SECOUSSES HYSTÉRIQUES
mer la suggestion directe. L'attention même qu'on porte au malade, l'énergie avec laquelle on interroge et combat ses troubles concentre sur eux l'activité psychique du sujet qui ne peut que les réveiller. Ne plus y faire attention, ne plus interroger le malade, passer devant son lit en affirmant qu'il va bien, traiter comme insigûifiant ce qu'il éprouve, c'est encore une façon de faire de la suggestion et qui peut réussir. Il en est de cela comme des zones hystérogènes douloureuses ; les explorer, c'est les entretenir. Souvent quand on cesse de les rechercher et qu'on se comporte comme si elles n'existaient plus, elles disparaissent après un temps plus ou moins long.
Observation XXX. — Secousses hystériques datant de quinze jours guéries en deux séances de suggestion hypnotique.
X... âgée de dix-neuf ans, vint me consulter pour des secousses nerveuses datant du 5 mai. Elle était bien portante habituellement. Dans son enfance de trois à sept ans, [dit sa mère, elle avait fréquemment de la diarrhée ; mais depuis elle n'a pas eu de maladie ni d'accidents nerveux. Sa sœur avait des crises de sommeil hystérique ; elle mourut le 4 mai, après huit jours d'une maladie, que le médecin dit avoir été une méningite.
Elle-même ressentit le même jour un malaise intérieur, une profonde dépression morale, et le soir de l'enterrement, elle eut des secousses dans, les bras et les jambes qui ont persisté depuis. En même temps, inappétence, tristesse, sommeil difficile à cause des secousses.
Ces secousses sont brusques, brèves, et se répètent dans les deux bras une ou deux fois par minute, sans discontinuer. La malade accuse de plus une douleur continue dans les deux poignets.
Elle a en outre assez souvent des mouvements de paupières qui se ferment et s'ouvrent alternativement et rapidement, et des plissements du front fréquents, comme dans lachorée.
Je ne constate aucun trouble sensitif ; la sensibilité est intacte ; il n'y a pas d'ovarialgie, ni de strangulation, les règles sont normales. L'intelligence est parfaite.
Beknheim. — Hypnotisme, 2e édit. 29
Le 20 mai, j'endors la malade avec la plus grande facilité, dès la première fois en sommeil profond avec amnésie au réveil. Je suggère la disparition des secousses et de la douleur des poignets; le sommeil la nuit, l'appétit, la gaîté.
Pendant le sommeil les secousses continuent d'abord, puis, s'éloignent progressivement. Au réveil elle va bien et n'a presque plus de secousses.
Revenue le 22, la malade dit être presque guérie ; de temps en temps une légère secousse, mais rare : plus de douleurs dans le poignet. Sommeil et appétit bons. Deuxième suggestion.
La malade revient le 29, elle est parfaitement guérie et n'a plus aucune tendance aux secousses. Elle a repris son état moral habituel. Je lui fais encore une suggestion et je la renvoie radicalement guérie.
La guérison s'est maintenue.
Observation XXXI. — Neurasthénie depuis cinq ans. — Tic nerveux facial — Guérison par suggestion hypnotique en sept séances.
MlleX..., professeur de musique, originaire de la Hongrie, vient me consulter le 2 août 1890, pour un tic nerveux de la face. C'est une jeune fille âgée de vingt-trois ans, orpheline, très instruite et intelligente, très impressionnable, hypnotisable en sommeil profond. Voici son observation [rédigée par ellemême.
« Il y a cinq ans maintenant que j'ai passé en Suisse mes examens d'institutrice, dans une langue qui m'était étrangère, après un travail de quelques mois seulement. A la suite de ce surmenage intellectuel je fus affectée de fièvre typhoïde cérébrale, qui dura deux mois. Quand elle fut guérie, il me resta une migraine revenant chaque semaine, une fatigue continuelle dans la tète, et bientôt se manifesta ce qu'on a appelé un tic nerveux dans les muscles du front et de la tête ; ce tic était d'abord peu marqué et seulement à de rares intervalles. Le médecin me conseilla avec insistance de m'abstenir de tout travail intellectuel. Cependant je ne tins pas compte de cet avis, et à peine guérie de ma fièvre, je cédai au puissant désir que j'avais de perfectionner mon éducation musicale. Je fréquentai pendant plusieurs années le Conservatoire et travaillai 6 à 8 heures par jour. Cinq mois avant la fin