‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 63 sur 235 · DES SUGGESTIONS CRIMINELLES · texte numérisé non relu

DES SUGGESTIONS CRIMINELLES

depuis par tous les médecius qui se sont occupés d'hypnotisme. Il est certain que des simulacres de crimes peuvent être réalisés par beaucoup de sujets, soit dans l'état de sommeil provoqué, soit dans l'état de veille par suggestion.

Mon ami le professeur Liégeois a signalé dans mon livre De la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale, nombre d'expériences. Des sujets honnêtes ont été transformés en voleurs, assassins, escrocs, faussaires, parricides, etc.

Ces expériences cependant, alors même qu'elles réussissent, ne sont par toutes démonstratives ; toutes ne prouvent pas qu'un crime réel peut être commis par suggestion. Les crimes que vous faites commettre, a-t-on dit, à vos sujets, sont des crimes de laboratoire. Votre homme auquel vous donnez un couteau à papier sait très bien que ce couteau est une arme inoiïensive, il l'aplatit sans crainte sur la poitrine de son adversaire ou sur la porte censée le représenter. Il sait que le pistolet qu'il va décharger ne contient pas de balle. Voilà une jeune fille à laquelle vous donnez un poison fictif qu'elle verse clans un verre et qu'elle fait boire à sa mère! Elle vous obéit parce qu'elle sait que c'est une expérience, que c'est vous qui agissez en elle, et que votre intention n'est pas d'empoisonner sa mère. Leur confiance en vous les rend dociles à la suggestion ; ils se savent en représentation ; ils jouent de bonne foi la comédie que vous leur imposez.

Cette objection a été dévoloppée particulièrement par le regretté Delbœuf et M. Gilles de la Tourette. Sans doute cela est vrai pour certains sujets. Ils n'ont pas perdu le sentiment de leur identité ; ils jouent leur rôle sans conviction ou avec la conviction qu'ils jouent un rôle. Il est des suggestionnés ou hypnotisés, si l'on veut, qui sont très dociles, restent en catalepsie, font de la contracture, exécutent les ordres, se livrent aux actes commandés, et qui

ensuite, revenus à leur état normal, disent avoir agi par complaisance; il leur a semblé qu'ils simulaient de bonne foi. Cependant, si on recommence chez quelques-uns les mêmes expériences, ils obéissent comme la première fois ; ceux qui sont intelligents finissent par se rendre compte que leur complaisance est forcée, que leur simulation est plus ou moins obligatoire ; il en est cependant, nous le savons, qui ont une certaine capacité de résistance. On peut supposer que ceux-là feraient le simulacre d'un crime, mais reculeraient devant un crime réel.

Nous avons vu que les hallucinations suggérées ne se réalisent pas chez tous avec le même éclat. Faites voir à deux sujets une rose fictive à côté d'une rose réelle; l'un verra la première moins distincte, moins nette, et dira parfaitement quelle est la réelle, quelle est la fictive ; l'autre les verra aussi nettes l'une que l'autre, et ne pourra, malgré tous ses efforts, les différencier.

Pour que le sujet soit identifié avec l'hallucination, il ne suffît pas que celle-ci existe, même très nette ; il faut de plus que l'impression émotive de l'image existe, que tout l'être moral du sujet se comporte comme en face de l'image réelle. Je suggère par exemple à quelqu'un : ce Voici un chien ; il est méchant, il va vous mordre. » Le sujet voit le chien, éloigne son bras, met la main sur le mollet où il a reçu une morsure fictive ; tout cela sans le moindre signe d'effroi, sans que sa physionomie traduise la moindre anxiété. Il dit que le chien est là, qu'il sent sa morsure, que son sang coule ; il en parle froidement et d'un air indifférent, comme si ce n'était pas de lui qu'il s'agissait. Il est halluciné, mais son être moral n' est pas identifié avec l'hallucination. Ce sujet, si je lui suggère d'aller frapper son voisin, ira mollement, sans conviction, et le frappera mollement, pour la forme. On voit qu'aucune passion n'anime sa main.

N'en est-il pas de même pour les auto-suggestions spon-

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