PSEUDO-COLIQUES APPENDICULAIRES
La typhlite ou appendicite avait appelé la diathèse nerveuse préexistante sur le caecum et la paroi abdominale sus-jacente. C'étaient des crises viscérales nerveuses.
La suggestion hypnotique, et plus tard la suggestion à l'état de veille arrêtaient instantanément la crise que 8 à 10 centigrammes de morphine conjuraient à peine. Mais la suggestion n'agissait pas, ou pas suffisamment, sur l'échéance éloignée de ces crises. J'eus beau suggérer que les crises ne reviendraient pas. Aussitôt qu'une impression quelconque réveillait la douleur et le spasme de la région iléo-cœcale, l'auto-suggestion terminée par ces sensations était trop intense pour que le malade, obéissant à la suggestion faite antérieurement pût faire inhibition. Il fallait être là ponr arrêter la crise déjà déclarée ou s'annonçant imminente. Alors, invariablement, l'application seule de ma main l'empêchait de venir ou la coupait instantanément. Il est absolument certain que si j'avais pu dresser une personne, ne le quittant jamais, à faire la suggestion comme je la faisais, le malade eût fini par guérir. Toutes les crises eussent été arrêtées, et, peu à peu, le système nerveux discipliné eût désappris cette modalité fonctionnelle. C'est là une des difficultés de la thérapeutique suggestive, Tous les malades n'obéissent pas à la suggestion à échéance; la maladie, elle-même, constitue une suggestion qui peut dominer celle faite antérieurement. Dans ce cas, il faut une action psychique suggestive au moment même des accidents qu'on veut enrayer ; quelquefois on peut la confier à une pratique médicamenteuse, en laquelle le malade a confiance. Cela ne réussit pas toujours. Il faut, dans ce cas, que le malade soit dans une clinique spéciale, entouré de personnes exercées qui sachent manier la suggestion, et la faire chaque fois qu'elle est nécessaire. Malheureusement, les malades ne se soumettent pas volontiers à cette surveillance continue, quand les manifestations douloureuses ou autres sont in-
termittentes. Aussitôt l'accès passé ils réclament leur liberté et oublient leur maladie, plus soucieux de leurs intérêts que de leur santé. Ils se soumettent bien à une opération ou à un appareil qui les laisse couchés plusieurs semaines dans l'immobilité ; mais ils ne comprennent pas aussi bien qu'un traitement suggestif continu de plusieurs semaines ou de plusieurs mois puisse être nécessaire pour déraciner une affection invétérée. ■
L'observation suivante peut aussi se ranger à côté des faits de névrose traumatique. Le mécanisme psychique n'est pas douteux.
Observation XVIII. — Vomissement de lombric dans le cours d'une fièvre typhoïde. — Douleur abdominale consécutive enlevée par suggestion. — Sensation de ver qui remonte, enlevée par action suggestive de la santonine.
R... (Félicie), âgée de dix-sept ans, est rentrée à l'hôpital le 2 novembre 1889, pour une fièvre typhoïde bénigne qui suit son cours normal et dont je n'ai pas à retracer l'évolution. L'affection était arrivée vers sa fin, en voie de défervescence, le 24 novembre au soir, vingt-neuvième jour, lorsque la malade vomit un lombric. A la suite de ce vomissement, elle ressentit un point qu'elle accusa le lendemain matin à la visite, au-dessus et en dedans de l'épine iliaque antérieure et supérieure droite. Ce point douloureux fixe n'existe que pendant les mouvements de la malade. Dans la soirée, elle ressentit de plus un chatouillement le long de l'œsophage : elle prétend que c'est un autre ver qui remonte de l'abdomen à la gorge. Elle a des envies de vomir quand elle boit. L'abdomen était le soir très douloureux au niveau du point indiqué, et à la pression on déterminait une douleur très vive à la région hépatique. Le matin, 2o, on produit par suggestion à l'état de veille une douleur intense dans toute la région droite de l'abdomen.
Je mets la malade facilement en sommeil profond, avec amnésie au réveil et je suggère la disparition de la douleur. Au réveil, elle ne ressent plus en effet aucune douleur ni spontanée, ni à la pression. Mais elle a toujours la sensation d'un
ver qui remonte vers la gorge. Pour tuer le lombric ou déraciner l'idée du lombric et la sensation qui y est attachée, je prescris comme contre-vers six pilules de santonine de 5 centigrammes dont elle prendra trois dans l'après-midi, trois le lendemain matin. A la suite de cette ingestion, la sensation se dissipe, sans qu'aucun ver soit rendu par les selles. La défervescence continue, sans douleur et sans aucun trouble.
J'arrive maintenant aux observations de grande hystérie nontraumatique traitée par la suggestion.
Observation XIX. — Hystérie convulsive à la suite d'une frayeur. — Guérison par la suggestion. — Récidive à la suite d'une frayeur- — Nouvelle guérison par la suggestion à distance.
Une jeune dame de vingt-trois ans, habitant Rio-Janeiro vint me consulter le 23 juin 1893 pour des crises d'hystérie datant de dix-huit mois, développées à la suite d'une frayeur due à un accident de voiture, les chevaux s'étaient emportés; la dame ne fut pas blessée, mais effrayée. Immédiatement elle eut une névralgie faciale droite à laquelle elle était sujette et deux heures après, une grande crise d'hystérie; pendant un an, elle eut sept à huit crises par jour. A partir de la première, la névralgie est accompagnée d'un tic facial convulsif contenu.
Au bout de six mois, un médecin du Brésil essaya l'hypnotisme et parvint dès la seconde séance à guérir le tic facial. Mais les crises continuèrent malgré l'hypnotisme, en diminuant un peu de fréquence et d'intensité. Le mari emmène sa femme en Europe continuant lui-même à l'hypnotiser avec la plus grande facilité. Les crises étaient plus courtes, mais persistaient. La malade avait un minimum de quatre crises par jour, survenant régulièrement à chaque repas, toujours au second plat, de plus la moindre émotion en ramenait une. .
Toutes les médications nouvelles furent essayées : l'hydrothérapie, trois cents douches froides et chaudes, l'électricité statique, tous les bromures; je fus le dix-neuvième médecin consulté. Gharcot l'avait été avant moi.
Le 21 juin la malade vint chez moi. Dans mon cabinet, elle eut une crise durant une minute avec perte de connaissance, secousse des quatre membres. Pendant cette crise, je lui dis doucement : « Vous savez, cela est votre dernière crise. »
Revenue à elle, je l'endormis instantanément en lui disant simplement : « dormez ! » Son mari et le médecin brésilien l'avaient endormie comme moi. Elle était très docile, très suggestible.
Quand elle fut endormie, je vis sa respiration devenir haletante et sa face s'injecter. Alors je lui dis : Vous ne devez avoir aucune émotion, aucune peur; vous respirez bien; « vous êtes bien à votre aise, comme quand vous êtes éveillée. D'ailleurs vous pouvez me parler en dormant. Comment vous trouvezvous ? » — « Bien » — « Arous n'avez plus peur? » — « Non. » — « Et maintenant vous sentez que vous êtes guérie. » — Elle dit : « oui » d'une voix brève et assurée. — « Vous mangerez avec plaisir, et après le premier plat, vous serez très gaie, parce que vous sentez que vous ne pouvez plus avoir de crise. » — Elle dit « oui ». — « Et, quoiqu'il arrive, vos chevaux prendraient de nouveau le mors aux dents, vous serez calme, vous n'aurez plus jamais de crise ». — Elle répond avec assurance : « Jamais. » Au réveil elle était convaincue de sa guérison. Elle resta encore six jours à Nancy et je répétai la suggestion chaque jour. Elle n'a plus eu une seule crise depuis la première séance et me l'a confirmé par lettre.
Le 12 janvier 1895, dix-huit mois plus tard, une lettre m'annonce qu'elle avait été admirablement guérie, mais qu'il y a quelques jours à la suite d'une grande fatigue et d'assez grandes contrariétés, les crises sont revenues. Dans cette lettre, cette dame me prie de lui envoyer une réponse suggestive au Brésil. Je lui ai écrit qu'au reçu de ma lettre, après l'avoir lue, elle se coucherait sur un fauteuil et s'endormirait. Pendant le sommeil la même suggestion se ferait que jadis dans mon cabinet. Elle m'entendra lui dire que maintenant aucune frayeur ni contrariété ne lui feront quelque chose. J'ajoute que tous les jours à dix heures du matin, elle s'endormira sur le même fauteuil avec la même suggestion, cela pendant dix jours, puis qu'elle attendra dix autres jours et m'annoncera sa guérison.
Le 9 mars 1895, je reçois la lettre suivante : « Cher docteur et ami, c'est une lettre de remerciement et d'admiration pour vous que je vous écris aujourd'hui. Je suis guérie, et j'en suis convaincue, guérie pour toujours. J'ai reçu votre lettre contenant la suggestion que vous me faisiez de Nancy a Rio, le 22 février; j'ai suivi immédiatement et à la lettre vos conseils; je me suis mise dans un fauteuil, j'ai lu
votre lettre, je me suis endormie d'un très bon sommeil très calme, et après un quart d'heure de ce sommeil si bon, je me suis réveillée. Dès le premier jour, mes crises ont cessé, et depuis, elles n'ont plus jamais reparu. Je ne sais pas vraiment, cher docteur, comment vous remercier de m'avoir rendu la santé, etc.
J'ai eu depuis, tous les ans, des nouvelles de ma malade qui est demeurée guérie.
Pourquoi ai-je pu guérir en une séance cette malade que les autres médecins, même l'hypnotisant, n'avaient pas pu guérir? Je l'aurais aussi bien fait à l'état de veille.
Pendant le sommeil provoqué, je constatai chez elle une respiration haletante, une concentration émotive qui maîtrisait sa conscience et l'empêchait sans doute de se donner à la suggestion de l'opérateur. J'ai calmé cette émotivité, j'ai empêché la malade de se concentrer sur ses impressions personnelles, j'ai dérivé son attention en dehors d'elle, je l'ai fait converser avec moi pour être sûr qu'elle était tout entière à ce que je lui disais, pour neutraliser aussi cette tendance à l'extase ou à l'auto-suggestion émotive qui neutralisait dans une certaine mesure l'hétéro-suggestion. Comme un cheval qui se cabre toujours au même endroit, la malade faisait toujours une crise après le premier plat du repas. Je lui ai suggéré pour ce moment une impression de gaîté et d'assurance inhibitoire des crises. Et ce faisant, j'ai fait l'éducation de sa volonté, j'ai fait de la suggestion rationnelle, là où les autres se contentaient de l'hypnotisme; et j'ai réussi là où ils avaient échoué.
Observation XX. — Hystérie convulsive depuis deux ans. — Influence de la suggestion sur révolution des crises, leur production et leur inhibition.
Marie-Emilie F..., âgée de dix-huit ans, entre à l'hôpital le 10 juin 1890 pour une hystérie datant de deux ans. Rentrant
chez elle un dimanche, elle rencontra devant la maison cinq hommes qui se battaient. Elle fut effrayée et sentit une douleur dans les deux bras et au creux épigastrique. Cette douleur persista sans crises ; elle dut rester alitée pendant deux mois, avec un malaise nerveux dont elle ne peut donner aucun détail, si ce n'est qu'elle dormait beaucoup et ne mangeait pas. Au bout de ce temps, elle commença à se lever, mais ne put reprendre son travail, elle était ouvrière en chaussures, se sentant trop faible. Trois mois après ce début, environ, elle aurait eu, si ses souvenirs sont précis, la première crise d'hystérie, à la suite d'une dispute avec sa sœur. Cette crise débuta par des sensations d'angoisse et de constriction qu'elle ne put dominer, puis elle tomba à la renverse et resta deux heures sans connaissance. Au bout de deux à trois mois, seconde crise moins longue, mais plus intense que la première. Dans l'intervalle douleur épigastrique continue.
Huit mois après le début, elle put reprendre son travail, mais dut bientôt le quitter, car elle eut trois crises dans l'atelier. Puis celles-ci devinrent fréquentes, surtout au moment des époques, irrégulières, sans qu'elle puisse préciser leur fréquence. Obligée de quitter l'atelier, elle vendit des laines sur la place du marché, mais depuis six mois elle ne travaille plus et garde la maison. La semaine dernière elle se rappelle deux grandes crises. Elle s'est présentée à la consultation le 9 juin et y eut deux crises. Depuis son entrée à l'hôpital le 9 jusqu'à ce matin (10 juin), elle en a eu deux d'un quart d'heure chaque, avec grands mouvements et perte de connaissance.
Le 10 juin au matin je la trouvai en pleine crise, la tête renversée en arrière, en pleurosthotonos avec grands mouvements et contorsions; cela durait depuis un quart d'heure quand je l'arrêtai en quelques secondes par suggestion. Elle ne se souvenait de rien. Alors je pus l'interroger et obtenir d'elle les renseignements qui précèdent, renseignements incomplets, car la malade n'a pas souvenir de la plupart de ses crises. C'est une jeune fille bien constituée, sans maladies antérieures, d'intelligence moyenne, assez docile de caractère. L'examen des organes ne démontre rien d'anormal. Elle n'a pas d'anesthésie, ni d'ovarialgie, mais une douleur vive, spontanée et à la pression à la région épigastrique, et une autre dans le tiers supérieur du sternum; l'attouchement de ces régions détermine une contraction douloureuse des traits de la face. Celle-ci est toujours anxieuse, mobile; les muscles frontaux se contractent
souvent, dénotant des impressions pénibles ou douloureuses qu'elle rapporte surtout à l'estomac. Cependant les digestions sont bonnes, la malade a bien mangé hier.
Pendant que je l'examinai le 10 juin, la malade, très impressionnable, a une nouvelle crise qui débute toujours par des contorsions et des grands mouvements avec occlusion des yeux et arc de cercle sur le côté gauche. Pendant la crise, j'affirme qu'il y a un point sur la région frontale dont la compression arrête la crise. Je presse ce point arbitraire et la crise en effet s'arrête instantanément; la malade ouvre les yeux sans se souvenir de rien. J'affirme alors que la compression d'un point en face sur l'occiput réveille la crise. Je comprime cette région, aussitôt survient une angoisse douloureuse, une constriction épigastrique et laryngée; les yeux se ferment; le corps se renverse en arrière, puis sur le côté gauche, avec de grands mouvements cloniques. Après trois minutes de convulsions, je dis que la malade va entrer dans une nouvelle phase, qu'elle voit des hommes qui se battent, un incendie qui éclate autour d'elle. Bientôt en effet, la face exprime la terreur, elle se cache sous les draps, jette des cris. Alors je dis qu'elle va avoir des hallucinations gaies; elle va voir des hommes qui dansent et des diablotins qui la chatouillent au cou et qui la font rire. En effet, sa face change d'expression et est agitée par les grimaces d'un rire provoqué. Gela fait, je provoque par suggestion une nouvelle phase avec contracture et grands mouvements, au milieu de laquelle, après deux minutes de contorsions j'arrête brusquement la crise par l'attouchement du point frontal.
Au réveil la malade se souvient de ses hallucinations. Je l'endors ensuite, en sommeil profond avec amnésie au réveil et je lui suggère de ne plus avoir de crise.
11 juin. — La journée et la nuit ont été bonnes, sans nouvelle crise. Ce matin la malade est assez bien, mais porte sa main à l'épigastre qui est douloureux. Elle répond bien aux questions ; l'intelligence est nette, surtout quand on fixe son attention et qu'on la détache de ses sensations. Abandonnée à elle-même, elle a de la tendance à s'assoupir.
12. — A été bien hier. La pression du point occipital produit une respiration haletante; la face se renverse en arrière, les yeux se convulsent ; de grands mouvements irréguliers surviennent, elle se jette de côté et d'autre, la contracture alterne avec ces mouvements; les bras se crispent. Je cesse la pression du point occipital. La raideur du corps et des bras dispa-
rait après une demi-minute et fait place à une résolution complète avec persistance de la contracture en extension des membres inférieurs et apparence de sommeil. Je touche le point frontal; la malade se réveille. — Suggestion de guérison. 13 . — La malade a eu hier une crise pendant dix minutes. Je produis toujours les mêmes phénomènes par attouchement du point hystérogène suggéré, je provoque une phase de grandes convulsions, une phase d'hallucinations tristes, puis gaies, une nouvelle phase de grandes convulsions et le réveil par attouchement du point frontal. — Suggestion et sommeil provoqué de une heure.
16. — La malade n'a plus eu de crises, mange bien, digère bien; la douleur épigastrique existe toujours, mais atténuée. La respiration est toujours haletante, à 70 mouvements par minute et ne peut être ralentie immédiatement par suggestion.
17. — A^a bien ; n'a plus de crises. Respiration moins haletante, 56.
La malade continue à bien aller ; n'a plus de nouvelles crises. Le 19, elle accuse de la douleur à la région de l'hypocondre droit : cette douleur est enlevée par suggestion, mais il faut éviter d'explorer la région abdominale en général avec trop d'insistance pour ne pas la réveiller. La respiration, moins haletante, est encore accélérée, à 44.
La malade va bien jusqu'au 25 juin; ce jour à cinq heures du soir, elle a une crise spontanée qui est arrêtée par suggestion.
Le 27 juin, elle accuse des douleurs dans le cou depuis plusieurs jours. — Elles disparaissent par suggestion hypnotique.
Elle va bien, sans crises les jours suivants. Le 2 juillet, elle accuse une difficulté pour avaler les aliments, même la salive. La pression sur le cartilage thyroïde détermine une vive douleur qui est enlevée par le sommeil provoqué. A l'examen de la gorge, le pharynx est un peu rouge.
Le 3. — Accuse une sensibilité douloureuse à l'occiput, qui est enlevée facilement.
La malade continue à bien aller. Elle est en voie de guérison. Mais l'impressionnabilité nerveuse n'a pas encore suffisamment disparu pour qu'on puisse l'abandonner déjà à ellemême. Il est certain qu'en continuant la suggestion, on arriverait à la guérison complète. Mais dans la journée du
OBSERVATION D'HYSTERIE 4ÏT
5, la malade, avec deux autres de la salle, a une altercation avec la sœur, qui leur défendait d'aller au jardin potager, et les trois malades, se suggestionnant réciproquement, quittent l'hôpital.
Cette observation montre le rôle que la suggestion consciente ou inconsciente peut jouer dans la phénoménologie de Thystérie et aussi son influence thérapeutique.
Observation XXI. — Hystérie convulsive ancienne. — Suppression des crises par suggestion et intimidation.
D... (Constance), âgée de vingt et un ans, habitant Bruyères (Vosges) avec ses parents, m'est adressée le 7 juillet 1890, à l'hôpital, par le Dr Marlier, pour une hystérie opiniâtre datant de cinq ans et demi. Elle rencontra, dit-elle, à la tombée de la nuit, un homme dans un chemin, prit peur, poussa un cri et se sauva. Les jours suivants, elle n'eut que des battements de cœur sans autres symptômes. Au bout de quatre jours, le souvenir de l'homme se présente à son esprit, et elle eut une crise ou une série de crises avec convulsions, pendant trois jours ; elle ne se rappelle pas ce qui s'est passé pendant ce temps.
La seconde, crise, dit-elle, eut lieu au bout d'un mois et dura une heure : huit jours après, vint la troisième crise. Depuis, elle a des crises variables d'intensité et revenant à des intervalles variables. La seconde année, elle resta trois mois sans en avoir. Elle ne peut, d'ailleurs, donner de renseignements précis sur ce qu'elle a présenté pendant ces années. Tout ce qu'elle peut dire, c'est que, depuis quinze jours, les crises reviennent presque tous les jours. Elles débutent par une sensation de chatouillement à la partie supérieure du sternum, et une forte douleur au synciput. Au bout de une à deux minutes, elle tombe, se débat ou reste dans le sommeil ; ces crises durent plus ou moins, de un quart d'heure à une heure.
Comme antécédents, elle accuse, vers l'âge de dix-neuf ans, des coliques fréquentes sans diarrhée. Elle est réglée assez régulièrement pendant trois jours chaque fois ; les crises sont plus fréquentes au moment des époques. Nous ne pouvons savoir s'il y a des antécédents nerveux héréditaires.
Bernhkim. — Hypnotisme, 2e édil. 27
xVssez bien constituée, lymphatico-nerveuse, elle ne présente aucune altération organique.
Le jour de son arrivée, à onze heures du matin, la malade s'endort, sans secousses; pendant ce sommeil, elle se raidit trois ou quatre fois pendant quelques secondes ; les yeux entr'ouverts, la face sans expression, pâle, la respiration faible, le pouls petit. La sœur effrayée m'appelle. Je reconnais une crise de sommeil hystérique avec contracture, durant depuis trois quarts d'heure. Je la réveille rapidement par affirmation suggestive. Elle n'a aucun souvenir au réveil. Toute la journée, elle a des frissons, mais pas de criaes. La nuit, elle a mal aux dents et ne peut dormir.
Le lendemain 8, elle présente une forte fluxion buccale avec commencement d'abcès sur la joue droite; elleadesdentscariées et une douleur vive au niveau de la première molaire gauche.
La sensibilité tactile est partout intacte; celle à la douleur partout obtuse. Pas d'ovarialgie, pas de douleurs à la pression du ventre. On peut d'ailleurs, par affirmation suggestive, provoquer partout, à volonté, une douleur vive.
En pressant sur la partie supérieure du sternum, je détermine, par suggestion, une crise. Les yeux se convulsent en haut, les paupières se ferment d'abord; puis le corps reste immobile, les yeux sont de nouveau entr'ouverts; l'expression faciale est inerte; les membres supérieurs sont contractures, le bras gauche en flexion, le droit en demi-flexion; les jambes sont contracturées. 11 y a de la catalepsie. Quand on met la jambe gauche en l'air, elle y reste. La malade ne répond pas aux questions. Je cherche à abaisser la jambe gauche sans y arriver, elle est en catalepsie rigide.
Je touche alors le sternum en affirmant que la malade va avoir des convulsions. Bientôt en effet, elle plie les jambes, lève les bras, les abaisse, tord le tronc. Je dis : « Ces mouvements s'arrêtent. » La malade reste rigide au travers du lit en opisthotonos.
Je détermine ensuite une phase hallucinatoire pénible : « un chien la mord, etc. » Bientôt elle se raidit en opisthotonos, crie, agite son bras droit, fait des efforts pour chasser un chien imaginaire.
Je suggère ensuite une phase d'hallucinations gaies ; « vue de petits anges, prière, etc. » La malade s'assoit, le regard en l'air, les mains jointes, en extase, elle prie : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, etc. »
Je dis qu'il va de nouveau se produire une crise avec secousses. Les yeux se convulsent en haut, le corps se cambre en arrière, en opisthotonos, la têle en bas du lit; aussitôt que je parle de secousses ou de mouvements, des secousses se produisent dans tous les membres, mais ne se continuent pas ; elle revient en état rigide, avec tendance naturelle pour cet état.
Pendant cette crise d'opisthotonos, la malade est réveillée en un quart de minute par affirmation suggestive en touchant le front. Au réveil, elle répond immédiatement à toutes les questions et ne se souvient de rien.
Je provoque alors le sommeil calme et profond.
9 juillet. — A été bien dans l'après-midi, sans crises. Ce matin, elle est tombée spontanément en catalepsie rigide ; elle semble se complaire dans cet état d'où je ne la réveille que difficilement: elle cherche à y revenir instinctivement.
10. — A son époque depuis hier soir. Accuse une constriction épigastrique. La respiration est haletante, 64 par minute. — Suggestion.
La fluxion buccale est guérie.
11. — Pas de crise hier. On a voulu la faire lever et marcher, comme je l'avais prescrit. Mais elle s'est recouchée tout de suite, dans un état de somnolence avec rêvasserie qu'elle recherche volontiers, en dehors de ses crises. Elle mange assez bien, mais présente encore cet état d'atonie physique et morale. — Suggestion.
12. — Même état. Hier soir, à 5 heures et demie, crise convulsive spontanée, avec grands mouvements, qui a duré pendant vingt minutes et s'est dissipée spontanément. Pendant la nuit, au dire des voisines, elle aurait eu une crise.
Ce matin, pendant la visite, elle riait; mais aussitôt qu'elle m'entendit de loin parler d'elle, elle tomba en catalepsie rigide. Je la réveille facilement en lui tapant sur la joue. Mais sitôt qu'elle est livrée à elle-même, sa face reprend un air rêveur, extatique, béat; et le corps s'immobilise de nouveau en catalepsie rigide. J'ai beau la suggestionner, affirmer qu'elle va se réveiller, marcher, elle reste dans cet état où elle se complaît. On dirait que, familière avec la suggestion, elle s'habitue à résister, dominée par ses sensations préférées d'autosuggestion involontaire.
Alors je fais de la suggestion par intimidation ; je fais chauffer le thermocautère : j'affirme que si dans dix minutes, elle
n'est pas levée, on lui mettra des raies de feu sur l'estomac. Quand le thermocautère arrive, elle se réveille, puis se lève et marche ; tout cela se fait avec une certaine ingénuité ; il n'y a ni simulation, ni mauvaise volonté consciente. C'est un état de catalepsie avec extase involontaire dans lequel elle se complaît, que ses instincts provoquent ; que la suggestion simple n'a pu réprimer, que la suggestion avec crainte du fer rouge a pu rompre.
14. — La malade a été bien pendant ces trois jours, elle est restée levée et s'est occupée dans la salle. Hier, cependant, elle ne voulait pas se lever. Ce n'est qu'après suggestion et admonestation qu'elle s'est décidée à le faire.
Ce matin, elle a peu travaillé ; mais, à 10 heures, elle se met de nouveau sur sa chaise, reste immobile, rêveuse, cherchant son extase cataleptique. La respiration est haletante, etc. Le pouls est à 92. Constipation depuis cinq jours. Hier soir n'a pas mangé. A voulu jeter son diner par la fenêtre. — Suggestion.
15. — Pour la sortir de cet état d'atonie où elle se complaît, je provoque une crise convulsive avec contracture, hallucinations gaies et tristes ; puis je la réveille par suggestion. Mais aussitôt réveillée, elle retombe en extase cataleptique. Je la menace du fer rouge, puis je l'électrise vivement pour la faire sortir de cet état, la menaçant de recommencer si elle se rendort.
16. — La malade a été très bien hier à la suite de cette suggestion par intimidation ; elle s'est levée, a travaillé toute la journée. Je l'encourage dans cette bonne voie. Je la suggestionne à l'état de veille.
17. —A continué à être très bien. Elle est très active, n'accuse plus aucune douleur, se lève même de bonne heure pour travailler.
Cet état continue les jours suivants ; la malade est toute transformée. Dans Ja nuit du 20 au 21, elle a comme une velléité de crise qui n'aboutit pas. Se réveillant tout d'un coup pendant son sommeil, elle s'est levée sur son lit et s'est raidie un instant ; mais tout s'est vite dissipé.
Elle va, le 23 juillet, à la recherche d'une place, et l'ayant trouvée dans une ferme à Pixerecourt, près de Nancy, elle sort, le 24 juillet, se sentant tout à fait bien ; la malade était, à l'hôpital, reçue aux frais de la subvention départementale : celleci étant épuisée, elle n'a pas pu être conservée plus longtemps.