CHAPITRE VIII
Des suggestions criminelles. — Grimes expérimentaux. — Objection : simulacres de crimes. — Des suggestionnés sans conviction. — Résistance à certaines suggestions. — Des suggestionnés identifiés avec leur rôle. — Des suggestionnés impulsifs. — Des suggestionnés par idées fausses. — Résistance du sens moral. — Suggestion démoralisatrice et moralisatrice.
Quand on a assisté à des expériences de suggestion, quand on a vu l'être fasciné ou hypnotisé par l'opérateur, obéir à sa volonté, docile à ses injonctions, réaliser tous les actes qui lui sont ordonnés, on ne peut s'empêcher d'être profondément impressionné. Et la question se pose : Où est la responsabilité ? Où est le libre arbitre ? Quelle est la part de la suggestion dans les crimes ? Les crimes peuvent-ils être faits par suggestion?
La question fut nettement posée et résolue affirmativement par le Dr Liébeault en 1866. (Du sommeil et des états analogues.)
« L'on peut poser en principe, dit-il, qu'une personne mise en somnambulisme est à la merci de celui qui la amenée dans cet état. J'ai tenté des expériences qui m'ont
confirmé dans cette opinion J'ai voulu m'assurer
encore s'il n'est pas possible de leur surprendre des secrets. Un jour, j'a^rmai à une jeune fille endormie que j'étais un prêtre et qu'elle était elle-même une pénitente venue pour se confesser. Cette petite prit son rôle au sérieux et me fit une confession de peccadilles char-
Bernheim. — Hypnotisme, 2e édit, 10
mantes Le professeur Blandin, ayant poussé sur un
argument personnel une clame qu'il avait mise en somnambulisme, en obtint une réponse telle qu'il jura de ne plus se prêter à une manœuvre qu'il avait regardée comme un badinage. »
MM. Demarquay et Giraud-Teulon citent un fait analogue. « Une dame de la ville, disent ils, hypnotisée et interrogée, se prit pendant cet état de sommeil loquace à répondre à notre curiosité scientifique par des confidences faites pour satisfaire une tout autre sorte de curiosité et tellement graves, tellement dangereuses pour elle-même, qu'aussi effrayés pour la malade que frappés de notre responsabilité fatalement engagée, nous nous empressâmes de réveiller la malheureuse, auteur de ces trop libres communications. »
Mais ceci n'est rien, ajoute M. Liébeault. On peut modifier « les sentiments des dormeurs, diriger leurs actions dans le sens des idées fixes qu'on leur impose. Que d'abus graves de toutes sortes peuvent sortir de là ! Ce que j'avance résulte pour moi d'expériences que je tentai une jeune fille très intelligente et qui, en état de sommeil profond, était la plus revêche et la plus indépendante de caractère que j'eusse rencontrée. Cependant, je parvins toujours à m'en rendre maître. J'ai pu faire naître dans son esprit les résolutions les plus criminelles, j'ai surexcité des passions à un degré extrême ; ainsi il m'est arrivé de la mettre en colère contre quelqu'un et de la précipiter à sa rencontre le couteau à la main ; j'ai déplacé en elle le sentiment de L'amitié; et, avec le même instrument tranchant, je l'ai envoyée poignarder sa meilleure amie qu'elle croyait voir devant elle, d'après mon affirmation. Le couteau alla s'émousser contre un mur. Je suis parvenu à déterminer une autre jeune fille, moins endormie, à aller tuer sa mère, et elle s'y dirigea, en pleurant, il est vrai. »
Les expériences de M. Liébeault ont été confirmées