La malade continue à marcher assez bien ; ce qu'elle
ne pouvait faire auparavant. Mais elle a mal dormi la nuit ; deuxième suggestion.
22. — N'a presque pas ressenti de douleurs pendant la nuit et se sent bien mieux en marchant ; l'allure est assez rapide. Continuation de la suggestion.
25. — La malade dort bien, ne souffre plus et continue à marcher d'une façon satisfaisante.
31. — Les suggestions ont été supprimées depuis le 26 janvier. La malade se plaint aujourd'hui d'une sensation de fièvre avec douleurs dans les jambes, comme si on les brûlait avec des charbons. Suggestion.
1er février. — S'est bien trouvée hier dans l'après-midi et la nuit.
3. — La malade a de nouveau ressenti ses douleurs et a mal dormi. Cependant elle marche bien.
4. — Se plaint encore. On prescrit une couche de collodion sur les jambes, en suggérant que cela achèvera de dissiper la douleur.
6. — N'a plus eu de douleurs depuis l'application de collodion. A eu son époque hier entre six et sept heures du soir : elle était supprimée^depuis sa chute.
7. — On entretient le collodion. Va bien ; n'a plus de douleurs ; dort presque toute la nuit.
1er mai. — La malade reste au service. On ne s'occupe plus d'elle. Elle continue à marcher très bien ; mais se fatigue rapidement quand elle a marché pendant un quart d'heure. L'état actuel est redevenu ce qu'il était au mois d'août, avant sa dernière chute ; il reste la fatigue rapide, l'hyperesthésie de la jambe gauche à la pression du tibia ; et de plus, l'hyperesthésie de la jambe droite symétrique développée par fatigue, dit-elle, depuis deux ans. Je fais appliquer de nouveau, le lo mai, ducollodion, promettant à la malade que cette application enlèvera complètement la douleur au moins du côté droit où elle est plus récente. En effet, les jours suivants, la douleur à la pression a diminué ; mais elle ne disparait pas complètement, malgré la suggestion. Elle existe, cette douleur, depuis vingt-six ans ; la malade est absolument convaincue qu'on ne peut pas la lui enlever ; elle fait partie d'elle-même. Peut-être pourra-t-on l'enlever à droite ? De même la sensation de faiblesse du bras gauche persiste; la malade serre le dynamomètre jusqu'à lia gauche, jusqu'à 41 à droite.
Elle n'a plus d'ailleurs aucune douleur spontanée aux
membres ; elle marche très bien, mais ne supporte pas la fatigue.
En résumé, hyperesthésie dans la jambe gauche, consécutive à une chute, sans lésion, datant de vingt-six ans, avec faiblesse musculaire du bras. A la suite d'une nouvelle chute et d'un hygroma consécutif du même côté, exacerbation de la douleur de la jambe gauche ; depuis deux ans, hyperesthésie symétrique de la jambe droite. La malade marche très difficilement pendant trois mois, depuis l'accident, et ne peut le faire sans s'appuyer contre un objet. La fonction de locomotion est rapidement restaurée par la suggestion ; l'hyperesthésie à la pression des jambes persiste.
Voici donc une simple contusion qui guérit et laisse après elle une hyperesthésie du tibia gauche, une sensation de fatigue dans le membre et un affaiblissement musculaire du bras gauche. Aucune lésion ne justifie cette hyperesthésie persistante, ni cette sensation musculaire qui subsiste depuis vingt-six ans. Le sensorium a retenu ces impressions, les a incarnées en lui, les extériorise sur le tibia, et ces impressions purement subjectives, purement psychiques, sont si enracinées que la suggestion n'y peut plus rien. La malade ne se laisse pas désuggestionner cette hyperesthésie; elle a son siège fait; on a beau lui dire : elle sait bien que cette douleur ne peut pas disparaître, elle se la suggère inconsciemment depuis vingt-cinq ans.
Ce qui montre bien la tendance de son système nerveux à fixer certaines impressions qu'il perçoit, c'est la nouvelle névrose traumatique datant d'août J890. A la suite d'un simple hygroma traumatique, la douleur de la jambe s'exacerbe, la malade ne peut plus marcher qu'en se cramponnant et en se traînant douloureusement et très lentement; une hyperesthésie s'est développée dans l'autre
jambe. La suggestion restaure vite la marche. Les douleurs restent rebelles.
Il est possible que la psychothérapie instituée il y a vingt-six ans eût prévenu ce résultat, enlevé l'hyperesthésie, restauré la force musculaire, déraciné du sensorium les impressions qui s'y sont localisées depuis, et une lésion insignifiante qui a guéri n'eût pas engendré une infirmité incurable.
Observation VIII. — Névrose traumatique du membre supérieur avec symptômes de neurasthénie diffuse datant de vingt ans. — Action momentanée de la suggestion.
Charles Ch..., âgé de quarante-deux ans, journalier, entre à l' hôpital le 18 juin 1890, pour une névrose traumatique du membre supérieur gauche.
Pendant la guerre de 1870, il reçut une balle en seton à travers les parties molles du bras gauche; on voit les cicatrices à la face interne du bras vers son tiers inférieur. Il ne peut donner aucun renseignement sur ce qui s'est passé ; il aurait perdu beaucoup de sang et a conservé le bras en écharpé pendant deux ans, bien que la cicatrisation fût rapide. Traité en Prusse, il revient au régiment où il resta jusqu'en 1874, comme tailleur, mais faisant peu de chose, car il a toujours conservé depuis une douleur dans le bras et l'épaule. Sorti du régiment, il cassa des pierres sur les routes, métier qu'il a conservé jusqu'à présent ; niais ne pouvait faire de grands travaux à cause d'une sensation de fatigue très douloureuse qu'il rapporte vers la face antéro-interne de Pavant-bras. De plus, douleur vive dans la fosse sus et sous-épineuse. Il était souvent obligé d'arrêter son travail, quelquefois même de suspendre pendant un mois. L'année dernière, par exemple, il essaya de travailler à Jarville du lcv octobre au 1er mars. Vers le mois de janvier, il dut s'arrêter pendant six semaines. Quand il travaillait, il était forcé de mettre une moufle dans la main droite ; cette main est souvent glacée, dit-il, et il ne parvient pas à la réchauffer, malgré les moufles et les mouvements. Depuis le mois de mars il est arrêté définitivement.
Etat actuel. — Constitution primitivement bonne, tempérament nerveux. N'a pas eu de maladies antérieures, si ce n'est
une bronchite en 1879, pendant un mois. Au repos complet, il ne sent pas de douleur. S'il respire fort, il sent « quelque chose » sur le dos de la mnin, au petit doigt, au niveau du radius, sensation douloureuse, comme rhumatismale, dit-il. A la pression on détermine une sensibilité au-dessus du poignet ; vers la partie supérieure du radius, cette sensibilité est plus vive; le malade pousse des cris si on insiste. Sensibilité le long du bord externe du biceps, vers la tête de l'humérus, très vive dans la fosse sus-épineuse, surtout vers sa partie interne jusqu'à la colonne vertébrale. Il peut d'ailleurs exécuter tous les mouvements.
11 accuse en outre la sensation d'un morceau qui monte de l'épigastre au larynx ; cette sensation se répète souvent. Depuis plus de sept ans, la digestion se fait mal; aigreurs, souvent bouche mauvaise. Diarrhée habituelle, dit-il, quatre à six selles par jour, avec coliques ; depuis son entrée à l'hôpital il n'a pas eu de selles.
Il a souvent des douleurs dans la tète, le front et les tempes avec irradiation à l'occiput, douleur pulsatile l'empêchant de marcher. 11 avait cette sensation hier, il ne l'a pas aujourd'hui. Il l'a quelquefois pendant huit jours de suite ; d'autres fois il reste quinze jours sans la sentir. C'est surtout quand il se baisse qu'elle se manifeste.
Souvent aussi, il a une sensation de fatigue à la face interne des jambes : il respire bien; n'a pas de battements de cœur.
Dit avoir des fourmillements, surtout quand il fait froid, dans les deux tiers inférieurs de l'avant-bras droit.
On détermine très facilement par affirmation chez lui un point xiphoïdien et un point rachidien. On détermine aussi une pseudo-ovarialgie par pression sur l'abdomen ; le malade pousse un cri et se tord.
Il n'y a pas d'anesthésie. Au dynamomètre la main gauche presse 37, la main droite 7.
La nuit pendant son sommeil, il dit avoir des cauchemars, des visions de bêtes dans des pays inconnus.
Marié en 1874; il a cinq enfants, ,il ne fait pas d'excès alcooliques. L'examen des organes ne dénote rien d'anormal.
J'endors le malade facilement en sommeil profond et je lui fais la suggestion pendant cinq minutes. Au réveil, amnésie: il est tout étonné au premier moment de n'avoir plus de douleur et cherche dans la fosse sus-épineuse, comme si quelque chose lui manquait. Il pense tout de même que cela ne peut pas
NEURASTHENIE TRAUMATIQUE 383
partir comme cela, que cela reviendra. Au dynamomèfre la main gauche donne 37, la droite 23.
20 juin. — Le mal est en effet revenu, surtout vers l'échiné du dos, dit-il, en dedans de la fosse sus-épineuse. Cependant la douleur est moins forte. Le dynamomètre donne encore 30 à gauche, 27 à droite.
Il dit avoir mal en faisant l'effort pour pousser l'aiguille ; Suggestion hypnotique. Au réveil, il n'a plus de douleur, je prescris l'électrisation du bras et de l'épaule, affirmant que cela le guérira.
21. — N'a plus eu mal dans la journée ; le soir, la douleur est revenue moins intense. Se dit beaucoup mieux ce matin. Au dynamomètre 32 à droite. Le malade demande sa sortie.
Voici donc une simple plaie du bras, n'ayant traversé que les parties molles, parfaitement cicatrisée, qui laisse à sa suite, depuis vingt ans, une douleur avec faiblesse dans le bras, dans l'épaule, dans l'avant-bras, puis des douleurs dans la tète, une sensation de fatigue dans les jambes, des troubles digestifs, c'est-à-dire une névrose traumatique locale sur laquelle se greffent des symptômes de neurasthénie diffuse. La facilité avec laquelle on détermine chez lui artificiellement une douleur xiphoïdienne, une rachialgie, une pseudo-ovarialgie, montre l'impressionnabilité nerveuse du sujet, la nature auto-suggestive de la douleur et de l'impotence fonctionnelle du bras, La suggestion a momentanément enlevé les douleurs et accru considérablement la force musculaire. Mais l'imagination régénère ces sensations, et, pour amener une guérison persistante, il faudrait sans doute, si elle est possible, un traitement suggestif très prolongé.
Aurait-on pu dès le début, prévenir ce résultat? Je le crois. Le fait d'avoir laissé le bras en écharpe pendant deux ans constituait déjà pour le malade une auto-suggestion. A cette époque, il fallait faire de la psychothérapeutique, déraciner de l'esprit du malade l'idée de douleur et la sensation engendrée par l'idée.
La douleur de la névrose traumatique peut s'accompagner de parésie ou d'impotence fonctionnelle du membre sans contracture comme dans les faits suivants :
Observation IX. — Douleurs et impotence fonctionnelle du membre inférieur droit, suite de chute. Guérison par suggestion en quelques jours.
Ch... A ugustine, trente-trois ans, lingère, célibataire, entre à l'hôpital le 9 mars 1889, pour une douleur avec paralysie du membre supérieur droit. A l'âge de seize ans elle a eu un rhumatisme articulaire aigu qui l'a tenue alitée pendant quatre mois, avec battements de cœur. Depuis ce moment elle serait sujette à de l'essoufflement et à des palpitations. En 1884 elle a eu une jaunisse avec fièvre typhoïde qui aurait duré quatre mois. En décembre, à la suite d'une frayeur, elle a eu une crise de nerfs qui dura un quart d'heure avec strangulation, sans perte de connaissance.
Il y a on'ze jours, elle tomba de l'escalier, d'une hauteur de dix-sept marches, sans se faire de mal, car elle put seule remonter et redescendre l'escalier. La chute eut lieu vers six heures du soir. A onze heures les douleurs commencèrent dans le genou et le mollet; puis se propagèrant à la cuisse et aux reins, sans gagner le pied. Le lendemain elle ne pouvait remuer cette jambe droite sur laquelle elle était tombée; elle ne put se lever; les voisins durent s'occuper d'elle et lui donner à manger. Cet état persistant, on se décida à la transporter à l'hôpital.
État actuel (12 mars). — Constitution bonne; tempérament nervo-arthritique. Pouls 80, régulier, égal. Langue un peu chargée. Peu d'appétit. Elle est habituellement constipée, et a après ses repas quelques renvois et aigreurs sans régurgitations. La pointe du cœur bat au cinquième espace sur le bord axillaire antérieur (hypertrophie) ; on perçoit un souffle présystolique et systolique mitral. A l'examen de la poitrine on constate une sonorité normale, à l'auscultation, de l'inspiration rude avec expiration soufflée dans la fosse sus-épineuse droite. La malade est d'ordinaire bien réglée, pas très abondamment ; elle a eu cependant parfois de l'aménorrhée pendant deux ou trois mois.
Les douleurs dans la jambe et la cuisse n'affectent pas un
NÉVROSE ÏRAUMATIQUE 385
trajet ni une localisation précise, mais sont généralisées; elles ne s'accompagnent pas d'engourdissement et de fourmillements; elles n'existent pas au repos, mais se produisent au moindre mouvement et à la pression dans tous les membres.
Le 10 et le 11 mars, avant que la malade n'eût été complètement examinée, j'essaie de l'hypnotiser. Elle est très impressionnable, mais très méfiante; le sommeil est douteux dans les deux premières séances. Cependant les douleurs diminuèrent beaucoup à la suite de la suggestion.
Le 12. — La malade soulève spontanément le pied à environ cinq centimètres du lit, ce qu'elle ne pouvait faire à son entrée. Elle plie bien les orteils, fléchit et étend bien le pied; mais ne peut plier que très peu le genou, et en se tenant le jarret. En ce faisant elle ressent une douleur très vive et la respiration devient haletante. Elle ne peut fléchir la cuisse. Depuis la suggestion d'avant-hier, la jambe n'est plus douloureuse. Mais quand on touche n'importe quel point du jarret, la malade ressent une douleur qui remonte le long de la cuisse sans propagation vers la jambe ou le pied. De plus, hyperesthésie à la pression sur toute la face postérieure de la cuisse, dans la légion lombaire, dans l'aine droite, sur la partie gauche du thorax, dans tout le ventre. On remarque deux petites ecchymoses sur le tiers inférieur de la jambe droite. Pendant l'examen, la respiration de la malade est haletante : sa face est anxieuse : sa jambe tremble. Je l'hypnotise en sommeil profond avec amnésie au réveil.
13. — Même état. N'a pas dormi de la nuit. Continuation de la même suggestion tous les jours.
14. — A passé une bonne nuit. L'hyperesthésie existe encore. 16. — L'hyperesthésie a disparu hier après la suggestion, la
malade a pu un peu marcher. Le sommeil de la nuit est toujours entrecoupé. L'amélioration continue les jours suivants à la suite de chaque suggestion.
21. — La malade va bien, marche bien, dort bien. N'a plus aucune douleur. Ne se plaint plus que des sueurs nocturnes qu'elle avait déjà avant sa chute.
3 mai. • — La guérison se maintient.
La malade dont il s'agit était une névro-arthritique ayant une lésion mitrale d'origine rhumatismale, ayant eu, d'autre part, à la suite de frayeur, une crise d'hystérie.
Bernheim. — Hypnotisme, 2e ôtlit. 25
Cinq heures seulement après la chute, les douleurs se manifestèrent dans les membres avec la parésie. En quelques séances la suggestion rétablit le mouvement, en supprimant la douleur.
La névrose traumatique peut réaliser une contracture persistante : comme dans les faits suivants :
Observation X. — Contracture douloureuse du membre inférieur droit suite d'entorse. — Insuccès de la suggestion. — Trois mois plus tard rétention d'urine qui persiste plus de deux ans. — Contracture du membre inférieur gauche la quatrième année. — Guérison à la suite d'émotions morales après quatre ans et sept mois de durée.
Jeune fille de vingt-six ans. entre vers le mois de novembre 1884, à la clinique chirurgicale pour une entorse tibio-tarsienne droite. M. le professeur Weis lui appliqua un appareil inamovible. Au bout de quelques semaines, ayant enlevé l'appareil, il- constata que le pied était désenflé, mais tout le membre était rigide et douloureux. Il me pria de la voir; il y avait contracture et hyperesthésie excessive au moindre toucher. Nous diagnostiquâmes contracture hystérique développée par le traumatisme. Elle ne présentait d'ailleurs et n'avait jamais présenté aucune autre manifestation hystérique ni anesthésie, ni ovarialgie, ni crises. J'essayai de l'hypnotiser; elle s'y prêta de mauvaise grâce, disant que cela ne servirait à rien : j'arrivai cependant à l'endormir deux ou trois fois en sommeil assez profond. Mais la contracture douloureuse persistait; la malade semblait mettre une certaine malice à démontrer devant les malades du service que cela ne servirait à rien, qu'elle avait toujours mal. Puis après quelques séances, je ne pus plus l'hypnotiser. On lui remit un appareil. Trois mois plus tard, sans aucune cause, comme pour affirmer le diagnostic, elle eut une rétention d'urine, et, depuis ce moment la rétention persiste avec la contracture : il faut la sonder régulièrement trois fois par jour. J'essayai de l'hypnotiser de nouveau; pour échapper à mes obsessions, elle simula le sommeil.
Cependant, la contracture persistante amena une rétraction du tendon d'Achille et un pied bot équin; à plusieurs reprises
CONTRACTURE HYSTERO-TRAUMATIQUE 387
il fallut le chloroformer pour redresser le pied et finalement sectionner le tendon d'Achille. La contracture du genou finit par céder spontanément : celle de la jambe et du pied persiste et un appareil inamovible maintient constamment son pied fléchi.
Contre la rétention d'urine, j'essayai en vain l'intimidation, l'électrisation, les moyens les plus variés. Rien n'y fît. Dans ces derniers temps, j'ai procédé par voie de douceur; je l'ai hypnotisée de nouveau , elle s'y prêtait bien et entrait en sommeil profond sans simulation. Elle est désolée de sa situation, elle voudrait certainement guérir et s'irrite quand on l'accuse d'y mettre de la mauvaise volonté. Au mois de mars de cette année (1886) après que je l'eus plusieurs fois hypnotisée, en cherchant à lui inculquer l'idée qu'elle guérirait bientôt, elle a paru accepter cette idée; elle a même fixé dans son sommeil le jour précis ou elle urinerait spontanément, dans quinze jours, un mercredi. La prédiction ne s'est pas réalisée : la rétention d'urine a persisté.
Il s'agit là certainement, d'une contracture et d'une paralysie psychiques. L'idée enracinée, l'auto-suggestion inconsciente, est telle que rien n'a encore pu la déraciner. Au début du traitement, la malade paraît s'être affirmé que l'hypnotisme ne la guérirait pas. Est-ce cette idée fortement ancrée dans son cerveau qui paralyse nos efforts et son propre désir de guérir?
Les symptômes persistèrent à peu près les mêmes : rétention d'urine et contracture du membre inférieur droit. On dut sonder la malade deux ou trois fois par jour; en vain on voulut l'obliger à se sonder elle-même avec une sonde en verre, elle déclara ne pas pouvoir le faire.
En mai 1887 je laisse à la malade une sonde et je lui dis d'essayer de s'en servir. Je défends qu'on appelle l'interne de garde. Puis je ne lui dis plus rien; mais j'apprends qu'elle arrive à se sonder elle-même et cinq ou six mois après j'apprends qu'elle ne se sonde plus, qu'elle urine seule. Quant à la contracture du membre inférieur droit, elle persiste en dépit de tout; le membre continue à s'atrophier et garde l'attitude du pied bot équin. L'appareil est renouvelé de temps en temps.
Un beau jour, vers janvier 1888, je trouve l'autre jambe (gauche) contracfurée en extension, et cette contracture, sans grande douleur, devient aussi permanente.
Devant l'insuccès de tous les traitements, pensant que l'affection céderait peut-être au temps ou à l'indifférence, je cessai
de m'occuper de la malade, la traitant pour ainsi dire par le mépris. Je passai devant son lit, sans m'y arrêter, sans vouloir l'examiner, haussant les épaules quand elle faisait mine de me demander quelque chose.
La malade devint acariâtre, indocile, se croyant tout permis. La contracture double persistait plus marquée à droite qu'à gauche.
Vers juin 1888, la malade de plus en plus indocile eut une •discussion violente avec la sœur : j'ordonnai qu'on l'envoyât dans la salle des incurables. Elle entra dans une violente colère, alla spontanément au service de chirurgie prier l'interne de lui enlever son appareil, et, à mon insu, quitta l'hôpital, se (raina avec ses membres contractures chez sa sœur qui refusa ■de l'accepter. Elle voulut rentrer à l'hôpital; je ne la reçus pas. Elle continua dès lors à rouler en ville; mes élèves la rencontrèrent quelques jours après marchant bien et sans contracture. Quelques mois plus tard elle revint au service pour une grossesse; nous l'avons conservée deux mois jusqu'à la veille de son accouchement. La contracture avait complètement disparu. Il ne restait qu'une atrophie musculaire notable du membre inférieur droit et de l'équinisme, sans raideur, ni douleur. Depuis, la malade a accouché et je l'ai rencontrée encore en ville en juillet 1890 marchant très bien sans la moindre claudication.
La première partie de cette observation est relatée dans mon livre de la suggestion. Une contracture douloureuse de la jambe consécutive à une entorse et à l'application d'un appareil inamovible persiste, s'accompagne au bout de trois mois de rétention d'urine. La suggestion resta impuissante, soit que le malade ne l'accepta pas par esprit de contradiction, soit que l'auto-suggestion douloureuse et spasmodique fût plus forte que la suggestion. Les opérations, la chloroformisation, les menaces, l'électrisation, rien ne sert. Cependant, après plus de vingt-huit mois, la rétention d'urine finit par céder, quand on abandonne la malade à elle-même avec une sonde.
Après plus de trois ans, l'autre jambe se contracture spontanément. Je ne m'occupe plus de la malade pendant