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OBSERVATIONS DE NÉVROSE GÉNITALE

Habitudes d'onanisme depuis trois ans chez un enfant de huit ans. — Insuccès des moyens thérapeutiques ordinaires. — Guérison par suggestion.

L'enfant âgé de huit ans m'est amené par son père le 9 avril 1891, de Bar-le-Duc, envoyé par son médecin, avec prière d'essayer la suggestion pour déraciner des habitudes d'onanisme datant de trois ans. Ses parents s'en sont aperçus il y a sept mois; l'enfant maigrissait, pâlissait, avait les yeux cernés. Ils le surveillèrent et le surprirent en flagrant délit. L'enfant fit des aveux. Un grand garçon lui avait appris la chose. Il avoue avoir pratiqué l'onanisme jusqu'à cinq fois la nuit.

Aujourd'hui c'est encore trois ou quatre fois la nuit, et deux ou trois fois le jour qu'il le fait. Depuis le mois d'octobre dernier seulement il y a écoulement de sperme.

L'enfant n'a jamais eu de maladie autre que la rougeole et des angines. Depuis l'âge de dix-huit mois, il a une hernie inguinale droite maintenue par un bandage.

L'enfant est intelligent, laborieux, docile, n'a pas d'antécédents héréditaires. Depuis deux mois on constate seulement que sa mémoire baissait.

Depuis sept mois qu'on a découvert les habitudes vicieuses de l'enfant, on a essayé tous les traitements : bromure de camphre, bromure de potassium; 3 grammes par jour, appareil de contention, bains, alimentation spéciale ; depuis six mois, il ne boit plus que de l'eau. Rien n'a réussi. L'intimidation, les menaces n'ont pas réussi davantage .

Cependant l'enfant est très docile et intelligent. Il ne manque pas d'énergie et ne se laisse pas dominer par ses camarades; ce n'est ni une nature molle, ni un caractère entêté. Il a le plus vif désir de guérir. Mais l'impulsion est plus forte que lui.

Depuis deux mois, on ne l'envoie plus à l'école, car malgré la surveillance du maître prévenu, il lui arrivait de se masturber.

L'enfant dit que pendant la nuit, cela se fait pour ainsi dire seul pendant son sommeil. Quand il allait au cabinet, il priait son père de l'accompagner pour qu'il ne succombât pas à la tentation. Il sent lui-même que sa volonté est impuissante et consent à se prêter à toute opération, pour être guéri.

Il est lymphatique, assez pâle, mais bien constitué. Le 7 avril je mets d'emblée l'enfant en sommeil profond avec amnésie au réveil; je lui suggère qu'il n'aura plus jamais l'idée de se toucher, ni le jour, ni pendant le sommeil de la nuit, et qu'il sera désormais assez fort pour résister à toute tentation; je lui donne confiance en lui-même.

Cette suggestion est répétée tous les jours jusqu'au 23 avril. Dès la première séance l'enfant a été guéri; il n'a plus eu l'idée de se toucher. Le 11 avril il pesait 44 livres et demie; le 14, 45 livres 200 grammes, le 16 avril, 46 livres 500 grammes; le 21 avril, 47 livres 100 grammes.

L'enfant très heureux retourne dans sa famille ce jour. Je lui suggère, avant son départ, de m'écrire dans un mois pour me donner de ses nouvelles. Je reçois une letlre datée du 23 mai dans laquelle il me remercie de sa guérison et dit peser 47 livres 300 grammes. Plusieurs mois après, j'ai rencontré le médecin de l'enfant qui m'a confirmé sa guérison; l'enfant a bonne mine et quand il le rencontre dans la rue, vient à lui d'un air franc et ouvert, tandis qu'autrefois il se sauvait devant lui.

Ainsi une seule séance de suggestion a suffi pour déraciner des habitudes d'onanisme datant de trois ans. Il s'agit d'un enfant docile, bien équilibré. L'onanisme n'était pas

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lié à une diathèse naturelle; il était acquis par suggestion due à un camarade. L'enfant avait de la volonté et le vif désir de guérir. Mais sa volonté était impuissante à lutter contre l'auto-suggestion : l'idée devenait acte. La suggestion sous forme d'ordre, de menaces, d'intimidation , restait infructueuse; l'enfant voulait et ne pouvait pas. Ce n'est pas Tordre de ne plus faire une chose qui constitue la suggestion ; c'est l'idée imprimée au cerveau que cette chose ne se fera plus, qu'il a la force d'obéir à sa volonté, que l'impulsion n'a plus prise sur lui ; ce n'est pas la peur, c'est la confiance, ce n'est pas l'intimidation, c'est le remontage moral et l'assurance.

Observation XXXVII. — Impuissance génitale d'origine psychique. — Efficacité de la suggestion.

X..., âgé de vingt-sept ans, commerçant, vient à ma consultation le 10 octobre 1889. Il vient de l'Oural et a fait plusieurs semaines de voyage pour me trouver. Il se plaint d'une impuissance génésique absolue, il n'a jamais accompli le coït; il a bien des érections, mais lorsqu'il est en présence d'une femme, il tremble et l'érection cesse. Il s'agit évidemment d une impuissance d'origine psychique; une émotion morale fait inhibition. Il dit se livrer quelquefois à l'onanisme, mais d'une façon inconsciente, pendant le sommeil de la nuit. Cela dure quelquefois trois nuits de suite; puis cela revient au bout d'un temps variable, dix ou quinze jours.

X... paraît très nerveux, très impressionnable; sa parole est saccadée, il tremble facilement; il se surexcite à chaque instant. Il est bien constitué, n'a jamais eu de maladies, ni aucune crise nerveuse, je ne constate rien d'anormal à l'examen.

Je le mets facilement en sommeil profond ; je suggère le calme physique et moral; « il n'aura plus de tendance à l'onanisme la nuit ; l'érection en présence d'une femme se maintiendra jusqu'au bout, sans émotion; il conservera tout son sang-froid, n'aura aucune peur, et sera aple à remplir ses fonctions, etc. »

Le malade reste à Nancy du 10 au 23 octobre seulement, son congé expire à cette date. Je répète la suggestion tous les jours. Il n'a plus d'onanisme nocturne depuis la première séance. Une fois dans la nuit du 13 il se réveille, la main sur la verge avec

Bernheim. — Hypnotisme, 2e édit. 30

un commencement d'onanisme; mais arrête court; et cela ne s'est plus reproduit.

Le 20 au soir, après suggestion, il essaie le coït, sans succès; toutefois il constate qu'il n'a plus la peur et le tremblement comme autrefois, et il croit avoir été plus près du but.

Je lui suggère vivement de répéter le 22 et j'affirme que cette fois-ci le succès sera complet. En effet, le 23, il m'annonce qu'il a réussi pour la première fois de sa vie : bien que l'érection ait faibli à la fin de l'acte, il a pu le mener jusqu'à éjaculation. Je lui suggère que maintenant qu'il a réussi une fois, qu'il est débarrassé de l'émotivité qui le paralysait, il ne pourra plus faiblir; et il rentre dans son pays très satislait. Je ne sais si la guérison s'est maintenue.

Il ne s'agit pas dans ce cas d'une impuissance psychique. L'organe et la fonction existaient ; il y avait paralysie psychique par émotion inhibitoire, la suggestion a pu neutraliser cette émotion.

Observation XXXVIII. — Inversion sexuelle. — Impuissance génitale vis-à-vis de sa femme depuis sept ans. — Guérison par sugges* tion en vingt jours.

M. de X..., de la Hongrie, âgé de trente-six ans, vient me consulter le 24 mai 1889 pour de l'impotence génitale liée à de l'inversion sexuelle. Celle-ci existe depuis sa jeunesse, due à des habitudes vicieuses contractées au collège. Avant son mariage cependant, il avait pu avoir fréquemment des rapports avec des femmes. Marié à vingt-neuf ans, aimant sa femme, il n'a jamais, depuis sept ans, pu cohabiter avec elle. L'érection était impossible en sa présence, aussi bien qu'en présence d'autres femmes; il avait au contraire un goût prononcé pour des hommes se traduisant par des érections et qu'il satisfaisait par des attouchements; deux fois seulement il aurait eu de vrais rapports contre nature : avant l'âge de dix-huit ans, il pratiquait l'onanisme, mais avec modération. Depuis il a perdu cette habitude.

C'est un homme intelligent, lymphatico-nerveux, impressionnable, sans antécédents morbides. Bien élevé, honnête, il souffre infiniment de son état; il essaie en vain depuis des années de lutter contre cette anomalie qui le rend malheureux;

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