CATALEPSIE
s'en douter, il aurait pu développer chez ces mêmes sujets des phénomènes hallucinatoires. Il a pu d'ailleurs réaliser les mêmes phénomènes cataleptiformes chez des malades dont l'aspect hébété, l'air insouciant et distrait, la paresse musculaire, la lenteur des perceptions tactiles trahissaient une démence commençante. Chez l'un la rigidité était absolue, et toutes les articulations, lorsqu'on essayait de les ployer, donnaient la sensation caractéristique d'un bâton de cire ramollie.
Chez beaucoup de sujets très dociles, ou doués de peu d'initiative psychique, j'obtiens d'emblée, je le répète, sans suggestion ni hypnose préalable, l'attitude cataleptiforme. Ce sont en général des sujets très suggestibles et chez lesquels on réalise facile nent les phénomènes dits de l'hypnose.
A l'appui de.ee qui précède, voici une observation prise dans nos salles. Il s'agit d'un homme de 68 ans, entré le 18 février 1890, frappé six jours auparavant d'une hémiplégie droite, sans perte de connaissance, mais avec un certain degré d'aphasie. Quand il vint à l'hôpital, la motilité était revenue ; le malade se servait bien de ses membres droits; il ne persistait qu'une déviation plus accusée des traits de la face à gauche, quand le malade riait; de plus une certaine difficulté pour articuler les mots sur laquelle je ne veux pas insister. L'intelligence était nette, le malade répondait bien aux questions, mais parlait peu spontanément; il n'avait pas d'iucontinence d'urine ni de matières fécales. Or voici ce que nous avons pu constater chez cet homme. Le 20 au matin, pendant que nous l'examinions, je lève un de ses bras, sans rien dire, sans regarder le malade. Le bras reste en l'air, fixé dans l'attitude imprimée. Je lève l'autre bras : il y reste aussi. J'étends l'avant-bras sur le bras ; le membre entre en contracture et demeure ainsi cataleptisé en contracture. Le malade reste ainsi ; en même temps je constate au bout d'une minute que
Bebnheim. — Hypnotisme, 28 édit. 8
le faciès prend une expression inerte ; les yeux sont à demi fermés, les paupières sont agitées de frémissement vibratoire. C'est l'apparence de l'hypnose. Je prends alors les deux bras du sujet ; je les tourne l'un autour de l'autre, en disant que le malade ne peut pas les arrêter : l'automatisme rotatoire continue. Je dis : « Le bras gauche est paralysé », ce bras retombe inerte. J'interpelle le malade ; il ouvre les yeux et dit qu'il a dormi, sans se souvenir de ce que je lui ai dit, ni de ce qu'il a fait. Je répète l'expérience avec succès les jours suivants. J'ajoute que la première fois que je l'ai faite sur lui, le malade n'avait jamais vu hypnotiser personne dans la salle ; il ne savait pas ce que je voulais faire de lui ; il ne savait pas que j'avais une réputation d'hypnotiseur ; j'avais fait la chose sans affectation, voulant voir si les membres conservaient l'attitude imprimée, mais n'ayant pas l'intention de l'endormir. Il s'agit donc d'une vraie auto-hypnotisation survenue chez lui par suite d'une attitude particulière donnée à un membre. Que s'estil passé? J'ai mis ses bras en l'air. Ils y sont restés parce que l'initiative cérébrale engourdie, à la suite de l'affection du cerveau, n'était pas suffisante pour les faire changer de place. De plus, l'action modératrice de Torgane psychique sur le tonus musculaire faisant défaut, celui-ci a pu, par la simple extension de l'avant-bras, s'exagérer au point de devenir contracture. N'est-ce pas la démonstration clinique de notre théorie sur la nature de la catalepsie?
Quest-il arrivé après? Le malade restant dans cette situation, l'immobilisation du bras semble se communiquer à l'esprit; lui aussi se fige, concentré dans l'effort passif qu'il fait pour maintenir le membre en catalepsie, monoidéiséou mono-dynamisé> comme on pourrait dire. Le cerveau ne recevant plus d'autre impression prend un aspect de masque inerte ; les yeux ne transmettant plus les sensations extérieures au sensorium indifférent se ferment. C'est l'hyp-