Le malade marche bien, sans douleur, bien que boitant
encore de la jambe droite. Malgré la suggestion, les sueurs y persistent encore. Le malade a reçu une balle dans la cuisse en janvier 1882 ; est resté malade pendant six mois. Aurait eu une fracture du fémur; il lui est resté depuis un peu d'ankylose coxo-fémorale ; on ne peut fléchir la cuisse qu'à 45° (probablement immobilisation prolongée par douleur). Depuis, il a toujours un peu traîné la jambe. Deux ans après la guérison de la blessure, le malade ressentait encore des douleurs et ne pouvait plus se tenir à cheval; son pied s'endormait et il tombait au bout de dix minutes; les douleurs ne disparurent complètement qu'au bout de deux ans. Cette persistance des douleurs après la guérison est due, sans doute, à Timpressionnabilité nerveuse du sujet; il est probable que la suggestion aurait dégagé le système nerveux et prévenu la rétraction musculaire qui a déterminé un certain degré d'ankylose.
Actuellement, le malade ne ressent presque plus rien ; il se considère comme guéri et sort le 4 novembre.
Observation LXXX. — Douleur musculaire dans le mollet avec impotence fonctionnelle de la jambe, douleur dans le triceps brachial. — Guérison graduelle par suggestion.
Eugénie M..., âgée de treize ans, entre à l'hôpital le 20 juillet 1890, pour des douleurs nerveuses dans la jambe droite. Il y a quatre ans, elle a été au service pour une fièvre typhoïde à forme thoracique qui a duré trois mois. L'année dernière elle a eu des douleurs dans la jambe droite qui ont duré huit jours. Actuellement elle accuse depuis six jours une douleur dans les deux mollets plus marquée du côté droit. Elle a pu marcher jusqu'il y a trois jours. Depuis elle ne peut se tenir debout ni marcher, à cause de cette douleur.
L'enfant est bien constitué, lymphatico-nerveux ; température normale. Toutes les fonctions se font bien. La douleur est localisée au gastro-cnémien de la cuisse droite, et à la moitié externe de ce muscle; la pression à ce niveau est très douloureuse. Les articulations jouent bien, sans douleur; on ne constate aucun gonflement. — Il s'agit d'un rhumatisme musculaire.
On essaie de faire lever l'enfant. Elle ne peut se tenir debout ni faire un pas ; ses traits se contractent douloureusement et elle fléchit, si on veut la faire marcher.
MONOPLEGŒ CRURALE DOULOUREUSE 569
Je l'hypnotise facilement, elle entre en sommeil profond.
Je suggère la disparition de la douleur et la possibilité de marcher.
Au réveil, elle se tient d'abord avec hésitation et craint d'avancer.
J'affirme vigoureusement qu'elle peut marcher ; alors elle marche avec une assurance de plus en plus grande et fait une vingtaine de pas, en boitant légèrement; la pression ne détermine plus qu'une sensibilité légère sur le gastro-cnémien.
21 juillet. — L'enfant continue à aller mieux; elle marche seule, mais lentement. Je l'hypnotise dans la station debout et la fais marcher pendant son sommeil avec suggestion qu'elle ne boitera plus du tout. Au réveil, elle ne se souvient de rien; elle marche avec une certaine gêne de la jambe droite.
L'état reste le même les jours suivants; il persiste encore de la sensibilité dans le gastro-cnémien. Dans la nuit du 22 au 23, l'enfant est réveillée par des douleurs dans le mollet droit deux ou trois fois.
La nuit suivante elle dort bien. Le 24 au matin, le mollet est assez sensible ; la suggestion enlève complètement cette sensibilité qui reparaît le soir. Cependant, l'enfant marche toujours bien en boitant un peu de cette jambe.
La sensibilité douloureuse ne disparaît définitivement que le 28 juillet.
Le 29, elle accuse une douleur analogue dans le bras droit, qu'elle localise dans la moitié supérieure du triceps, sensible à la pression. Cette douleur est à peu près enlevée par suggestion.
Le 30, elle reste très atténuée. L'enfant est nervo-arthritique; elle paraît avoir de la tendance à fixer ses impressions nerveuses : c'est une future neurasthénique. Elle accuse aujourd'hui un certain malaise général.
A la suite de la suggestion, elle dit que cela va très bien.
Le 31, elle n'a plus aucune douleur dans le bras et la jambe; elle se sent guérie et rentre chez elle.
Observation LXXXl. — Douleur lombaire vive. — Guérison rapide
par suggestion.
Frédéric C..., âgé de quarante-huit ans, entré le 20 juillet 1890 à l'hôpital, pour une douleur lombaire gauche.
Il y a dix jours, en travaillant dans les champs, il ressentit tout d'un coup une vive douleur à la région lombaire gauche, survenue sans cause, sans effort et qui a persisté depuis, l'empêchant de travailler et de se lever. Il ressentit en même temps une douleur moins vive à la partie antérieure des genoux, douleur qui a disparu graduellement par séjour au lit.
Marié, il a treize enfants dont six vivants. Gomme maladie antérieure, il accuse la variole à douze ans, un rhumatisme articulaire aigu il y a trente ans, pour lequel il fut quatre mois à l'hôpital et prit des bains de vapeur; une fièvre muqueuse à forme cérébrale à vingt-quatre ans. Enfin, depuis trois ans, il aurait eu six fois des fluxions de poitrine ? il a été pris une fois pendant trois mois, une autre fois pendant six semaines, la dernière date du printemps et fut caractérisée par une douleur à l'aisselle, de la toux, de l'expectoration. Il lui est resté un certain degré d'oppression.
Etat actuel. — Constitution bonne, tempérament lymphaticonerveux. Apyrexie. Thorax un peu bombé, le côté gauche un peu plus, se soulevant en masse. On constate un certain degré d'emphysème pulmonaire; son ample, profond, un peu tympanique à droite; son clair, peu ample (son de carton) à gauche, normal en arrière ; la respiration un peu faible, humée partout; quelques râles fins dans les bases; les bruits du cœur sont normaux.
L'attouchement de la région lombaire gauche est excessivement douloureux; le malade ne peut s'asseoir dans son lit à cause de cette douleur.
L'abdomen est souple et indolore. Le foie est normal; les urines sont claires, sans albumine. Les digestions sont bonnes. Traces légères de rhumatisme dans les doigts.
Le malade est mis en sommeil profond avec amnésie au réveil.
Après suggestion, la douleur a beaucoup diminué; il peut s'incliner un peu en avant et presque s asseoir.
21. — Assez bien dormi cette nuit, tandis que les nuits précédentes, il était réveillé par la douleur lombaire. Ce matin, il s'assied seul sur son lit et on peut l'ausculter. — La pression de la région lombaire gauche ne réveille plus qu'une légère sensibilité. — Suggestion tous les jours.
22. — Se trouve bien; n'accuse plus qu'un peu de sensibilité dans le rein. Après la suggestion, plus rien.
23. — A été bien pendant la journée. Le soir a senti un peu de douleur dans le rein. A bien dormi.
TÉNESME VÉSTGAL TABÉTIQUE :i71
24. — N'a plus aucune douleur; n'accuse qu'une certaine oppression, se lève et marche. La guérison se maintient et il sort le 31 juillet.