‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 167 sur 235 · NÉVROSE PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

NÉVROSE PSYCHIQUE

Je répétai la suggestion le lendemain 7 juin, puis le 9, le 11 et le 13 juin. Dès la seconde séance, il s'endormit instantanément en sommeil profond avec amnésie complète au réveil.

Après la quatrième il m'apporta l'observation qui précède. Je ne le revis qu'au bout d'un mois, le 12 juillet :

11 n'accusait plus que quelques troubles digestifs, des aigreurs, des renvois, une digestion lente, une difficulté de travailler après les repas, des névralgies intercostales une demi -heure après durant une demi- heure à trois quarts d'heure : quelques douleurs arthritiques dans les jointures, un peu de mal de tète tous les deux ou trois jours : le moral est resté excellent.

Après quatre nouvelles suggestions du 12 au 22 juillet tous ces symptômes ont disparu, les douleurs dès la première suggestion ; les troubles digestifs ne cessèrent complètement qu'après la quatrième. La guérison était achevée physique et morale. Le 6 août il m'écrit de Paris qu'il va très bien moralement et que la digestion se fait bien. Cet état de bien-être absolu se maintenait encore fin août. La suggestion réprimera d'ailleurs toute velléité de retour offensif.

Cette observation écrite par un homme intelligent sachant s'observer et s'analyser apporte, il me semble, quelque lumière à l'histoire de certaines formes de neurasthénie et à la doctrine de la suggestion.

1° Il s'agit d'une neurasthénie d'origine psychique qu'on pourrait appeler cérébro-gastrique. L'amélioration rapide obtenue pour les fonctions digestives confirme l'idée que la dilatation était subordonnée à l'influence nerveuse. J'avais déjà émis cette idée dans la thèse de mon élève Thiébaut sur la dilatation d'estomac, l'un des premiers travaux publiés sous mon inspiration, en France, sur cette maladie; j'y établis une forme de neuropathieque j'appelle neuropathie cérébro-gastrique ; elle peut être aussi cérébrocardio-gastrique ;

2° La guérison rapide de la neurasthénie montre quil ne s'agissait pas d'une hypocondrie, maladie mentale incurable, ni d'une de ces formes de neurasthénie héréditaire

tenace et incurable. Car je ne voudrais pas conclure de cette observation que toutes les neurasthénies sont dociles à la suggestion. C'est dans cette maladie, au contraire, qu'on rencontre le plus d'insuccès, surtout lorsqu'elle est inhérente à une modalité héréditaire trop prononcée du système nerveux. Ici nous avions un jeune homme impressionnable, né d'une mère impressionnable ; sa première jeunesse avait été exempte d'accidents nerveux. Le surmenement intellectuel du lycée, la fatigue cérébrale dépensée dans la préparation de concours et d'examens laborieux avaient pu entraîner un état nerveux que l'impressionnabilité psychique avait retenu par une sorte d'auto-suggestion, et qu'une autre suggestion a pu déraciner ;

3° J'insiste sur l'impossibilité pour le malade intelligent de se suggérer lui-même sa guérison, malgré tous ses efforts. C'est là un fait important dans l'histoire de la neurasthénie. Le malade essayait de faire appel à sa volonté et de se persuader que tout cela n'existait que dans son imagination. Il le savait et ne pouvait réagir : les efforts dépensés allaient contre le but proposé ; ils faisaient appel à Tauto-suggestion inconsciente. Ainsi en est-il de beaucoup de neurasthéniques. Ils ont de la volonté ; ils ont de l'énergie. On les méconnaît trop souvent, quand on leur dit qu'ils s'écoutent, et qu'avec de la volonté ils peuvent annihiler leurs sensations ; ils savent que leur vie entière est une lutte ; tous les raisonnements qu'on leur tient, ils se les tiennent à eux-mêmes; ils se consument en efforts stériles. Et cela se conçoit ; s'ils pouvaient se guérir spontanément, ils seraient tous guéris. Tout effort cérébral, chez eux, réveille la fourmilière d'idées et de sensations qui les obsède ; l'autosuggestion inconsciente, plus forte, les domine ; c'est l'essence même de la maladie. Une influence étrangère est nécessaire pour les tirer de l'ornière ;

4° Les malades peuvent n'être suggestibles que dans un autre état de conscience. Alors la suggestion étrangère,

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