GRISES ET PARAPLÉGIE HYSTÉRIQUES
Le traitement n'a pas été prolongé assez pour que nous espérions une guérison sans rechute.
Nous avons vu, dans ce cas comme dansd'autres, la crise d'hystérie évoluer en diverses phases provoquées par suggestion. •
Nous avons vu aussi que les moyens d'action suggestive doivent varier. L'auto-suggestion peut être plus forte que la suggestion purement verbale. La crainte salutaire du fer rouge, déjà utilisée par Boerhave, peut être nécessaire. La simulation des hystériques n'est pas absolument volon taire : notre malade n'avait ni malice, ni rouerie : les lettres qu'elle écrivait à sa famille dénotaient une pauvre filJe, naïve, ingénue, sans perversité, sans ruse. Elle se mettait en extase hystérique, parce qu'elle y trouvait un certain charme, parce que ses instincts modifiés par la maladie Ty poussaient et tendaient à l'y maintenir. L'intimidation seule rompait ce charme et permettait au cerveau l'action dynamogénique nécessaire pour rentrer dans l'état normal. C'est d'une observation superficielle que de prétendre tout expliquer par une banale simulation.
Observation XXII. — Crises hystériques depuis plusieurs mois, avec paraplégie complète. — Guérison des crises en trois semaines, de la paraplégie en un an par suggestion.
Mlle X..., âgée de treize ans, habitant Bruxelles, est atteinte depuis quatre à cinq mois de crises hystériques avec paraplégie. L'affection a commencé sans cause par la paralysie de la jambe droite suivie en peu de jours de celle de la jambe gauche ; et depuis la paraplégie est complète. Quelques jours après ce début survinrent des crises hystériques, caractérisées par du sommeil, de l'oppression, de la strangulation, de la respiration haletante, de la contracture, crises durant environ une heure et demie chacune et se répétant deux à trois fois par jour. La valériane, le bromure, la quinine, l'hydrothérapie faite dans un établissement spécial, n'ont pas amené de modi-
fîcation notable. La paraplégie a persisté. Les crises après avoir changé plusieurs fois dans leurs allures affectent maintenant un caractère régulier. Elles se répètent, trois fois par jour, à peu près à la même heure ; chacune ayant une modalité différente quant à la succession des symptômes. Mais celles qui se reproduisent, chaque jour à la même heure, ont la même évolution : la céphalée, les mouvements convulsifs, la contracture, le rythme haletant de la respiration, le mode de réveil, tout se déroule chaque fois dans le même ordre.
Son oncle me l'amène le 1er juillet 1887. C'est une très grande fille pour son âge, treize ans, actuellement assez anémique, bien constituée, sans antécédents nerveux, sans maladie antérieure, remarquablement précoce, comme intelligence. Son père est très impressionnable, sa mère, autrefois hystérique, est depuis des années affectée de myélite chronique.
Je ne constate rien de particulier aux allures de la jeune fille. D'un caractère doux, elle est, malgré son aspect souffreteux actuel, bien équilibrée intellectuellement et moralement; elle n'a rien de ce qu'on décrit comme caractère psychique des hystériques. Toutes les fonctions sont normales ; époques régulières depuis plusieurs mois.
Les membres inférieurs sont complètement paralysés ; la malade fléchit les diverses articulations, mais ne peut tenir la jambe en l'air. Si on la met debout, ce qu'elle ne peut faire seule, elle ne peut se soutenir seule, ni faire un pas sans être tenue par deux personnes. Alors même qu'elle s'appuie, elle ne peut pas marcher et fléchit sur ses membres. Il n'y a pas de contracture. Le réflexe tendineux des pieds est normal ; ceux des genoux sont singulièrement exagérés ; un coup sur le tendon rotulien provoque une trajectoire excessive de un demimètre environ décrite par le pied; cette trajectoire débute même rien que par l'attente du coup, par l'idée du choc qu'on veut produire.
La sensibilité est partout normale. Il n'y a ni anesthésie, ni ovarialgie, pas de sensation de boule, ni de strangulation. D'ailleurs, pas cle fourmillements, ni d'engourdissement, ni de rachialgie, ni de douleur en ceinture. La paraplégie paraît être simplement hystérique. Cependant l'exagération du réflexe rotulien peut donner l'idée d'une lésion organique, ou au moins d'une irritation dynamique des faisceaux pyramidaux de la moelle.
Je propose à MlI° X... de l'endormir pour la guérir par sugges-