MONOPLEGTE SUITE DE FIEVRE TYPHOÏDE
peut encore s'asseoir dans son lit. Le 3, je Pexamine; sa jambe droite est étendue, il ne peut plus la remuer depuis quatre jours : il peut fléchir et étendre les orteils, il fléchit et étend légèrement le cou-de-pied, mais ne peut fléchir ni le genou ni la cuisse. La pression sur la rotule est douloureuse; la pression en dehors^ du grand trochanter est aussi parfois douloureuse. Pas d'anesthésie. Je peux fléchir complètement son genou, mais ce mouvement détermine une certaine sensibilité.
Le malade est hypnotisable en sommeil profond avec amnésie au réveil, comme je m'en étais assuré, au début de sa maladie.
Sans l'endormir je lui suggère que les mouvements ne sont plus douloureux et qu'il peut fléchir et étendre le genou et la cuisse. Après cette suggestion il fait en effet tous les mouvements spontanément, mais avec lenteur; il ne peut s'asseoir dans son lit.
Alors je l'hypnotise et je lui suggère qu'il peut le faire ; au réveil il peut s'asseoir seul dans son lit. — Les points douloureux ont disparu.
Le 4 décembre, le malade dit encore ne pas pouvoir soulever sa jambe.
En insistant par suggestion sans sommeil, on arrive à la lui faire lever. Il y a une certaine exagération des réflexes tendineux du membre..
Le 5 décembre, le malade peut soulever spontanément sa jambe. — Suggestion hypnotique.
Je laisse le malade couché les jours suivants ; j'attends la cicatrisation des eschares qui est en bonne voie; il reprend des forces et de l'appétit; la température devient normale matin et soir.
Le 13 décembre, je constate que la pression au niveau du cou-de-pied droit détermine une douleur assez intense. De plus les muscles du mollet droit sont notablement atrophiés. La suggestion hypnotique enlève instantanément les douleurs du cou-de-pied qui ne reparaissent plus.
A partir du 17 le malade se lève un peu dans la chambre. Je constate le 19 qu'il ne peut pas se tenir debout seul; il ne peut s'appuyer sur la jambe droite, il se tient le corps penché en avant soutenu par deux personnes. Après suggestion, il se tient mieux et a une certaine tendance à marcher. Les réflexes tendineux sont toujours accrus.
Le 21 décembre le malade se sent mieux debout; mais la
jambe droite ne peut encore supporter le poids du corps. Après suggestion, il y a un peu de mieux. L'eschare se cicatrise. Le malade reste couché jusqu'au 26. Il ne marche que tenu par deux personnes.
Le 28 décembre, il se tient un peu mieux, mais a toujours besoin d'être soutenu. Après suggestion, il peut faire un pas seul.
La suggestion est continuée. Le 3 janvier 1890 le malade se lève et marche seul dans la salle avec une canne. L'eschare est presque guérie ; il continue à marcher bien les jours suivants.
Le 5 janvier, nouvelle complication, pleurésie gauche avec épanchement depuis l'angle de l'omoplate. Elle suit son cours et arrive à la résolution complète le 23 janvier. Le malade continue à se servir de sa jambe droite.
Le 26 janvier, il fait un faux pas avec flexion exagérée du cou-de-pied droit : le 27, je constate une douleur à la partie externe de ce cou-de-pied. Le malade marche cependant seul, mais tient le pied assez raide. Après suggestion hypnotique, il marche plus facilement, avec plus d'assurance, sentant encore une certaine douleur.
Après une seconde suggestion, il ne ressent plus aucune douleur ni spontanée, ni par la pression.
Le 28, il marche bien, mais traîne un peu la jambe droite. Je l'endors et je le fais marcher pendant le sommeil, lui suggérant que la jambe est plus forte. Il marche en effet mieux.
Le 29, il marche très bien, n'a plus aucune douleur. Le 30, il se sent parfaitement guéri et demande sa sortie.
En résumé, à la suite d'une fièvre continue prolongée, le malade présente un certain degré de paralysie douloureuse du membre inférieur droit. Est-ce une névrite périphérique infectieuse ? L'atrophie du mollet droit semble l'indiquer. Certainement la suggestion ne restaure pas le nerf, ni le muscle; mais elle enlève le dynamisme surajouté, les douleurs, la sensation de faiblesse exagérée inhîbitoire de la marche et elle restaure la fonction en tant que la lésion le permet.