‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 19 sur 235 · MOUVEMENT NEUTRALISE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT NEUTRALISE

positif ; sensation, image, mouvement, émotion. Dans les exemples qui suivent, l'idée devient acte négatif '. Autrement dit, elle neutralise l'acte ; elle empêche un mouvement de se réaliser, elle empêche une sensation d'aboutir au sensorium.

4° L'idée neutralise un mouvement. — C'est une paralysie psychique qui se constitue. Russel-Reynolds relate, par exemple, l'histoire d'une jeune dame, qui affligée par des revers de fortune, voyant son père paralysé, épuisée de fatigues physiques et morales, ressentit les douleurs dans les jambes ; elle se frappa de l'idée qu'elle allait être paralysée et contracta, en effet, une paraplégie totale. Les toniques, la faradisation, les frictions, et surtout l'assurance donnée par le médecin qu'elle allait guérir amenèrent la guérison en quelques jours.

(( Un monsieur, dit Christison, se trouvait souvent incapable de mettre à exécution les actes qu'il voulait faire. Parfois, au moment de se déshabiller, il était deux heures avant de pouvoir retirer son vêtement. Toutes ses facultés mentales sauf la volonté étaient intactes. Un jour il demandait un verre d'eau qu'on lui présenta sur un plateau. Malgré son désir, il ne put pas le prendre et le serviteur dut rester une demi-heure devant lui jusqu'à ce que l'empêchement d'agir eût cessé. »

Les exemples de ce genre sont nombreux chez les mélancoliques, les hystériques, les névropathes. On en trouvera dans nos observations cliniques de nombreux cas ; on verra aussi avec quelle singulière facilité se réalisent artificiellement les paralysies psychiques expérimentales.

2° Vidée neutralise une sensation. — Rappelons l'exemple suivant cité dans mon livre sur la suggestion : « Un scélérat appliqué à la torture nous surprit par sa constance qui était au-dessus de nature ; car, après la première serre de la gêne, il parut dormir aussi tranquillement que s'il eût été dans un bon lit ; et quand on eut continué la serre

deux ou trois fois, il demeura immobile comme une statue de marbre, ce qui me fit soupçonner qu'il était muni de quelque enchantement. Pour en être éclairci, on le fit dépouiller nu comme la main ; et après une exacte recherche on ne trouva autre chose sur lui qu'un petit papier fourré dans l'oreille gauche, où était la figure des trois rois, avec ces paroles sur le revers : « Belle étoile, qui as délivré les mages de la persécution d'Hérode, délivremoi de tout tourment. »

3° Vidée neutralise une sensation viscérale. — Parmi les faits de cet ordre, signalons ce qu'on appelle l'aiguillette nouée. Voici un curieux exemple de ce fait que Charpignon raconte d'après Nicolas Veneste : « Pierre Burtel, dit-il, tonnelier démon père, me dit un jour quelque chose de désavantageux. Pour m'en venger, je lui dis que je lui nouerais l'aiguillette quand il se marierait, ce qui devait avoir lieu très prochainement. Cet homme crut ce que je lui disais, et mes feintes menaces firent une si forte impression sur son esprit déjà préoccupé de charmes et de sorcellerie, qu'après s'être marié, il demeura près d'un mois sans pouvoir coucher avec sa femme. Je me repentis alors d'avoir raillé un homme si faible et je fis tout ce que l'on peut faire pour le persuader que cela n'était pas. Mais plus je protestais au mari que ce que j'avais dit n'était que bagatelle, plus il m'abhorrait et croyait que j'étais l'auteur de toutes ses infortunes. Le curé de Notre-Dame employa toute sa prudence à ménager cette affaire et il en vint à bout plutôt que moi, sans que le mari fût obligé de pisser par l'anneau de son épouse. »

Les médecins sont souvent consultés pour des impuissances génitales de ce genre, qui n'ont pour cause que l'idée. Voici un exemple : Un monsieur me consulta récemment pour une chose assez bizarre. Marié depuis plusieurs années, il n'a jamais pu avoir d'érection en présence de sa femme qu'il aime et dont il désire avoir des enfants. Cepen-

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dant il n'est pas impuissant, puisque, me dit-il, il a pu accomplir l'acte trois fois dans une nuit avec une maîtresse qu'il- s'est décidé à prendre, espérant qu'elle lui rendrait sa puissance maritale. Il n'en fut rien. J'ai essayé de le guérir par suggestion ; je ne sais si j'y ai réussi, ne l'ayant traité que pendant deux jours ; il habite un pays lointain et ne m'a pas donné de ses nouvelles.

Il est certain que chez cet homme, l'idée seule faisait inhibition à l'acte : il est probable que le premier essai du jeune marié fut paralysé par l'émotion, ce qui n'est pas rare ; son système nerveux impressionnable évoquant à chaque essai nouveau la même impression émotive reconstituait la même paralysie psychique ; et toute sa volonté ne pouvait rien contre l'idée paralysante. Je reviendrai sur cette question dans un prochain chapitre.

Comme exemple de sensation organique neutralisée par l'idée, je citerai encore les expériences de jeûne prolongé, à la mode depuis quelques années. Des jeûneurs fanatiques sont restés trente jours ou plus sans manger.

J'ai expliqué ce fait de la façon suivante : A l'état normal l'homme qui meurt après plusieurs jours de jeune, meurt de faim ; il ne meurt pas d'inanition, mais de la névrose faim : véritable maladie nerveuse qui se termine par de la stupeur et du collapsus. L'inanition, sans faim, ne tue qu'au bout d'un temps assez long ; les mélancoliques restent vingt à soixante jours sans manger et sans péricliter ; les fiévreux, les hystériques, les personnes affectées d'anorexie supportent pendant des semaines l'absence totale ou presque totale d'alimentation.

Les jeûneurs volontaires rentrent dans cette catégorie ; ils supportent le jeûne, parce que l'idée neutralise chez eux la sensation de faim. « Succi, par exemple, le premier en date des jeûneurs, dit le Dr Bufalini, s'exalte facilement quand il parle du secret qu'il possède ou qu'il croit posséder et des applications absolument pré-

maturées auxquelles sa découverte peut donner lieu. » Succi, ai-je dit, est un croyant convaincu de la puissance de sa liqueur, fanatisé par sa foi dans l'efficacité de son breuvage : il neutralise la sensation faim par suggestion. La conviction que cette liqueur l'a nourri, qu'il n'a pas faim, qu'il conserve toute sa force physique suffît pour réaliser le phénomène : l'idée fait l'acte. Il s'exalte, il s'entraîne, il se nourrit de son idée, il se montre avec complaisance aux visiteurs ; il jouit de son triomphe ; l'esprit domine le corps ; son imagination le soustrait aux angoisses de la faim ; le sensorium cuirassé par la suggestion est inaccessible à ce besoin. Succi ne meurt pas de faim, parce qu'il n'a pas faim ; il ne subit que les effets de l'inanition qui, elle seule, ne tue pas en trente jours. (Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie, 1886, p. 601.)

3° Vidée neutralise une émotion. — L'éducation apprend à dominer dans une certaine mesure la peur, la colère, toutes les impressions vives. Seconde nature que les idées suggérées s'efforcent de créer pour maîtriser les impulsions trop violentes. Les exhortations morales, philosophiques, religieuses, les diversions psychiques, n'est-ce pas une suggestion d'idées dans le but de neutraliser les émotions trop intenses ou trop prolongées? Le temps lui-même fait œuvre de médication psychique substitutive en laissant de nouvelles idées apportées au sensorium créer de nouvelles émotions qui se substituent aux anciennes.

Résumons en quelques mots les données acquises dans ce chapitre.

Toute idée acceptée par le cerveau constitue une suggestion. Toute suggestion tend à se faire acte, à se réaliser. L'idée devient sensation, c'est-à-dire image tactile, gustative, olfactive, auditive, visuelle. Elle devient mouvement. Elle devient émotion.

Cette tendance à devenir acte peut ne pas aboutir ; chez

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