NEURASTHÉNIE PSYCHIQUE
soit rapidement, soit à la longue, fait table rase des phénomènes anormaux : elle modifie le dynamisme psychique, elle fait acte d'inhibition et de dynamogénie ; elle agit souvent, à l'insu du sujet et sans qu'il s'en rende compte. Notre malade est humilié du succès; il est tout étonné qu'une volonté autre que la sienne puisse agir sur lui et réussir là où il avait échoué. C'est que l'état de conscience normal était peut-être rebelle à la suggestion et que l'état de conscience nouveau créé par la suggestion, constituait un terrain plus favorable à la suggestion, grâce à l'exaltation de la crédivité et de l'automatisme cérébral.
Observation XL. — Ennui et obsessions avec inaptitude au travail depuis deux ans. — Amélioration par suggestion en vingt-neuf wurs.
M. X..., âgé de vingt-cinq ans, a fait d'excellentes études et conquis il y a plus de deux ans avec honneur son doctorat en droit. Depuis cette époque a débuté la névrose psychique dont il souffre aujourd'hui. A l'activité laborieuse dont il a fait preuve pendant sa carrière d'étudiant, a succédé une impuissance complète de travail.
Ses études terminées, il resta embarrassé par la recherche d'une position sociale. Bien que sa position de fortune lui permit de vivre, â sa guise, cependant il désirait vivement une carrière utile, dans l'enseignement par exemple.
Malheureusement sa mère infirme réclamait ses soins, et lui-même, fils affectueux et dévoué, n'osait songer à la quitter, et ne pouvait trouver dans la ville qu'il habitait une situation conforme à ses goûts, et en rapport avec ses aptitudes. Après une série de tergiversations, il tombe dans le découragement, se crut déclassé, perdit tout (goût pour le travail, même pour les études qui l'attiraient le plus, se concentra dans des idées tristes ; il essaya en vain de lutter contre cet état moral sans pouvoir y arriver. Tout resta vague et irrésolu dans son cerveau, la moindre application d'esprit lui était impossible ; le désœuvrement auquel il était condamné lui était odieux et il ne pouvait en sortir. 11 n'avait plus ni goût, ni passion, pour rien. La vie lui pesait, dit-il : pendant près de deux ans, il
promenait partout cet ennui profond qui le rongeait. Sur les instances d'un ami, il se décida à me consulter le 30 juin 1890.
Bien constitué, sans antécédents morbides, fils d'une mère neurasthénique, il se croit lui-même entaché d'un vice héréditaire incurable qui détraque son cerveau. Toutes les fonctions sont normales, l'intelligence est très nette, sans aucune altération. Seulement son activité cérébrale est annihilée par les obsessions qui occupent son cerveau, « il est irrésolu, il ne peut plus rien faire, il est déséquilibré, il est condamné à l'ennui et au désœuvrement perpétuel ».
J'essaie de l'hypnotiser, sans arriver au sommeil. Il croit n'être pas influencé : d'ailleurs il est très tenace dans ses impressions, ne se livre pas volontiers, ne se laisse pas aller volontairement, il semble être plutôt venu par acquit de conscience, parce qu'un ami guéri par moi d'une névrose psychique analogue l'y a poussé. Nature froide et concentrée, il n'a qu'une confiance limitée. Je lui tiens les yeux clos, je lui explique que le sommeil n'est pas nécessaire à la suggestion, que celle-ci peut réussir à l'état de veille et doit réussir fatalement si le sujet s'y prête, je lui explique que son intelligence est nette, mais qu'il s'est laissé envahir par des doutes, des impressions auto-suggestives dont il ne peut pas se débarrasser spontanément, etc. Bref, je cherche à captiver son attention et sa raison en lui expliquant bien l'origine de la névrose et le mécanisme psychique de la 'guérison ; je fais de la suggestion à sa raison, et j'arrive à l'impressionner.
Après la première séance, cependant, il n'y a pas de changement; mais après la cinquième, il y a un mieux sensible ; il sent le cerveau dégagé et peut de nouveau s'occuper. Cette amélioration ne dura que quatre jours. Puis il retombe dans son atonie. Après quatre jours de suspension des séances, il revint me voir le 10 juillet, démoralisé et convaincu qu'il ne sortirait pas de cet état.
Je le suggestionne de nouveau et je lui explique que ces résultats sont fréquents, que l'amélioration temporaire obtenue est de bon augure, qu'elle indique que son état cérébral peut se modifier. J'affirme qu'il se modifiera certainement, qu'il n'y a aucun doute, qu'il est impossible que la guérison. ne se fasse pas, que s'il a confiance dans ce que je dis, s'il accepte ma suggestion, les idées nouvelles, les impressions nouvelles que je dépose dans son cerveau finiront, après un temps variable, par v prendre racine. C'est une loi de psychologie