsie, les maladies de l'utérus, de la vessie, de l'estomac, le saturnisme, l'alcoolisme, l'arthritisme, la fièvre typhoïde, l'influenza, etc., peuvent être le point de départ de ces troubles nerveux généraux. Sans doute, alors même que ces neurasthénies sont acquises et non héréditaires, elles se développent sur un terrain d'une impressionnabilité native spéciale. Si la suggestion ne peut modifier complètement cette impressionnabilité, elle peut cependant, le plus souvent, en répri-

mer les écarts morbides ; nous verrons, dans nos observations, de nombreux cas de guérison de neurasthénies locales ou diffuses, acquises, guérisons ou améliorations, rapides ou progressives, à condition que la maladie ne soit pas trop invétérée, qu'elle ne soit pas devenue par l'habitude une modalité incarnée dans les centres nerveux, à condition qu'elle ne soit pas liée à une évolution infectieuse. 11 est nécessaire que le clinicien sache discerner de bonne heure dans le cortège des maladies diverses ce qui est perturbation nerveuse dynamique et ne la laisse pas s'enraciner dans l'organisme. Ceci ressortira avec évidence de la lecture de nos observations.

La neurasthénie peut être fatale, si je puis dire, héréditaire et diffuse. Ils sont innombrables ces malheureux martyrs de leur système nerveux, dont la vie est un long supplice. On a décrit une névropathie cérébro-cardiaque, une faiblesse irritable, une irritation spinale, etc. En réalité, chaque malade constitue un type morbide, ou plutôt plusieurs types morbides, car sa physionomie varie chaque jour. Troubles cérébraux : vertiges, migraine, photophobie, obnubilation visuelle, bruits subjectifs dans les oreilles, apathie, excitation, céphalée ; troubles spinaux : rachialgie, douleurs fulgurantes, fourmillements, engourdissement, sensation de froid, de chaud, de picotement, indéfinissables, parésie, tremblements, secousses, soubresauts ; troubles nerveux périphériques : névralgies, points douloureux, crampes musculaires, sueurs locales, congestions et éruptions cutanées; troubles viscéraux : dyspepsie, pneumatose, dilata tion d'estomac, gastéro-entéroptose de Gléuard, troubles cardiaques et respiratoires, battements de cœur, synoope, oppression, respiration haletante, pseudo-asthme, pseudoangine de poitrine ; troubles menstruels : dysménorrhée, aménorrhée, métrorrhagies ; troubles psychiques, peurs, obsessions, difficulté de penser, agarophobie, cauchemars nocturnes, etc. La liste est inépuisable des manifestations

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multiples, complexes, variables qui s'acharnent avec plus ou moins d'intensité sur ces malheureuses victimes, au désespoir de leur famille et de leurs médecins. Chez quelques-uns, le tableau est moins chargé ; tous les degrés existent. Les manifestations sont limitées à quelques régions du domaine nerveux ; elles sont supportables, elles laissent des moments de répit.

Quand cette neurasthénie est héréditaire, quand elle est due à une conformation vicieuse native du système nerveux, alors, il faut avoir le courage de le dire, elle est le plus souvent incurable. Les maladessont quelquefois difficiles à suggestionner. Leur cerveau est obsédé par des impressions si nombreuses ou si tenaces, psychiques, seusitives, sensorielles et viscérales, qu'il est souvent rebelle à toute suggestion, malgré leur docilité, leur bonne volonté, leur désir de se laisser endormir et de guérir ; leur système nerveux peut offrir une résistance invincible à toutes les tentatives pour l'influencer. Il en est qui sont impressionnables à Thypnose et, cependant, bien que tombés en hypnose profonde, ils ne sont pas toujours dociles à la suggestion thérapeutique. Quelquefois, on arrive à calmer momentanément leurs manifestations ; on supprime les douleurs et divers troubles nerveux. Il y a une amélioration notable ; on a l'espoir d'une guérison plus ou moins complète. Cette amélioration peut être durable, entretenue par une suggestion prolongée ou répétée. C'est beaucoup. Chez d'autres le soulagement n'est que momentané. Bientôt l'auto-suggestion reprend tout son empire, le mal reparaît dans toute son intensité, les malades et le médecin perdent confiance dans le traitement suggestif ; les malheureux courent d'un spécialiste à l'autre, promènent leur misère dans toutes les eaux minérales, vont de l'hydrothérapie au massage, de l'homéopathie à la dosimétrie ou aux granules Mattei. Une amélioration passagère se produit parfois sous l'influence d'un de ces traitements ; une rémis-

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sion pinson moins longue se manifeste, post hocoxxpropter hoc, suivie» d'une rechute ! Voilà la triste odyssée de nombreux névropathes, de par la loi fatale de ['hérédité ! La seule chose que je constate, hélas ! c'est que, quand la suggestion est impuissante, tout est impuissant.

De la neurasthénie à l'hypocondrie, il n'y a qu'un pas; lune peut engendrer l'autre. Le neurasthénique conserve son intelligence intacte, en dépit des sensations qui l'obsèdent et la voilent ; il sait que ces troubles sont purement nerveux, il ne peut les secouer. L'hypocondriaque a l'intelligence atteinte ; il a des conceptions erronées, il ratlâche ses sensations à des lésions organiques et il ne peut ètredétrompé.

Il est difficile parfois de différencier la neurasthénie d'avec L'hypochondrie. Il est des cas intermédiaires ; il n'y a pas toujours de démarcation absolue. Voici un homme de quarante ans impressionnable, qui s'est bien porté jusqu'il y a quatre mois. Alors, peut-être sous l'influence du tabac qu'il est habitué à chiquer, il ressentit, une sensation de gène laryngée. Cette gène augmenta progressivement et dégénéra en sensation déloulïement. Lorsqu'il UOUS arriva, Cet homme ne pouvait plus faire quelques pas sans être obligé de s'arrêter et de se recoucher, il croyait avoir un corps étranger dans le larynx; il tousse et avale sa salive pour le [aire descendre ; il a en même temps des sensations douloureuses vers les muscles sterno mastoïdiens avec coups de marteau versla nuque el de l'anxiété précordiale. C'est une véritable obsession qui empoisonne son existence, il ne pense qu'à sa gorge : sa main et sa pensée s'y dirigent sans cesse. Il ne peut plus manger; tout reste accroché, dit-il. C'est une neurasthénie laryngée, ou une hypochoudrie liée à une sensation laryngée, peut-être à quelques granulations de la muqueuse. Tous les autres organes fonctionnent bien. Cet homme arrive facilement en hypnose profonde avec amnésie au réveil. En continuant avec patience la sug-

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