DIVERSES
Observation LXXXVl. — Phlébite consécutive à une fièvre typhoïde. — Suppression rapide de la douleur par suggestion hypnotique et résolution rapide. — Rechute de la phlébite; nouvelle suppression de la douleur par suggestion.
R... (Félicie), âgée de vingt-huit ans, domestique, entre à l'hôpital le 23 octobre 1889, onzième jour d'une fièvre typhoïde. De constitution assez délicate, lymphatique et chloro-anémique, sans maladie antérieure.
La température d'abord entre 40 et 41° s'abaisse vers le 25. et continue à osciller entre 39 et 40°. La défervescence commence vers le 1er novembre, vingtième jour, et est achevée vers le 10, vingt-neuvième jour : pas de complications pendant le cours de la maladie. Pendant la convalescence vers le 24 novembre, la malade se plaint d'une douleur spontanée et à la pression dans le mollet droit. Le 22, je constate une phlébite, toute la jambe est enflée. Hier, à 3 heures, la douleur a augmenté dans le mollet et l'empêcha de dormir. Le réseau veineux superficiel est plus marqué. A la pression douleur dans toute la cuisse à partir du tiers moyen, dans la jambe, douleur très vive au niveau du jarret et se continuant dans le mollet. Pas de fourmillements ni d'engourdissements. La pression sus-inguinale droite détermine aussi de la sensibilité.
La malade est hypnotisable en sommeil profond. A la suite de la suggestion, la douleur diminue, et la malade dort bien la nuit.
Le 27 novembre, la douleur est localisée, très vive à la pression au creux poplité; la malade contracte douloureusement les traits à la moindre pression.
Par suggestion hypnotique, cette douleur disparaît immédiatement et ne reparaît plus.
Le 2 décembre, la jambe a beaucoup désenflé, le jarret est indolore.
Le 10 décembre ; il n'existe plus qu'un léger œdème au niveau des malléoles. Le 11, la malade peut se lever. La guérison se maintient.
La malade quitte l'hôpital le 21 décembre.
Elle rentre le 16 janvier. A la suite d'une fatigue contractée au bal, elle ressentit de nouveau une douleur dans la cuisse droite qui s'étendit bientôt à la jambe. Actuellement la jambe est enflée, œdème blanc assez considérable de la jambe et de la cuisse. Circulation collatérale superficielle assez développée. Elle indique la douleur nettement sur le trajet de la veine fémorale depuis l'arcade crurale, jusqu'à l'anneau des adducteurs ; cette douleur est vive à la pression.
Le 20, même état. Suggestion hypnotique. Au réveil, la douleur spontanée et à la pression a complètement disparu.
Cette douleur reste définitivement disparue. Le 31 janvier, la malade commence à se lever, l'œdème est en voie de disparition. Le 8 février il a à peu près disparu. La malade reste encore au service, sans aucune douleur jusqu'au 27 février et rentre chez elle guérie.
Il s'agit d'une phlébite pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde. La douleur de la phlébite a été enlevée rapidement par suggestion, une rechute a été enrayée de même. Sans doute, il ne s'agissait pas d'une phlébite oblitérante ; la suggestion ne peut résoudre le caillot oblitérateur ni établir d'emblée une circulation collatérale. Mais la suggestion a enlevé la douleur concomitante et peutêtre, diminuant le spasme vasculaire, favorisé la résolution.
Observation LXXXV1I. — Fièvre continue moyenne. — . Céphalalgie continue depuis quinze jours , enlevée en quelques jours par suggestion hypnotique,
B... (Frédéric), charpentier, âgé de quarante-cinq ans, entre à l'hôpital le 7 décembre, quatorzième jour d'une fièvre continue d'intensité moyenne.
Il accuse depuis le début une céphalalgie occupant toute la tête et n'a pas dormi depuis le premier jour. Je n'insiste pas sur les autres symptômes ; la température oscille de 39° à 41°. le pouls de 100 à 108 ; quelques taches rosées ; diarrhée par moment; habitudes alcooliques.
Le 8 décembre, quinzième jour, j'endors le malade en sommeil profond pour lui enlever son mal de tète. Il a disparu au réveil, mais reparaît au bout d'une heure.
FIÈVRE TYPHOÏDE :i87
Le 9, je l'enlève de nouveau au matin, il ne reparait qu'à 7 heures du soir et dure jusqu'à minuit, moins fort que d'habitude. La céphalalgie continue les jours suivants avec une certaine prostration morale que j'attribue à l'alcoolisme.
Le 12, je reprends la suggestion; il dort bien la nuit, sans douleur.
Le 13, vingtième jour, je trouve le malade naturellement endormi; je lui fais de nouveau la suggestion de la disparition de la douleur. Je fais de même le 14 décembre. A partir du 12, le malade n'a plus de maux de tète ni de prostration. La défervescence commencée le 10 décembre se termine le 22.
Cette observation montre que la suggestion peut trouver son application dans la fièvre typhoïde. Certes, elle n'enraye pas la maladie, elle ne prévient, ni n'atténue les localisations thoraciques ou abdominales, elle ne combat pas l'état typhoïde. Mais j'ai souvent diminué la céphalalgie, quelquefois les vertiges ; ces symptômes peuvent être simplement nerveux, et entretenir une certaine prostration morale qui peut disparaître avec la céphalalgie.
Observation LXXXVIII. — Fièvre continue bénigne. — Vertiges et sifflements d'oreille depuis plusieurs semaines. — Céphalalgie frontale depuis quinze jours. — Suppression de ces symptômes par suggestion, instantanée.
R... (Edouard), âgé de vingt-huit ans, entre à l'hôpital le 28 mai 1890, atteint d'une fièvre continue, dont le début est difficile à déterminer, car elle s'est greffée sur un traumatisme antérieur. 11 y a six semaines il a reçu, sur l'occipul, un moellon qui a déterminé une bosse sanguine qui a duré deux jours et des douleurs de tète sans vertiges pendant une huitaine de jours. Il a continué à travailler pendant ce temps. Alors, il eut des étourdissements, caractérisés par de l'obnubilation et des vertiges durant de dix minutes à un quart d'heure, l'obligeant à s'asseoir et revenant vingt fois par jour environ. Ces étourdissements ontduré jusqu'à aujourd'hui. Au lit, il ne sent rien, mais s'il s'assied, ces vertiges le reprennent. Depuis une quinzaine de jours, céphalalgie et sifflements d'oreilles. Pas d'appétit depuis dix jours. Dort peu et sue beaucoup la nuit. Haleine
mauvaise, bouche pâteuse, une selle moll dans la journée.
Constitution bonne, tempérament mixte ; température 38°7, le 29 au matin, pouls 80. Langue chargée, croûtes d'herpès sur la commissure labiale droite. Sensibilité dans la fosse iliaque droite, sans gargouillement. Pas de taches rosées. Respiration normale sans râles. Lassitude générale, prostration. Céphalalgie frontale continue depuis une quinzaine.
L'état reste le même les jours suivants; la température oscille vers 38°5 ; le pouls reste relativement lent de 72 à 84; le malade reste abattu, le faciès concentré ; il accuse toujours une céphalalgie frontale gravative avec vertiges et bourdonnements d'oreille. Le 31 mai, j endors le malade très facilement en sommeil profond, avec amnésie rétroactive au réveil, et je suggère la disparition du mal de tète. Au réveil, il dit que la tête va très bien.
Le 1er juin, il se plaint toujours de bourdonnements d'oreille; le mal de tète n'a pas reparu ; le malade a pu dormir toute la nuit. Je l'endors une seconde fois, je lui suggère la disparition des bourdonnements, du vertige ; le retour de l'appétit. Au réveil, il n'accuse plus de bourdonnements, ni de vertige.
Ces symptômes ne reparaissent pas les jours suivants ; la tête est dégagée complètement ; l'apparence de prostration occasionnée par la céphalalgie gravative a disparu dès la première suggestion; l'appétit se restaure. La défervescence commence le 2 juin et est terminé le 9.
En résumé, de la céphalalgie, des vertiges, et des bourdonnements d'oreille, liés à une fièvre continue bénigne, subsistant depuis plus de quinze jours, déterminant un notable degré de prostration, sont enlevés en une ou deux séances de suggestion hypnotique. La convalescence suit sans troubles.
Observation LXXXIX. — Dysenterie contractée au Tonkin datant de plus de deux ans. Cinq à huit selles par jour malgré les opiacés et les astringents. — Diminution du nombre des selles et réduction à trois par jour , à la suite de la suggestion.
S..., Emile, âgé de vingt-six ans, cordonnier, entre à l'hôpital le 26 janvier 1889 pour une diarrhée chronique contractée au Tonkin. Après un an de séjour dans ce pays, au printemps
de 1886, il y contracte d'abord la fièvre paludéenne à type tierce, puis quotidien, qui fut guérie au bout de trois mois. — Quelque temps après, coliques violentes, avec constipation pendant huit jours; puis dysenterie avec ténesme, selles chaque demi-heure constituées par du mucus sanguinolent. Après un mois* de séjour à l'ambulance, il reprit son service, n'ayant plus que quatre à cinq selles par jour; trois semaines après il dut rentrer à l'hôpital et y rester quatre mois. Il sortit incomplètemenl guéri ayant encore dix à quinze selles par jour.
Le 29 janvier, on note : constitution primitive bonne; amaigrissement notable; tempérament mixte. — Apyrexie. Appétit conservé, digère assez bien ; va dix fois par jour à la selle avec ténesme, selles semblables à de la purée de pois sanguinolente. — Tousse un peu : expectoration muco-purulente : à l'examen de la poitrine, expiration prolongée sous les deux clavicules surtout à droite: sonorité plus faible au sommet droit, inspiration rude, expiration prolongée avec retentissement de la voix dans les fosses sus-épineuses. La température en général normale monte quelquefois à 38° le soir. — L'examen de l'abdomen ne dénote rien d'anormal. — (Potion avec 7 centigrammes d'extr, thébaïque et 4 grammes d'extr. de ratanhia.)
Le 30 janvier et le 31, on a noté : huit selles diarrhéiques dans les vingt-quatre heures. Mais à partir du 2 février, le nombre des selles est de cinq à huit, malgré la continuation de la potion.
Le 10 février, suggestion hypnotique et sommeil profond. Quatre selles diarrhéiques dans les vingt-quatre heures.
Le 11, cinq selles diarrhéiques par jour; continuation de la suggestion.
Le 12, trois selles diarrhéiques. A partir de ce jour jusqu'au 21 février, jour de la sortie du malade, il n'a plus que trois selles par jour, sans coliques ni ténesme ; les selles ne sont' pas plus abondantes, ne contiennent pas plus de sang; le traitement médicamenteux est suspendu depuis le 12 février.
Ainsi une dysenterie datant de près de trois ans a été notablement améliorée en deux jours par suggestion. Le nombre de selles qui était de cinq à huit est descendu à trois par jour.
Observation XG. — Dysenterie catarrhale. Ténesmeet cuisson anale. Selles sanguinolentes. Persistance des symptômes pendant trois ans et demi. — Guérison rapide par suggestion.
C. N..., cordonnier, entré à l'hôpital le 8 mars 1888, pour une dysenterie. En décembre 1896, il eut pour la première fois une gastro-entérite dysentériforme qui dura trois semaines avec du sang et du ténesme, et se prolongea encore pendant une quinzaine sous forme de coliques et de diarrhée. — Depuis a eu plusieurs reprises de la diarrhée avec ténesme. En décembre 1887, gastrite avec nausées, ténesme, sensation de brûlure au fondement, trois à quatre selles peu abondantes. — Il était guéri lorsque le 2 janvier 1888, il fut repris de diarrhée (environ quinze selles par jour) avec coliques et ténesme ; pendant deux à trois jours, il n'eut que des selles jaunes mousseuses ; à partir du quatrième jour, selles sanguinolentes avec ténesme. Depuis quinze jours il ne fait plus de sang ; mais a encore six selles environ par jour avec sensation de brûlure au fondement et élancement dans le rectum. Cette sensation de brûlure dure plusieurs heures après chaque selle. 11 a été au régime lacté, a pris de l'opium, du bismuth, etc. L'appétit est revenu depuis une semaine.
30 mars. — Constitution bonne ; tempérament mixte. Apyrexie. Langue peu chargée. A pris hier une potion avec 0,05 extrait thébaïque et 4 grammes extrait de ratanhia. De plus suggestion hier (sommeil profond) : amnésie au réveil. Il n'a eu que deux selles moulées; a encore une sensation de brûlure très prolongée au fondement, dans les aines et s'irradiant de là dans les reins et à la partie inférieure du thorax. — Il a fait moins d'efforts pour aller à la selle. Urines claires et abondantes depuis hier. — Ventre excavé, légèrement sensible, souple. Respiration normale, sauf dans la fosse sous-épineuse gauche où l'expiration est légèrement soufflée; là aussi submatité. — (Régime lacté : suppression de la potion.) Suggestion.
11 mars. — À eu une seule selle, épaisse; la sensation de brûlure a presque complètement disparu ; n'a plus d'élancements dans le rectum. — Suggestion.
12. — N'a pas eu de selle dans la journée d'hier, ni de douleur. Depuis cinq heures du matin, a eu trois selles à la suite desquelles les douleurs sont revenues. — Suggestion.
13. — A eu encore une sensation de brûlure, mais pas de douleur abdominale. Quatre selles, dont trois ce matin.
14. — Pas de suggestion hier. — A eu huit selles dans les vingt-quatre heures avec brûlure au fondement. — Suggestion.
15. — A la suite de la suggestion les douleurs au fondement ont disparu A eu une selle dans la journée et une ce matin, sans ténesme, tandis qu'avant la suggestion, le malade allait à chaque instant à la selle, sans rien faire. — Dans la nuit a eu encore quelques douleurs au fondement. — Suggestion.
16. — N'a plus eu de selles, ni de douleurs au fondement. — (Viande, potage, œufs. — Suggestion.)
17. — N'a plus eu de douleurs hier, une seule selle épaisse. — Demande sa sortie.
Le malade rentre à l'hôpital le 20 mars 1890. Trois semaines après sa sortie, la maladie avait recommencé; diarrhée et ténesme. Depuis huit semaines il a dû quitter son travail et garder le lit. Il va à la selle cinq à six fois de suite à dix minutes d'intervalle, et conserve toute la journée une sensation de feu intolérable au fondement.
Le malade n'a pas de fièvre. On constate un peu de prolapsus rectal. L'appétit est assez bon; quand il a mangé, il a des renvois aigres, non constamment, mais assez souvent. Le ventre n'est pas sensible ; il n'a pas de coliques. Depuis sa sortie de l'hôpital, il n'a plus eu de selles moulées. A l'examen de la poitrine, râles secs généralisés. Je le mets au régime lacté pur, en lui affirmant que ce régime supprimera la diarrhée, le ténesme et la sensation de brûlure au fondement. Le premier jour du traitement il a eu deux selles jaunes assez moulées, mélangées de matières grasses jaunes; il n'a plus de ténesme, ni de brûlure. Le 25 mars il a une selle couverte d'un peu de sang, mais sans ténesme. Les jours suivants les selles redeviennent moulées, ne contiennent plus de sang, il n'y a plus de ténesme, ni de cuisson anale. On continue le régime lacté jusqu'à sa sortie le 3 avril.
Il va bien pendant cinq à six jours, ne prenant que du lait et du potage. Il reprend son travail; mais la jambe gauche devient douloureuse et il doit rester couché. En même temps douleurs lancinantes dans le côté droit du thorax, l'empêchant de dormir; ces douleurs persistèrent trois jours. Dès qu'il essaie de marcher, la douleur de la jambe reparaît très forte. Il revient au service le 13 mai. Les selles sont irrégulières, et contiennent encore du sang. Depuis quinze jours il a de nouveau du ténesme rectal et une sensation de brûlure atroce après les selles; hier il aurait perdu un verre de sang à la suite d'une
selle. La constitution est débilitée; le malade est amaigri; la température est de 38°,6 le 13 au soir; le pouls à 96. Le 14 au matin température 37°, 6, pouls 80. On constate une sonorité diminuée dans les deux sommets, des râles secs trachéo-bronchiques généralisés; depuis trois semaines il accuse de la fièvre et des frissons avec anorexie. — On ne constate ni gonflement ni douleur le long des vaisseaux de la cuisse. — Suggestion hypnotique. (Le malade entre en sommeil profond avec amnésie au réveil.) — Lait, potage, riz.
15 mai. — A été bien après la suggestion. Pas de douleur; n'a pas eu de selles. — Continuation des suggestions tous les jours .
17. — Idem hier. A dormi la nuit. — Le matin selle semimoulée ne contenant pas de sang ; douleur au fondement depuis la selle. Tremblement nerveux très accusé des mains. — N'a plus de fièvre. Après suggestion la douleur très vive a disparu complètement et immédiatement.